Une enquête de l’application Yuka, relayée ce 16 juin 2026 par Franceinfo – Santé, révèle la présence systématique d’un colorant controversé dans la grande majorité des sirops à la menthe vendus en France. Selon l’analyse menée, 65 % de ces produits contiennent du bleu brillant FCF (E133), un additif artificiel utilisé pour leur donner une teinte verte artificielle. Pourtant, ces sirops ne contiennent généralement pas de feuilles de menthe, leur base étant transparente ou légèrement jaunâtre. L’objectif ? Rendre le produit plus attrayant visuellement, au détriment de la composition.

Ce qu'il faut retenir

  • Le bleu brillant FCF (E133) est présent dans 65 % des sirops à la menthe commercialisés en France.
  • Ce colorant est utilisé pour obtenir une couleur verte, alors que les produits ne contiennent pas de feuilles de menthe.
  • L’additif est suspecté de favoriser l’hyperactivité et les troubles de l’attention chez l’enfant, selon une étude de 2012.
  • Les versions sans E133 sont en moyenne 50 % plus chères que celles contenant le colorant.
  • Des marques comme Teisseire, Carrefour, Monin ou Lidl sont concernées par cette pratique.

Un colorant inutile, mais largement répandu

L’application Yuka explique que le bleu brillant FCF (E133) sert uniquement à donner une couleur verte aux sirops à la menthe, alors que leur base est transparente ou jaunâtre. « Sa fonction est uniquement visuelle », précise-t-elle. Autrement dit, il s’agit d’un simple signal marketing destiné à rendre le produit plus attractif aux yeux des consommateurs. Pourtant, les fabricants n’ont pas recours à des feuilles de menthe naturelle pour obtenir cette teinte, mais bien à un additif chimique.

Sur les 12 références les plus populaires identifiées par Yuka, 9 disposent d’une alternative sans bleu brillant FCF. Pourtant, ces versions sans colorant sont en moyenne 4,08 €/L contre 6,14 €/L pour les versions avec E133, soit un surcoût de près de 50 %. « C’est comme si on payait plus cher pour un produit moins transformé », commente l’application.

Des risques pour la santé pointés du doigt

Selon Yuka, le bleu brillant FCF est un additif controversé, autorisé par la réglementation européenne mais suspecté de présenter des risques pour la santé. L’application s’appuie sur une étude de 2012 qui met en évidence un lien possible entre cet additif et l’hyperactivité ainsi que les troubles de l’attention chez l’enfant. D’autres recherches évoquent également un potentiel génotoxique (capacité à endommager l’ADN) et un potentiel cytotoxique (capacité à altérer le fonctionnement ou la survie des cellules).

« Ce colorant n’a aucune utilité nutritionnelle ou fonctionnelle, si ce n’est esthétique. Pourtant, il pourrait avoir des conséquences sur la santé, notamment chez les populations les plus vulnérables comme les enfants », souligne Yuka. L’application rappelle que l’additif est déjà interdit dans plusieurs pays, dont la Norvège, la Suède et la Suisse, en raison de ces préoccupations.

Des marques en partie responsables pointées du doigt

Parmi les enseignes concernées par la présence d’E133 dans leurs sirops à la menthe, on trouve des marques bien connues des consommateurs : Teisseire, Carrefour, Coopérative U, Monin, Frucci (E.Leclerc), La Maison Guiot, Plein Sud (Lidl). Certaines d’entre elles ont réagi à ces révélations. Teisseire, par exemple, affirme « travailler depuis plusieurs années à l’amélioration de ses recettes » et avoir « déjà réduit l’usage des additifs dans ses sirops ».

De son côté, Carrefour indique que « seuls 15 produits sur plus de 6 500 références de ses marques propres contiennent encore du E133 ». Une proportion faible, mais qui reste significative pour les consommateurs soucieux d’éviter cet additif. D’autres acteurs du secteur n’ont pas encore réagi publiquement à cette enquête.

Une méthodologie rigoureuse pour identifier les produits concernés

Pour réaliser cette enquête, Yuka s’est appuyée sur l’analyse des sirops à la menthe référencés dans sa base de données en France. L’application a sélectionné les produits les plus scannés par ses utilisateurs, puis identifié ceux contenant du bleu brillant FCF, que ce soit sous le nom complet ou sous son code E133. Les prix ont été relevés en mai 2025, à la fois sur les sites des distributeurs et en magasin, notamment pour Lidl.

Cette méthode permet d’avoir une vision représentative des produits disponibles sur le marché français. « Nous ne pointons pas du doigt des fabricants en particulier, mais alertons sur une pratique généralisée qui pourrait être évitée », précise Yuka.

Et maintenant ?

Cette révélation pourrait relancer le débat sur l’utilisation des additifs controversés dans l’agroalimentaire. Yuka a déjà interpellé plusieurs fabricants, et certains commencent à réduire leur usage d’E133. Pour autant, aucun calendrier précis n’a été annoncé pour une suppression totale de cet additif dans les sirops à la menthe. Les consommateurs souhaitant éviter ce colorant devront donc vérifier les étiquettes ou se tourner vers les versions sans E133, malgré leur prix plus élevé. La question reste entière : les autorités sanitaires françaises et européennes vont-elles durcir leur réglementation sur ce colorant ? Affaire à suivre.

Face à cette situation, les associations de consommateurs pourraient intensifier leurs pressions pour une interdiction du bleu brillant FCF, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres pays européens. En attendant, les parents soucieux de la santé de leurs enfants pourraient être amenés à privilégier des alternatives plus naturelles, même si elles sont plus onéreuses.

Le bleu brillant FCF est utilisé pour donner une couleur verte aux sirops, alors que leur base est transparente ou jaunâtre. Il s’agit d’un choix marketing visant à rendre le produit plus attractif visuellement, et non d’une nécessité liée à la recette.

Plusieurs études, dont une de 2012, suggèrent que cet additif pourrait favoriser l’hyperactivité et les troubles de l’attention chez l’enfant. D’autres recherches évoquent également un potentiel génotoxique et cytotoxique, c’est-à-dire la capacité à endommager l’ADN ou altérer le fonctionnement des cellules.