En France, les hommes sont encore peu nombreux à opter pour une autoconservation de leurs spermatozoïdes à des fins sociétales, bien qu’ils soient tout autant exposés au risque d’infertilité. Selon Ouest France, seuls une à trois demandes par an sont enregistrées dans certains centres spécialisés, un chiffre qui contraste avec la hausse régulière des autoconservations d’ovocytes chez les femmes.
Ce qu'il faut retenir
- Entre une et trois demandes d’autoconservation de spermatozoïdes par an dans les CHU de Montpellier et Caen, selon les chefs de service Pr Samir Hamamah et Dr Marie-Ange Clarotti.
- En 2023, l’Agence de la biomédecine a recensé 105 autoconservations de spermatozoïdes contre des milliers pour les ovocytes.
- L’autoconservation sociétale (hors motif médical) reste marginalisée chez les hommes, malgré les risques d’infertilité liés à l’âge ou aux traitements.
Une pratique encore marginale chez les hommes
Les centres de biologie de la reproduction en France enregistrent chaque année un nombre très limité d’autoconservations de spermatozoïdes réalisées pour des raisons sociétales. Dr Marie-Ange Clarotti, médecin au service de biologie de la reproduction du CHU de Caen, évoque une demande par an en moyenne dans son établissement. À Montpellier, le Pr Samir Hamamah, chef du service de biologie et médecine de la reproduction, confirme cette tendance avec deux à trois cas annuels.
Pourtant, ces chiffres reflètent une réalité préoccupante : les hommes, comme les femmes, sont exposés aux risques d’infertilité, qu’elle soit liée à l’âge, à des traitements médicaux ou à des facteurs environnementaux. Autant dire que la faible mobilisation masculine sur ce sujet pourrait s’expliquer par un manque de sensibilisation ou une perception différente des enjeux.
Un contraste saisissant avec l’autoconservation des ovocytes
Côté femmes, la demande d’autoconservation des ovocytes connaît une progression constante d’une année sur l’autre. Cette tendance s’explique notamment par une meilleure information sur les risques d’infertilité liés à l’âge, mais aussi par une plus grande médiatisation des techniques de préservation de la fertilité. En 2023, l’Agence de la biomédecine a comptabilisé 105 autoconservations de spermatozoïdes, un chiffre qui reste très inférieur aux milliers de demandes enregistrées pour les ovocytes.
Les spécialistes soulignent que cette disparité entre hommes et femmes pourrait tenir à une différence de perception des priorités reproductives. Pour les hommes, la question de la fertilité future semble moins prioritaire, voire moins tangible, malgré les avancées médicales et les campagnes de sensibilisation.
Des freins culturels et psychologiques
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette réticence masculine. D’abord, la culture traditionnelle associe souvent la fertilité masculine à une notion de virilité, ce qui peut rendre plus difficile l’admission d’un risque d’infertilité. Ensuite, la technique de congélation des spermatozoïdes, bien que simple, reste moins connue que celle des ovocytes, dont on parle plus souvent dans les médias.
Les professionnels de santé insistent sur l’importance d’une information adaptée et accessible. Pr Samir Hamamah rappelle que « les hommes se sentent moins concernés par ces questions, alors qu’ils y sont tout autant exposés ». Une prise de conscience progressive pourrait donc être nécessaire pour inverser cette tendance.
Quels sont les risques pour la fertilité masculine ?
L’infertilité n’affecte pas uniquement les femmes. Chez les hommes, elle peut résulter de plusieurs facteurs, parmi lesquels le vieillissement, les traitements contre le cancer, l’exposition à des perturbateurs endocriniens ou encore des infections. La congélation des spermatozoïdes offre une solution pour préserver sa fertilité future, mais elle reste sous-utilisée.
Les spécialistes recommandent de consulter un centre de biologie de la reproduction en cas de doute, notamment avant un traitement médical potentiellement stérilisant ou en cas de projet parental tardif. Pourtant, peu d’hommes franchissent le pas, faute d’information ou par sous-estimation des risques.
Reste à voir si cette tendance évoluera dans les années à venir, notamment avec l’allongement de l’espérance de vie et les évolutions sociétales en matière de parentalité.
L’autoconservation sociétale concerne la congélation de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes) pour des raisons personnelles, comme la volonté de retarder un projet parental. L’autoconservation médicale, elle, est réalisée avant un traitement potentiellement stérilisant, comme une chimiothérapie.