En Corée du Sud, le suicide représente désormais la première cause de mortalité chez les moins de 30 ans. Un phénomène que le pays enregistre comme le plus élevé de l’OCDE pour cette tranche d’âge. Face à cette crise, le gouvernement sud-coréen a dévoilé un plan national ambitieux, centré sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour identifier les signaux de détresse chez les jeunes. Une stratégie inédite, révélée par RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Première cause de mortalité chez les jeunes Sud-Coréens, devant les accidents de la route et les maladies.
- Le pays affiche le taux de suicide le plus élevé de l’OCDE pour les moins de 30 ans.
- Un plan national de prévention est en cours de déploiement, avec un accent sur l’IA.
- L’objectif est de détecter précocement les comportements à risque chez les adolescents et jeunes adultes.
- Les outils d’IA analyseront des données issues des réseaux sociaux, des requêtes en ligne et des interactions numériques.
Une urgence sanitaire et sociale en Corée du Sud
Avec un taux de suicide de 25,7 pour 100 000 habitants chez les 15-29 ans en 2024, la Corée du Sud fait face à une crise sans équivalent parmi les pays développés. Ce chiffre, quatre fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, illustre l’ampleur du problème. Les autorités sanitaires sud-coréennes pointent du doigt plusieurs facteurs : la pression académique et professionnelle, l’isolement social et la stigmatisation des troubles psychiques. « Le suicide n’est plus seulement un problème de santé publique, c’est une fracture sociale qui menace l’avenir du pays », a souligné Kim Jae-yoon, ministre de la Santé, lors de la présentation du plan.
Selon les données officielles, près de 1 200 jeunes de moins de 30 ans se sont donné la mort en 2025, un bilan en hausse de 8 % par rapport à l’année précédente. Face à cette situation, le gouvernement a décidé d’agir en combinant prévention et technologie.
L’intelligence artificielle au service de la détection des risques
Le cœur du dispositif repose sur le déploiement d’algorithmes capables d’analyser en temps réel les traces numériques des jeunes Sud-Coréens. Les outils ciblent principalement les publications sur les réseaux sociaux, les recherches sur internet et les échanges sur les plateformes de messagerie. « Nous allons utiliser l’IA pour repérer les mots-clés, les émotions exprimées ou les changements brutaux de comportement en ligne », a expliqué Park Soo-hyun, responsable du projet au ministère de la Science et des TIC. Les jeunes identifiés comme à risque seront ensuite orientés vers des professionnels de santé.
Un pilote a été lancé en janvier 2026 dans trois provinces : Gyeonggi, Jeolla du Nord et Gangwon. Les premiers résultats, encore partiels, montrent une détection accrue de 30 % des cas à haut risque par rapport aux méthodes traditionnelles. « L’objectif n’est pas de surveiller, mais de sauver des vies », a précisé Park Soo-hyun. Le gouvernement prévoit d’étendre le système à l’ensemble du pays d’ici fin 2027.
Alors que la Corée du Sud tente de briser le cercle vicieux du suicide chez les jeunes, cette initiative technologique pourrait inspirer d’autres pays confrontés à des crises similaires. Mais pour l’heure, la priorité reste de mesurer l’impact concret de ces mesures sur les statistiques. Autant dire que le chemin vers une solution durable sera long et semé d’embûches.
Les algorithmes cibleront principalement les publications sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Naver), les recherches effectuées sur les moteurs comme Google ou Naver, ainsi que les échanges sur des plateformes comme KakaoTalk. Aucune donnée médicale ou administrative ne sera collectée sans consentement explicite, selon les autorités.