Un simple message publié sur Facebook par un haut conseiller du président sud-coréen a suffi à déclencher une crise boursière à Séoul cette semaine, alors que les géants locaux des semi-conducteurs affichaient des bénéfices records. Selon BFM Business, Kim Yong-beom, principal conseiller économique du président Lee Jae Myung, a publié dans la nuit du 12 mai 2026 un long post sur ce réseau social, proposant la création d’un « dividende national » pour redistribuer une partie des profits exceptionnels générés par l’intelligence artificielle dans le pays. Une idée qui a immédiatement provoqué la panique chez les investisseurs, faisant chuter l’indice de référence de la Bourse de Séoul de 5 % en une seule journée.
Ce qu'il faut retenir
- Kim Yong-beom, conseiller du président sud-coréen, propose sur Facebook un « dividende national » pour redistribuer les profits de l’IA aux citoyens.
- Cette publication a entraîné une chute de 5 % de l’indice boursier de Séoul et une baisse des actions de Samsung et SK Hynix.
- Samsung enregistre des profits en hausse de 755 % au premier trimestre 2026, tirés par la demande en puces pour l’IA.
- Le pays connaît une croissance économique en « forme de K », où seuls les secteurs technologiques profitent pleinement de la prospérité.
- Des milliers de salariés de Samsung ont manifesté fin avril pour exiger une meilleure répartition des bénéfices.
Le texte de Kim Yong-beom, intitulé « Une opportunité historique rare s’offre aujourd’hui », imaginait que la Corée du Sud pourrait « devenir le premier pays à réinvestir les bénéfices exceptionnels générés par l’IA dans le bien-être humain ». Le conseiller suggérait la création d’un « dividende citoyen », dont les modalités restaient à définir, afin de redistribuer une partie des richesses produites par les entreprises technologiques. Une proposition qui a suscité une vive réaction chez les investisseurs, alors que les deux géants sud-coréens des semi-conducteurs, Samsung et SK Hynix, enregistraient des résultats financiers historiques.
Au premier trimestre 2026, Samsung a ainsi enregistré des profits en hausse de 755 % sur un an, portés par la demande en puces mémoires à large bande passante, essentielles à l’infrastructure de l’intelligence artificielle. D’ici la fin de l’année, les bénéfices du groupe devraient atteindre 220 milliards de dollars (189 milliards d’euros), faisant de lui l’une des entreprises les plus rentables au monde après Nvidia. SK Hynix, autre géant du secteur, devrait lui aussi réaliser des profits colossaux, estimés à 137 milliards d’euros en 2026. Ces performances exceptionnelles ont contribué à une croissance du PIB sud-coréen de 3,6 % au premier trimestre, selon les dernières estimations.
Une économie en « forme de K » : les profits se concentrent dans les mains d’une minorité
Malgré ces chiffres flatteurs, la croissance économique du pays reste profondément inégalitaire. Selon BFM Business, cette situation a donné naissance à un phénomène qualifié par les économistes de « croissance en forme de K » : les revenus d’une minorité d’entreprises et de ménages bondissent, tandis que ceux de la majorité stagnent. Le président sud-coréen lui-même a reconnu en début d’année que « notre économie semble se porter clairement mieux que l’année dernière, mais il est fort probable que la majorité de la population n’y verra aucune différence ».
Cette disparité s’illustre particulièrement dans les secteurs en dehors de la tech. Alors que les semi-conducteurs tirent l’économie vers le haut, d’autres industries, comme la manufacturing classique ou les services, peinent à suivre. Résultat : les salariés non affiliés aux grands conglomérats technologiques voient leurs revenus stagner, voire baisser. Un contraste d’autant plus marqué que les salaires dans les entreprises leaders du secteur, comme Samsung, n’ont pas suivi la même trajectoire que les profits. La colère monte donc parmi les employés, qui estiment ne pas bénéficier de la prospérité générale. Fin avril 2026, au moins 30 000 salariés de Samsung Electronics ont manifesté devant le siège du groupe à Pyeongtaek pour exiger une meilleure redistribution des bénéfices. En l’absence d’accord avec la direction, ils se dirigent désormais vers une grève générale de 18 jours.
Le « dividende national » : une proposition controversée aux conséquences immédiates
C’est dans ce contexte de tensions sociales et économiques que le post de Kim Yong-beom a été publié. Le conseiller y expliquait que « les profits à l’ère de l’IA sont par nature concentrés » et que « les classes qui ont déjà accès aux actifs productifs (...) sont susceptibles d’en bénéficier considérablement grâce aux mécanismes du marché ». Il ajoutait que « le principal problème auquel la Corée est confrontée actuellement (...) réside dans le risque que les profits excessifs générés par l’ère de l’IA n’accentuent structurellement les inégalités sociales ».
Pour remédier à cette situation, il proposait la création d’un « dividende citoyen », financé par une partie des profits excédentaires, qu’il présentait comme « une dépense de maintenance du système plutôt qu’à une simple redistribution ». Selon lui, « l’aménagement d’un cadre de vie humain et dense devient un facteur de compétitivité nationale » à l’ère de l’intelligence artificielle. Il mettait également en garde contre les obstacles structurels que représentent le vieillissement de la population et la baisse de la natalité, particulièrement prégnants en Corée du Sud. « Les profits excédentaires ne doivent pas être vus comme une question de justice sociale, mais comme une question d’efficacité économique », a-t-il souligné.
« Une part importante de la classe moyenne ne peut profiter que d’effets indirects [des profits générés par l’IA]. Le principal problème réside dans le risque que ces profits excessifs n’accentuent structurellement les inégalités sociales. »
— Kim Yong-beom, conseiller du président sud-coréen
La réaction des marchés n’a pas tardé. Dès la publication du post, le cours des actions de Samsung et de SK Hynix a chuté, entraînant avec lui l’indice Kospi de la Bourse de Séoul, qui a reculé de 5 % en une seule journée. Une réaction brutale qui a surpris les observateurs, d’autant que les résultats des deux groupes, publiés quelques semaines plus tôt, avaient été salués comme exceptionnels. Samsung, en particulier, avait annoncé des profits en hausse de 755 %, un bond historique qui avait renforcé la confiance des investisseurs dans le secteur technologique coréen.
Le gouvernement tente de calmer le jeu
Face à l’ampleur de la réaction, le président sud-coréen, Lee Jae Myung, a dû intervenir pour clarifier la position de l’exécutif. Lors d’une conférence de presse, il a souligné que le texte publié par Kim Yong-beom « relevait d’une opinion personnelle destinée à lancer un débat, et non à le trancher ». Le conseiller lui-même a rapidement précisé que sa proposition ne concernait pas une nouvelle taxe sur les bénéfices des entreprises, mais plutôt « d’éventuelles recettes fiscales excédentaires en cas de boom économique ».
Pour apaiser les marchés, le gouvernement a rappelé que la Corée du Sud restait un pilier de l’industrie mondiale des semi-conducteurs, avec des entreprises comme Samsung et SK Hynix en première ligne de la révolution de l’intelligence artificielle. Malgré la volatilité récente, les analystes estiment que les fondamentaux économiques du pays restent solides. « La Corée du Sud est bien placée pour fournir les biens essentiels à l’infrastructure de l’IA », a noté Kim Yong-beom dans son post, évoquant une « nouvelle phase macroéconomique caractérisée par une forte croissance nominale, des prix relativement stables, une monnaie forte et une hausse simultanée des prix des actifs ».
Quoi qu’il en soit, cet épisode illustre les défis auxquels font face les économies modernes face aux bouleversements technologiques. Alors que l’intelligence artificielle promet de révolutionner la production de richesses, la question de leur répartition devient un enjeu central. La Corée du Sud, avec son modèle économique très concentré et ses inégalités croissantes, pourrait bien servir d’exemple – ou d’avertissement – pour d’autres pays engagés dans la course à l’innovation.
Le « dividende national » est une idée défendue par Kim Yong-beom, conseiller du président sud-coréen. Il s’agirait d’un mécanisme de redistribution d’une partie des profits exceptionnels générés par les entreprises technologiques, notamment celles spécialisées dans l’intelligence artificielle. L’objectif serait de financer des dépenses sociales ou des investissements publics pour réduire les inégalités économiques et renforcer la cohésion sociale. Cette proposition ne vise pas une nouvelle taxe sur les bénéfices, mais plutôt l’utilisation d’éventuelles recettes fiscales excédentaires en période de forte croissance.
La réaction des marchés s’explique par la crainte des investisseurs que la proposition de « dividende national » ne débouche sur une taxation accrue des entreprises technologiques, comme Samsung ou SK Hynix. Ces deux groupes affichaient des profits records en 2026, tirés par la demande en puces pour l’IA. Une redistribution forcée des bénéfices aurait pu impacter leurs marges et leur capacité à réinvestir. La Bourse de Séoul, très exposée aux valeurs technologiques, a donc réagi négativement à cette incertitude politique et fiscale.