Le tribunal administratif de Bordeaux a ordonné mardi 13 mai la suspension de la prochaine corrida organisée à La Brède, en Gironde. Cette décision intervient après une saisine en référé menée par deux associations, l’Alliance anticorrida et One Voice, selon Le Figaro. La manifestation taurine, prévue initialement le 20 juin 2026, se voit donc interdite dans l’attente d’un jugement sur le fond.

Ce qu'il faut retenir

  • La justice administrative de Bordeaux suspend la corrida de La Brède, prévue le 20 juin 2026, à la demande de l’Alliance anticorrida et de One Voice
  • La tradition locale invoquée par la mairie pour justifier l’événement n’est pas reconnue par le tribunal, qui souligne la « faible affluence du public »
  • La mairie de La Brède, dirigée par Michel Dufranc, affirmait vouloir maintenir la culture taurine malgré les suspensions en 2020, 2021 et 2025
  • Cette suspension s’inscrit dans une série de décisions judiciaires récentes, dont celle concernant la commune de Pérols (Hérault) en octobre 2025
  • L’article 521-1 du Code pénal interdit les « sévices graves » ou « actes de cruauté » envers les animaux, sauf à prouver une tradition locale ininterrompue

Pour la justice, la tradition taurine à La Brède n’est pas suffisamment ancrée. Le tribunal a en effet estimé qu’il existait un « doute sérieux » sur la légalité de l’organisation d’une nouvelle manifestation, en raison de l’absence de preuve d’une culture locale ininterrompue. Dans son délibéré, la juge des référés a souligné « la faible affluence du public » et « l’isolement géographique » du lieu, qualifiant la culture taurine dans cette zone de « moribonde ». Une analyse partagée par l’avocat de l’Alliance anticorrida, aux côtés de One Voice.

Côté mairie, on assure pourtant que la tradition n’a pas disparu. Michel Dufranc, maire de La Brède et avocat de formation, a défendu cette culture lors de l’audience du 12 mai. « Je n’ai jamais dit que La Brède renonçait à sa culture tauromachique », a-t-il déclaré, précisant vouloir transformer le modèle économique de l’événement. La mairie évoquait alors un projet de spectacle taurin reposant davantage sur des mécènes pour 2026. Mais la justice a balayé cet argument, rappelant que la corrida n’avait pas eu lieu en 2020 et 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, puis en 2025 pour des « contraintes budgétaires et de fréquentation ».

Cette décision s’ajoute à une série de revers pour les organisateurs de corridas en France. En octobre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse avait confirmé l’interdiction faite à la commune de Pérols (Hérault) de relancer une corrida après vingt ans d’interruption. « L’Alliance anticorrida veillera scrupuleusement au respect de l’arrêt de la cour, qui fera jurisprudence », avait alors averti Claire Starozinski, présidente de l’association. Un cabinet d’avocats fondé par Michel Dufranc, maire de La Brède, représentait alors la commune de Pérols. Autant dire que le lien entre ces deux affaires est étroit.

Pour comprendre cette décision, il faut revenir à l’article 521-1 du Code pénal. Celui-ci sanctionne de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende les « sévices graves » ou « actes de cruauté » infligés à des animaux en captivité. Les spectacles taurins échappent à cette interdiction s’ils s’inscrivent dans une « tradition locale ininterrompue ». Or, pour la justice bordelaise, La Brède ne remplit pas ce critère. Le tribunal a rappelé que la manifestation n’avait plus été organisée depuis cinq ans, ce qui, selon lui, remet en cause l’idée d’une tradition toujours vivace.

« On est dans un lieu isolé (...) où la culture taurine est moribonde. »
— Avocat de l’Alliance anticorrida, lors de l’audience du 12 mai 2026

Cette suspension intervient alors que la mairie de La Brède affirmait vouloir maintenir sa culture taurine. Michel Dufranc avait d’ailleurs défendu cette position devant le tribunal, insistant sur le fait que la tradition n’avait pas « disparu » mais nécessitait une adaptation. Pourtant, la juge des référés a clairement écarté cette argumentation, soulignant l’absence de preuve d’une pratique régulière et suivie.

Cette affaire illustre un mouvement plus large en France, où les tribunaux administratifs tendent à durcir leur position face aux corridas. Les associations de défense des animaux voient dans ces décisions une reconnaissance de leurs revendications, tandis que les aficionados dénoncent une atteinte à leur patrimoine culturel. Le débat, déjà vif, risque de s’intensifier dans les prochaines années.

Et maintenant ?

La suspension de la corrida de La Brède est valable jusqu’à ce que le tribunal administratif de Bordeaux rende son jugement sur le fond. Celui-ci pourrait intervenir dans les prochains mois, selon les observateurs. En attendant, la mairie n’a pas indiqué si elle comptait faire appel de cette décision. Si elle persiste, elle devra soit renoncer définitivement à l’organisation de ce spectacle, soit prouver l’existence d’une tradition locale ininterrompue — une tâche qui semble aujourd’hui ardue.

Cette affaire pourrait également inspirer d’autres communes tentées par la relance de corridas, notamment dans le sud de la France. Les associations anticorrida, elles, comptent bien exploiter cette jurisprudence pour renforcer leur pression judiciaire.

Cette décision rappelle que la question des corridas en France ne se limite pas à un débat culturel ou éthique. Elle engage aussi la responsabilité des tribunaux, qui doivent concilier respect du patrimoine, droit animalier et sécurité juridique. Entre tradition et modernité, le conflit est loin d’être résolu.

Le tribunal administratif de Bordeaux a estimé qu’il existait un « doute sérieux » sur la légalité de l’événement, faute de preuve d’une tradition locale ininterrompue. La juge des référés a également souligné la « faible affluence du public » et l’isolement géographique du lieu, qualifiant la culture taurine de « moribonde ».

La suspension est valable jusqu’au jugement sur le fond, qui pourrait intervenir dans les prochains mois. La mairie n’a pas encore indiqué si elle comptait faire appel de cette décision. Si elle maintient son projet, elle devra soit renoncer à la corrida, soit prouver l’existence d’une tradition locale ininterrompue.