Abidjan, 10 juin 2026 – La Côte d’Ivoire rejoint le Maroc comme deuxième pays africain à se doter d’un réseau ferroviaire à grande vitesse.

Selon BFM Business, le gouvernement ivoirien a annoncé ce mercredi le lancement d’une ligne de 640 kilomètres reliant la capitale économique, Abidjan, à Ferkessédougou, dans le nord du pays. Ce projet phare du nouveau Programme national de développement vise à réduire le temps de trajet de près de trois heures par la route à seulement 45 minutes en train.

Ce qu'il faut retenir

  • Une ligne de 640 km entre Abidjan et Ferkessédougou, réduisant le trajet de 3 heures en voiture à 45 minutes en train.
  • Un investissement total de 1,5 milliard d’euros, financé à 30 % par l’État ivoirien et à 70 % par le secteur privé.
  • Ce projet s’inscrit dans un plan d’investissement global de 175 milliards d’euros, incluant deux nouveaux aéroports et 1 000 km d’autoroutes.
  • La mise en service est prévue pour 2030, avec un calendrier déjà arrêté pour la ligne 1 du métro d’Abidjan, dont l’ouverture est confirmée pour 2029.
  • L’industriel français Alstom, déjà impliqué dans le métro d’Abidjan, est en pole position pour ce projet.

Un défi technique et économique majeur pour le pays

Ce projet ferroviaire, le plus ambitieux du pays depuis des décennies, marque une étape clé dans la modernisation des infrastructures ivoiriennes. Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan et du Développement, a souligné que « ce projet ne se limite pas à un défi technique, mais promet de révolutionner l’aménagement du territoire et le quotidien des Ivoiriens ».

Pour financer cette infrastructure, l’État ivoirien apportera 450 millions d’euros, tandis que le solde, soit 1,05 milliard d’euros, sera levé auprès d’investisseurs privés. Ce modèle de partenariat public-privé (PPP) est désormais une tendance forte en Afrique de l’Ouest pour les grands projets d’infrastructure.

Un programme d’investissement ambitieux et diversifié

Ce train à grande vitesse s’inscrit dans un plan national bien plus large. Selon les informations rapportées par BFM Business, le gouvernement ivoirien a également annoncé la construction de deux nouveaux aéroports internationaux : l’un à San-Pedro, dans le sud-ouest du pays, et l’autre à Bondoukou, à l’est. Parallèlement, 1 000 kilomètres d’autoroutes sont prévus pour désenclaver les régions et renforcer les liaisons interurbaines.

Ces projets s’ajoutent aux 37 kilomètres de la ligne 1 du métro d’Abidjan, dont la mise en service est désormais confirmée pour 2029. Cette première ligne reliera Anyama Centre à l’aéroport d’Abidjan en passant par 18 stations, avec une capacité de transport de 500 000 passagers par jour.

L’opportunité pour les entreprises françaises, notamment Alstom

Avec un tel projet, la Côte d’Ivoire pourrait devenir un nouveau terrain de jeu pour les industriels européens, en particulier français. Alstom, déjà présent sur place depuis 2019 avec le métro d’Abidjan, est en bonne position pour remporter le marché. Le groupe a d’ailleurs été sélectionné en 2025 pour fournir 18 trains à grande vitesse au Maroc, dans le cadre d’un contrat de 781 millions d’euros.

Côté financement, la France a déjà montré l’exemple en participant à hauteur de 51 % au financement de la première ligne à grande vitesse marocaine, inaugurée en 2018 pour un coût total de 2 milliards d’euros. Une coopération qui pourrait se reproduire en Côte d’Ivoire, renforçant ainsi les liens économiques entre les deux pays.

Un calendrier serré pour une mise en service d’ici 2030

Si le projet est encore à ses débuts, le gouvernement ivoirien a d’ores et déjà confirmé le calendrier. La ligne à grande vitesse entre Abidjan et Ferkessédougou devrait être opérationnelle d’ici 2030. Pour les usagers, cela signifie un gain de temps considérable et une meilleure connectivité entre le sud industriel et commercial du pays et le nord, plus rural et agricole.

Autant dire que cette infrastructure pourrait transformer l’économie locale, faciliter les déplacements professionnels et touristiques, et réduire la pression sur le réseau routier, souvent saturé. Un pari audacieux pour un pays qui mise sur les infrastructures pour accélérer son développement.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à finaliser les études techniques et à lancer les appels d’offres internationaux, probablement dès la fin de l’année 2026. Le gouvernement ivoirien devrait également préciser les modalités de financement privé, tandis que les négociations avec les entreprises candidates, dont Alstom, pourraient s’intensifier d’ici 2027. La réussite de ce projet dépendra en grande partie de la capacité du pays à attirer les investisseurs tout en garantissant une gestion transparente des fonds publics.

En attendant, la Côte d’Ivoire confirme sa volonté de rattraper son retard en matière d’infrastructures modernes, à l’image du Maroc voisin. Un pari ambitieux, mais nécessaire pour soutenir une croissance économique déjà dynamique dans la région.

À ce jour, seul le Maroc dispose d’une ligne à grande vitesse en Afrique, avec l’Al Boraq, reliant Tanger à Casablanca depuis 2018. La Côte d’Ivoire deviendrait donc le deuxième pays du continent à se doter d’un tel réseau.