Le Sénat examine à partir de ce lundi 18 mai la loi Ripost, qui vise à sanctionner l’usage détourné du protoxyde d’azote, un gaz de plus en plus consommé par les jeunes à des fins récréatives. Selon Franceinfo – Santé, cette substance, 300 fois plus nocive pour la couche d’ozone que le CO₂, pose un problème majeur aux autorités : son stockage et son recyclage coûtent extrêmement cher aux services judiciaires. Jean-Philippe Rey, procureur de la République de Narbonne, a détaillé à la rédaction les difficultés rencontrées pour gérer les saisies de ces bonbonnes, souvent aromatisées et détournées de leur usage industriel.
Ce qu’il faut retenir
- Le Sénat examine depuis le 18 mai 2026 un projet de loi visant à sanctionner la consommation détournée du protoxyde d’azote, très prisé des jeunes.
- Une saisie de 7,2 tonnes de bonbonnes à Narbonne, réalisée début février 2026, illustre les défis logistiques et financiers liés à leur destruction.
- Le coût de retraitement d’une bonbonne peut atteindre 100 euros en traitement isolé, voire 20 euros en volume, hors frais logistiques et réglementaires.
- Seules quelques entreprises en France disposent des certifications nécessaires pour détruire ce gaz sans danger pour l’environnement.
- Les saisies de protoxyde d’azote ont été multipliées par sept en 2025 dans la préfecture de police de Paris, selon les autorités judiciaires.
Des saisies record qui engendrent des coûts prohibitifs
La découverte, début février 2026, d’un stock de 7,2 tonnes de bonbonnes de protoxyde d’azote dans un hangar secret de Narbonne a révélé l’ampleur des défis posés par ce gaz. Les autorités ont saisi ces bonbonnes, souvent aromatisées à la fraise ou à la noix de coco, dans un semi-remorque lituanien en double-file devant la gare. Si le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, s’est félicité de cette saisie, le procureur Jean-Philippe Rey souligne les contraintes qu’elle implique : « C’est un enfer à stocker, car cela nécessite des mesures de sécurité très strictes. S’ajoute ensuite la difficulté de retraiter, recycler et détruire ce gaz. »
Contrairement à d’autres substances illicites comme le cannabis ou la cocaïne, le protoxyde d’azote ne peut pas être simplement brûlé. Sa destruction doit respecter des normes environnementales strictes, en raison de son impact sur la couche d’ozone. Le ministère de la Justice a identifié seulement quelques entreprises en France capables de mener à bien cette opération dans des conditions sûres. « Pour une quantité de 7,2 tonnes, on a des devis dont le plus important excède les 100 000 euros », a précisé Jean-Philippe Rey à Franceinfo – Santé. Ces coûts, financés par les frais de justice, pèsent lourdement sur les budgets déjà serrés des tribunaux.
Un gaz aux multiples usages détournés, mais difficiles à recycler
Le protoxyde d’azote est traditionnellement utilisé en cuisine, notamment pour fabriquer de la chantilly. Pourtant, les bonbonnes saisies sont aromatisées et ne peuvent donc pas être réutilisées à des fins culinaires. « On nous a vite fait comprendre que ces bouteilles aromatisées ne convenaient pas à un usage en cuisine, si bien que la destruction est aujourd’hui la seule issue envisageable », a expliqué le procureur. Les centres de formation d’apprentis en cuisine, initialement pressentis pour récupérer ces bonbonnes, ont rapidement décliné l’offre.
Les autorités judiciaires se heurtent également à un autre obstacle : la difficulté à poursuivre les trafiquants avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. « En attendant la future loi qui punit la consommation de protoxyde d’azote, il est très compliqué de poursuivre ceux qui en font le trafic », a souligné Jean-Philippe Rey. Résultat, les coûts de stockage et de destruction restent élevés, tandis que le nombre de condamnations reste limité. « Fort heureusement, des saisies comme celle-là, on n’en fait pas tous les jours », a-t-il ajouté.
Une filière de recyclage à développer d’urgence
Face à l’augmentation des saisies, le procureur de Narbonne espère que la multiplication des stocks incitera à la création d’une véritable filière de recyclage en France. « Si demain nous étions confrontés à une quantité aussi importante, je n’hésiterais pas à la saisir. On se situe dans un objectif de santé publique. Ce sont sept tonnes de moins qui ne seront pas consommées par de jeunes consommateurs », a-t-il déclaré. Selon lui, le développement d’une telle filière permettrait de réduire les coûts de traitement à long terme, actuellement prohibitifs pour les finances publiques.
Les devis consultés par la justice révèlent que le tarif peut atteindre 100 euros par bonbonne en traitement isolé, contre environ 20 euros par unité en cas de traitement groupé. Ces coûts excluent les frais logistiques (transport, manutention, stockage) ainsi que les charges réglementaires, comme les écocontributions. « Les montants qui m’ont été soumis m’ont semblé particulièrement importants, voire prohibitifs », a reconnu Jean-Philippe Rey.
Pour Jean-Philippe Rey, cette situation illustre un enjeu de santé publique majeur. « Ce sont sept tonnes de moins qui ne seront pas consommées par de jeunes consommateurs », a-t-il rappelé. Reste à savoir si les pouvoirs publics parviendront à mettre en place une solution durable pour traiter ce gaz, avant que les stocks ne deviennent ingérables.
Le protoxyde d’azote est 300 fois plus nocif pour la couche d’ozone que le CO₂. Sa destruction doit respecter des normes environnementales strictes, et seules quelques entreprises en France disposent des certifications nécessaires pour le retraiter en toute sécurité.