La flambée des prix de l’immobilier et des loyers dans l’Union européenne rend le droit à un logement décent de plus en plus inaccessible pour des millions de citoyens, selon un rapport publié jeudi 10 juin 2026 par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA), basée à Vienne. Ce document, qui s’appuie sur des données d’Eurostat, dresse un constat alarmant : entre 2015 et 2024, les prix de l’immobilier ont grimpé de 53 % en moyenne dans l’UE, tandis que les loyers ont progressé de près de 17 % sur la même période.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 2015 et 2024, les prix de l’immobilier ont bondi de 53 % dans l’UE, contre une hausse des loyers de 17 %.
  • Plus des deux tiers des Européens sont propriétaires, mais moins de la moitié des personnes sous le seuil de pauvreté le sont.
  • Près de 1,3 million de personnes étaient sans abri dans l’UE en 2025, selon Feantsa.
  • Les jeunes et les groupes vulnérables sont les plus touchés par cette crise du logement.
  • La FRA appelle à une approche fondée sur les droits pour lutter contre le sans-abrisme et les expulsions forcées.

Selon Euronews FR, l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA) alerte sur l’ampleur de cette crise, qui menace directement l’accès à un logement décent pour des familles et des individus déjà en situation de précarité. « La hausse des coûts touche de nombreuses personnes et familles, car un nombre croissant n’a plus les moyens de se loger et risque de se retrouver sans domicile », a déclaré Sirpa Rautio, directrice de la FRA, dans ce rapport annuel.

Des inégalités criantes face au logement

Le rapport souligne des disparités marquées entre les différents groupes sociaux. Si plus des deux tiers des habitants de l’UE sont propriétaires de leur logement, la situation est bien différente pour les ménages dont les revenus sont inférieurs au seuil de risque de pauvreté. Parmi eux, moins de la moitié possèdent leur logement, selon les données compilées par l’agence.

Les jeunes Européens figurent parmi les populations les plus affectées par cette crise. « Les jeunes et les groupes vulnérables sont confrontés à des difficultés qui compromettent leur accès au droit fondamental à un logement adéquat, et beaucoup restent sans protection face aux expulsions », a précisé Sirpa Rautio. Elle ajoute que « les expulsions forcées aggravent encore leur situation, les plongeant souvent dans une précarité durable ».

Un phénomène en hausse : le sans-abrisme en Europe

Plusieurs indicateurs confirment que le phénomène du sans-abrisme s’aggrave en Europe. Selon la FRA, qui s’appuie sur les estimations de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa), près de 1,3 million de personnes étaient sans abri dans l’UE en 2025. Ce chiffre inclut les personnes dormant dans la rue, les hébergements d’urgence ou les squats, ainsi que celles vivant dans des conditions précaires.

La FRA rappelle que le droit à un logement adéquat est un droit humain fondamental, reconnu par le droit international et européen. Ce droit s’applique à tous, y compris aux migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. Les États membres de l’UE sont tenus, par les traités internationaux, de prévenir le sans-abrisme, d’améliorer l’accès à des logements abordables et de lutter contre les discriminations dans l’accès au logement.

Une réponse européenne insuffisante face à l’urgence

Face à cette crise, la FRA préconise une « approche du logement fondée sur les droits ». Cette stratégie vise à protéger les personnes vulnérables contre les expulsions forcées, à renforcer les garanties pour les ménages en difficulté et à garantir un accès équitable au logement pour tous. « L’insécurité croissante en matière de logement expose un nombre croissant de personnes au risque de se retrouver sans domicile », met en garde l’agence dans son rapport.

Sirpa Rautio a également souligné que l’UE est confrontée à un défi supplémentaire : préserver une gouvernance fondée sur les droits fondamentaux dans un contexte d’instabilité géopolitique intense et de menaces pour la sécurité. « L’environnement international imprévisible et les guerres en cours ont des répercussions chez nous, notamment sur le sentiment de sécurité et de bien-être de la population », a-t-elle expliqué. Ces tensions géopolitiques, couplées à la hausse des coûts, aggravent la vulnérabilité des ménages les plus fragiles.

Un rapport qui couvre 30 pays européens

Le rapport de la FRA s’appuie sur une analyse couvrant l’ensemble des 27 États membres de l’UE, ainsi que trois pays candidats à l’adhésion : l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Serbie. Cette approche élargie permet de comparer les politiques de logement et leur efficacité à travers l’Europe, mais aussi d’identifier les lacunes persistantes. En effet, si certains pays ont mis en place des mécanismes de protection sociale pour limiter les expulsions, d’autres peinent encore à garantir un accès équitable au logement pour tous leurs citoyens.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la réaction des États membres face à cette crise. La Commission européenne doit présenter, d’ici la fin de l’année, des propositions visant à renforcer la protection des locataires et à encourager la construction de logements sociaux. Par ailleurs, plusieurs pays, comme la France ou l’Allemagne, ont déjà annoncé des mesures d’urgence pour limiter les hausses de loyers et soutenir les ménages en difficulté. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à inverser la tendance actuelle.

En attendant, la FRA appelle les gouvernements à agir rapidement. « Le sans-abrisme n’est pas une fatalité, mais une violation des droits humains », rappelle Sirpa Rautio. Une phrase qui résume l’urgence d’une réponse coordonnée et ambitieuse à l’échelle européenne.

Le rapport de la FRA ne cite pas de pays en particulier, mais souligne que la hausse des prix et des loyers est un phénomène généralisé dans l’UE. Les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suède, sont souvent cités comme les plus touchés, en raison de la forte demande et de l’offre insuffisante de logements. Cependant, la crise touche aussi des pays d’Europe du Sud, où les revenus sont souvent plus bas.

La FRA recommande une approche fondée sur les droits, incluant la protection contre les expulsions forcées, l’accès à des logements abordables et la lutte contre les discriminations. Elle insiste aussi sur la nécessité d’adopter des politiques publiques ciblées pour les jeunes et les groupes vulnérables, ainsi que sur la coordination entre les États membres pour partager les bonnes pratiques.