Le 3 juin 2026, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a publié La Légende, un récit autobiographique retraçant sa détention arbitraire en Algérie, un épisode survenu en novembre 2025. Dans un entretien exclusif accordé au Figaro, il a échangé avec le sénateur Bruno Retailleau sur la nécessité pour la France d’adopter une posture plus ferme face à Alger. Cet échange, diffusé sur Figaro TV, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre les deux pays, marquées par des désaccords diplomatiques récurrents.
Ce qu'il faut retenir
- La Légende, publié le 2 juin 2026, est le témoignage de Boualem Sansal sur sa détention secrète par les services algériens en novembre 2025.
- L’écrivain a été surnommé « la Légende » par des prisonniers politiques algériens après sa disparition pendant une semaine.
- Sansal et Retailleau ont plaidé pour un « vrai rapport de force » de la France face à l’Algérie lors d’un débat télévisé.
- Leur échange intervient dans un climat de relations franco-algériennes tendues, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires.
- Sansal a été détenu dans une caserne des services secrets algériens, située près d’Alger, avant d’être transféré à la prison de Koléa.
Un récit né d’une détention secrète en Algérie
Boualem Sansal a détaillé les circonstances de son arrestation, survenue le 16 novembre 2025. « Ce sont les prisonniers qui m’ont surnommé ainsi. Je ne savais trop pourquoi », a-t-il expliqué au Figaro. Pendant sept jours, il a été maintenu au secret absolu par les services secrets algériens, dont l’administration elle-même ignorait sa localisation. Son épouse, des amis, son éditeur chez Gallimard et des journalistes avaient signalé sa disparition, alimentant une rumeur qui s’est propagée en Algérie, en France et en Europe. Lorsque Sansal a finalement été transféré à la prison de Koléa — un établissement réputé pour sa sévérité, situé à 60 kilomètres d’Alger —, les détenus politiques l’ont reconnu immédiatement et l’ont surnommé « la Légende » en raison de l’écho médiatique de sa disparition.
Cette expérience a conduit l’écrivain à publier La Légende, un livre où il décrit non seulement les conditions de sa détention, mais aussi les mécanismes de l’arbitraire politique en Algérie. Sansal, connu pour ses prises de position critiques envers le régime algérien, a toujours refusé de céder aux pressions, même après sa libération. Son récit s’ajoute à une série de témoignages d’opposants ou de figures intellectuelles ayant subi des traitements similaires dans le pays.
Sansal et Retailleau : un diagnostic commun sur la relation franco-algérienne
Lors de leur entretien sur Figaro TV, Boualem Sansal et Bruno Retailleau, sénateur LR et président de la commission des Affaires étrangères au Sénat, ont confronté leurs analyses sur la crise entre la France et l’Algérie. Les deux hommes, qui se connaissent et s’apprécient, ont livré une vision sans fard des tensions actuelles. Sansal a souligné l’urgence pour la France de « engager un vrai rapport de force » avec Alger, une position partagée par Retailleau, qui a rappelé l’importance de ne pas laisser le champ libre à des postures unilatérales.
Leur échange intervient à un moment où les relations diplomatiques entre Paris et Alger sont particulièrement dégradées. Les sujets de friction sont multiples : la question migratoire, les visas, les échanges culturels, mais aussi les divergences stratégiques sur le Sahel ou les positions géopolitiques. « La France ne peut plus se contenter de gesticulations diplomatiques », a affirmé Retailleau, selon le Figaro. Sansal, de son côté, a rappelé que l’Algérie utilise régulièrement la pression sur ses ressortissants en France — notamment via les visas ou les discours politiques — pour obtenir des concessions.
— Ces dernières années, Alger a multiplié les mesures restrictives à l’encontre de la France, comme le rappel de son ambassadeur en 2021 ou les restrictions sur les visas accordés aux Français. — Ces tensions s’inscrivent dans une histoire longue, marquée par des épisodes de rupture et de réchauffement, mais la situation actuelle semble plus volatile que jamais.
Un appel à une diplomatie plus assertive
Leur appel à un « rapport de force » ne signifie pas une rupture des relations, mais plutôt la nécessité pour la France de défendre ses intérêts avec davantage de fermeté. Sansal a expliqué que l’Algérie, bien que partenaire économique, « n’hésite pas à instrumentaliser les questions mémorielles ou migratoires pour obtenir des avantages ». Retailleau a abondé dans ce sens, en insistant sur le fait que la France doit « cesser de donner l’impression de céder systématiquement » face aux exigences algériennes.
Parmi les pistes évoquées par les deux hommes : le renforcement des contrôles sur les flux migratoires, la révision des accords bilatéraux jugés déséquilibrés, ou encore une coordination plus étroite avec les partenaires européens pour faire face à Alger. Sansal a également souligné que la France devait « protéger ses ressortissants en Algérie », en référence à son propre cas, mais aussi à celui de nombreux binationaux ou journalistes français soumis à des pressions.
— L’écrivain a rappelé que son arrestation en 2025 n’était pas un cas isolé, mais s’inscrivait dans une logique de répression ciblée contre les voix dissidentes. — Retailleau a, quant à lui, insisté sur le fait que la France devait « retrouver une voix claire » dans sa relation avec Alger, sans se laisser dicter des lignes rouges par des considérations politiciennes.
Quoi qu’il en soit, leur appel à un changement de posture diplomatique pourrait trouver un écho dans les cercles politiques français, alors que l’opposition de droite et d’extrême droite ne cesse de critiquer la gestion actuelle des relations avec Alger. Reste à voir si l’exécutif prendra acte de ces recommandations — ou si la realpolitik continuera de primer.
Selon ses propres mots, rapportés par le Figaro, c’est parce qu’il a été porté disparu pendant une semaine après son arrestation le 16 novembre 2025. Pendant ce laps de temps, aucune autorité algérienne ne savait où il se trouvait. Lorsque les détenus de la prison de Koléa l’ont vu arriver, ils ont immédiatement associé son nom à la rumeur qui avait circulé, d’où ce surnom.
Les désaccords portent notamment sur les visas, les flux migratoires, les questions mémorielles liées à la colonisation, ainsi que sur les divergences géopolitiques (rôle de la France au Sahel, positions de l’Algérie vis-à-vis de la Russie ou de la Chine). Alger utilise régulièrement ces leviers pour faire pression sur Paris, comme en témoignent les restrictions sur les visas imposées en 2021.