La municipalité de Hanoï intensifie sa campagne contre les vendeurs ambulants, symbole d’une culture de rue qui attire chaque année des milliers de touristes. Selon Le Figaro, les autorités locales multiplient les amendes et installent des caméras de surveillance pour assainir les trottoirs de la capitale vietnamienne, provoquant des tensions entre modernité et préservation d’un patrimoine immatériel.

Ce qu'il faut retenir

  • Les vendeurs de rue de Hanoï encourent désormais des amendes allant jusqu’à 250 000 dongs (8 €), voire 6 millions de dongs (200 €) en cas d’obstruction à la circulation.
  • Plus de 3 000 amendes ont été infligées depuis décembre 2025, et les autorités envisagent de doubler ces sanctions.
  • Les autorités installent 2 000 caméras de surveillance pour repérer les contrevenants et réorganiser l’espace public.
  • La perte de revenus pour les vendeurs informels, comme Nguyen Thi Hoan, s’élève à plus de 50 % après leur relégation forcée.
  • Le chiffre d’affaires des petits commerces dépendant de cette activité a chuté, certains estimant perdre un tiers de leur clientèle.

Une tradition en ligne de mire

Les trottoirs de Hanoï sont depuis des décennies le théâtre d’une vie commerciale effervescente. Vendeurs de nouilles, mécaniciens, coiffeurs ou encore cours de zumba en plein air s’y entremêlent, offrant une expérience unique aux habitants et aux visiteurs. « Petits tabourets en plastique, nouilles bon marché mais délicieuses, bière fraîche de Hanoï », avait résumé l’ancien président américain Barack Obama lors d’un repas en 2016, immortalisé aux côtés du chef Anthony Bourdain pour une émission de CNN. Ces images avaient contribué à forger l’image d’une Hanoï authentique, où la gastronomie de rue et l’ambiance conviviale prenaient le pas sur les infrastructures modernes.

Pourtant, cette effervescence, autrefois tolérée, est désormais perçue comme un frein au développement urbain. Selon les médias d’État, les autorités communistes misent sur l’ordre et la propreté pour transformer la capitale, qui compte huit millions d’habitants, en une métropole à l’image des grandes villes asiatiques. « Sans vendeurs de rue, Hanoï n’est plus Hanoï. C’est une tradition », a déploré Nguyen Thi Hoan, 58 ans, ancienne fleuriste reléguée sur un terrain vague après dix ans de vente au même endroit.

Des mesures radicales aux conséquences sociales

Depuis décembre 2025, les forces de l’ordre appliquent des amendes systématiques aux vendeurs occupying illégalement les trottoirs. Les contrevenants risquent jusqu’à 6 millions de dongs (200 €), une somme colossale pour des travailleurs dont les revenus quotidiens se comptent en dizaines de milliers de dongs. Les autorités ont également lancé un plan d’installation de 2 000 caméras pour identifier les infractions et réorganiser l’espace public. « Je n’aime pas que ma ville soit en désordre, comme elle l’a toujours été », confie Le Trung Chien, employé dans une société de marketing, fatigué des scooters et des étals qui encombrent les passages piétons.

Les conséquences de ces mesures sont déjà visibles. Nguyen Thi Hoan, comme des centaines d’autres vendeurs, voit son chiffre d’affaires divisé par deux. « Je ne sais pas quoi faire d’autre pour joindre les deux bouts », confie-t-elle, sous le choc de cette relégation. Les commerçants dépendant de cette économie informelle subissent également des pertes : Tran Trung Van, gérant d’un café, affirme avoir perdu un tiers de ses clients, notamment ceux qui préféraient fumer ou manger dehors. « Un tiers de mes clients veulent s’asseoir sur le trottoir, surtout les jours frais », explique-t-il, regrettant cette nouvelle donne.

Modernité versus authenticité : un débat qui dépasse les frontières

Cette politique s’inscrit dans une tendance plus large au Vietnam, où les grandes villes cherchent à se conformer aux standards internationaux. Les embouteillages, les nuisances sonores et les problèmes d’hygiène, souvent attribués aux vendeurs ambulants, sont pointés du doigt par les urbanistes. Pourtant, ces activités participent à l’attractivité touristique de Hanoï, classée parmi les destinations les plus prisées d’Asie. En 2025, la capitale a accueilli un nombre record de visiteurs, attirés par son mélange unique de tradition et de modernité.
— Le débat oppose désormais deux visions de la ville : celle des autorités, qui prônent un espace urbain ordonné et sécurisé, et celle des habitants, nostalgiques d’une ambiance où « boire un thé glacé sur le trottoir » faisait partie du quotidien. Dinh Tung, employé de bureau, résume ce sentiment : « J’espère que les choses reviendront bientôt à la normale. Hanoï n’est Hanoï que si l’on peut profiter de la rue. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. D’ici la fin du mois de juin 2026, les autorités devraient préciser les modalités de location des espaces autorisés sur les trottoirs, une solution envisagée pour concilier ordre public et activité économique. Reste à voir si ce compromis satisfera les deux camps. D’un côté, les défenseurs de la tradition craignent une disparition progressive de ces pratiques ; de l’autre, les partisans d’une ville « propre » attendent des résultats concrets. Une chose est sûre : Hanoï, comme d’autres métropoles en pleine mutation, devra trouver un équilibre entre modernité et préservation de son âme.

Un enjeu économique et culturel

L’impact de ces mesures dépasse le simple cadre urbain. L’économie informelle représente une part significative de l’activité économique au Vietnam, employant des millions de personnes. Selon la Banque mondiale, le secteur informel contribue à 25 % du PIB vietnamien, un chiffre qui souligne son importance. À Hanoï, la disparition progressive des vendeurs de rue pourrait aggraver les inégalités sociales et renforcer la précarité des populations les plus vulnérables.
— Parallèlement, la transformation des espaces publics s’accompagne d’un projet plus large de rénovation urbaine. Les autorités ambitionnent de créer des « zones piétonnes » et des espaces verts, en s’inspirant de modèles comme Singapour ou Séoul. Cependant, ces projets nécessitent des investissements colossaux et une planification rigoureuse, ce qui n’est pas sans risque dans un contexte économique encore marqué par les séquelles de la pandémie de Covid-19.

Pour les touristes, cette mutation pourrait aussi modifier leur expérience de visite. Si les trottoirs disparaissent au profit de centres commerciaux et de rues aseptisées, une partie du charme de Hanoï risque de s’évaporer. « Hanoï sans ses vendeurs, c’est comme Paris sans ses cafés », avait coutume de dire un guide local. Un avis que partagent de nombreux voyageurs, pour qui la gastronomie de rue est indissociable de l’identité vietnamienne.

Selon les autorités de Hanoï, les vendeurs ambulants contribuent aux embouteillages, aux nuisances sonores et aux problèmes d’hygiène. Leur présence est jugée incompatible avec le développement d’une métropole moderne, alignée sur les standards internationaux. Les campagnes de répression visent à assainir les trottoirs et à faciliter la circulation des piétons.

Les autorités envisagent de louer des espaces autorisés sur les trottoirs, mais les modalités restent floues. Pour l’instant, de nombreux vendeurs comme Nguyen Thi Hoan ont été relégués sur des terrains vagues moins fréquentés, ce qui a entraîné une chute drastique de leur chiffre d’affaires. Aucune solution pérenne n’a encore été officiellement annoncée.