Un foyer d'hantavirus à bord d'un navire de croisière en route vers les Canaries a fait trois morts parmi les passagers. Selon Franceinfo – Faits divers, le documentaire « Hantavirus, la croisière de la peur » retrace le périple du MV Hondius, parti d'Ushuaïa (Argentine) le 1er avril pour une traversée de l'Atlantique sud jusqu'aux Canaries, avec des escales dans des zones isolées comme l'Antarctique et le Cap-Vert.
Ce qu'il faut retenir
- Trois décès parmi les passagers, dont deux femmes, après l'apparition des premiers symptômes le 6 avril chez un voyageur néerlandais.
- Le navire transportait 147 personnes – 88 passagers et 59 membres d'équipage – de 23 nationalités, dont cinq Français.
- Des cas contacts sont en cours d'identification à bord ou lors des rapatriements, avec plusieurs hospitalisations.
- Le documentaire de 26 minutes, diffusé ce 8 mai à 21h30 sur franceinfo, revient sur les étapes clés du voyage et les réactions sanitaires.
- L'OMS a estimé que le risque pour la population générale reste « absolument faible ».
Un trajet semé d'escale dans des zones reculées
Le MV Hondius, navire de croisières polaires exploité par le groupe néerlandais Oceanwide Expeditions, a suivi un itinéraire inhabituel pour ce type de bateau. Parti d'Ushuaïa en Argentine, il a d'abord fait escale en Géorgie du Sud et dans les îles Sandwich du Sud du 5 au 7 avril, avant de rejoindre Tristan da Cunha du 13 au 16 avril. Il a ensuite longé l'île Gough le 17 avril, fait une halte à Sainte-Hélène du 22 au 24 avril, puis a mis le cap sur le Cap-Vert le 3 mai. Actuellement en route vers les Canaries, il est attendu samedi 9 mai à Tenerife ou Las Palmas.
Cet itinéraire atypique, loin des routes maritimes classiques, a contribué à compliquer la gestion de l'épidémie à bord. « Le bateau a traversé des zones où les infrastructures médicales sont quasi inexistantes », a souligné Philippe Amouyel, épidémiologiste interviewé dans le documentaire. « La chaîne de transmission n'a pu être interrompue que grâce à l'évacuation rapide des cas suspects. »
L'épidémie à bord : chronologie des événements
Les premiers signes de l'infection sont apparus le 6 avril chez un passager néerlandais, décédé cinq jours plus tard. Deux autres victimes – son épouse et une touriste allemande – sont mortes respectivement le 26 avril et le 2 mai. Plusieurs autres passagers et membres d'équipage ont contracté le virus, certains étant encore hospitalisés ou soignés à l'étranger. « La situation a nécessité une coordination internationale urgente », a expliqué David Lefort, journaliste sciences dans le documentaire.
Une partie des personnes infectées ont été débarquées en Afrique du Sud, aux Pays-Bas ou en Suisse pour y être prises en charge. « Une course contre la montre est engagée pour identifier tous les cas contacts », a précisé Audrey Goutard, journaliste société. Les autorités sanitaires locales et l'OMS surveillent de près les vols de rapatriement, où des mesures de précaution supplémentaires ont été mises en place.
« Le risque de transmission à la population générale est 'absolument faible', mais la vigilance reste de mise pour les personnes ayant été en contact avec les passagers ou l'équipage. »
– Déclaration de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), rapportée par Franceinfo
Un documentaire pour comprendre l'impact sanitaire et médiatique
Réalisé par Jean-Baptiste Marteau, Sofia Dollé, Eléonore Bailly, Antoine Placier et Mathieu Birden, le documentaire « Hantavirus, la croisière de la peur » propose une immersion dans les coulisses de cette crise sanitaire. Diffusé ce 8 mai à 21h30 sur franceinfo (canal 16 de la TNT), il s'appuie sur les témoignages de journalistes spécialisés comme Alban Mikoczy, journaliste international, qui a analysé les réactions des autorités et des compagnies maritimes.
Le film revient notamment sur les décisions prises en urgence par le capitaine du navire et les équipes médicales à bord, ainsi que sur les protocoles sanitaires appliqués lors des escales. « Ce cas illustre les défis posés par les épidémies sur des navires en milieu isolé », a commenté Philippe Amouyel. « La gestion des risques infectieux en mer nécessite une préparation spécifique, souvent sous-estimée. »
Contexte : l'hantavirus, une maladie rare mais dangereuse
Transmis principalement par les rongeurs, l'hantavirus peut provoquer un syndrome pulmonaire grave chez l'humain, avec un taux de mortalité pouvant atteindre 40 % en l'absence de traitement. Les cas humains sont exceptionnels en Europe, mais des foyers ont déjà été signalés en Amérique du Nord et du Sud. « La plupart des épidémies surviennent dans des zones rurales ou lors d'activités en pleine nature », a rappelé Philippe Amouyel.
Si le risque de contamination à bord du MV Hondius est désormais maîtrisé, cet épisode rappelle l'importance de la surveillance sanitaire dans les transports internationaux, surtout lorsque ceux-ci impliquent des populations vulnérables ou des environnements à risque. Les compagnies maritimes devraient-elles renforcer leurs protocoles de dépistage ? La question se pose alors que le tourisme polaire et les croisières d'aventure gagnent en popularité.
L'hantavirus se transmet principalement par inhalation de particules virales contenues dans les excréments, l'urine ou la salive de rongeurs infectés. Les symptômes, qui apparaissent entre une et cinq semaines après l'exposition, incluent fièvre, douleurs musculaires, toux et difficultés respiratoires. Dans les cas graves, la maladie peut évoluer vers un syndrome pulmonaire aigu, nécessitant une prise en charge en réanimation. Il n'existe pas de traitement spécifique, mais une assistance respiratoire peut sauver des vies.