Deux-tiers des jeunes préparant un diplôme de niveau CAP à bac+2 en apprentissage déclarent effectuer des heures supplémentaires, selon une étude de la Dares, service statistique du ministère du Travail, publiée le 17 juin 2026. 67 % des apprentis interrogés dans le cadre de cette enquête ont ainsi reconnu dépasser le temps de travail prévu dans leur contrat, un phénomène qui concerne jusqu’à 71 % des apprentis des métiers de bouche. « Les apprentis exerçant dans ces métiers font état de fortes contraintes horaires et d’un intense rythme de travail, avec un temps de repos court », souligne l’étude, comme le rapporte BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- 67 % des apprentis préparant un diplôme de niveau CAP à bac+2 déclarent effectuer des heures supplémentaires, selon une étude de la Dares publiée le 17 juin 2026.
- 84 % des apprentis sont exposés à au moins un facteur de pénibilité, dont 63 % à plusieurs.
- Le taux d’heures supplémentaires atteint 71 % dans les métiers de bouche, où un quart des apprentis ne sont jamais compensés.
- 96 % des apprentis se disent satisfaits du métier exercé, mais 42 % doivent effectuer des tâches que personne d’autre ne souhaite accomplir.
- L’apprentissage en France a connu une forte croissance depuis la réforme de 2018, dépassant le million d’apprentis en 2023.
Un rythme de travail soutenu et des contraintes horaires marquées
L’enquête de la Dares, réalisée auprès de plus de 8 000 jeunes entrés en apprentissage en 2018 pour préparer un diplôme de niveau CAP à bac+2, révèle que 67 % d’entre eux effectuent des heures supplémentaires. Ce phénomène est encore plus marqué dans certains secteurs : 71 % des apprentis des métiers de bouche déclarent travailler au-delà de leurs horaires contractuels. « Un quart de ces apprentis ne bénéficient jamais de compensation pour ces heures supplémentaires », précise l’étude. Les contraintes sont particulièrement fortes dans ces métiers, où les apprentis doivent composer avec des horaires atypiques — travail le samedi, le dimanche, tôt le matin ou tard le soir — et des temps de repos réduits.
Les apprentis des secteurs de la bouche et des services aux particuliers sont également concernés par cette intensification du travail. Dans ces domaines, les exigences professionnelles imposent souvent des rythmes soutenus, difficiles à concilier avec les impératifs de la formation. « Intégrer et reproduire des normes professionnelles constituent des conditions pour s’insérer dans l’entreprise », relève l’étude, soulignant ainsi le caractère à la fois formateur et éprouvant de cette expérience.
Une exposition massive aux facteurs de pénibilité
Au-delà des contraintes horaires, 84 % des apprentis déclarent être exposés à au moins un facteur de pénibilité physique au travail. Parmi eux, 63 % cumulent plusieurs sources de difficultés. Les principales expositions concernent les fumées, les poussières, le bruit, ainsi que les températures extrêmes — qu’elles soient élevées ou basses. Ces conditions de travail sont particulièrement répandues dans les petites et moyennes entreprises, employant moins de 250 salariés. Dans ces structures, les apprentis sont souvent amenés à réaliser des tâches variées, parfois ingrates, sans toujours bénéficier d’un encadrement adapté.
Cette situation contraste avec le niveau de satisfaction global exprimé par les apprentis. Malgré les difficultés rencontrées, 96 % d’entre eux se disent satisfaits du métier qu’ils préparent. 87 % estiment également que leur bien-être physique au travail est correct. Pourtant, 42 % reconnaissent devoir accomplir des missions que personne d’autre ne souhaite prendre en charge, un paradoxe qui reflète à la fois leur engagement et les limites de leur intégration dans certains environnements professionnels.
Des disparités sectorielles dans la satisfaction et l’adéquation des missions
Tous les secteurs ne présentent pas le même niveau de satisfaction parmi les apprentis. Dans les domaines de la vente, de la gestion ou du secrétariat, les missions confiées sont plus souvent jugées inadaptées au diplôme préparé. Cette inadéquation peut générer une frustration, d’autant que ces secteurs affichent des taux de satisfaction inférieurs à la moyenne. De même, les apprentis des services aux particuliers rencontrent davantage de difficultés à concilier leurs obligations professionnelles et leur formation, en raison notamment de la précarité des horaires et de la nature des tâches à accomplir.
Ces disparités sectorielles mettent en lumière les défis spécifiques auxquels sont confrontés certains apprentis. Si l’apprentissage reste perçu comme une voie d’insertion professionnelle efficace, son succès dépend largement de la qualité de l’accompagnement et de l’adéquation entre les missions confiées et les compétences développées. L’étude de la Dares souligne ainsi l’importance d’un meilleur encadrement, notamment dans les petites structures où les ressources sont limitées.
L’apprentissage en France : une croissance rapide mais des défis persistants
Depuis la réforme de 2018, l’apprentissage en France a connu une progression spectaculaire. Le nombre d’apprentis a dépassé le million en 2023, selon les données de l’Insee. Cette croissance reflète une volonté politique forte de promouvoir cette voie de formation, perçue comme un levier d’insertion professionnelle et de réduction du chômage des jeunes. Pourtant, cette expansion rapide soulève des questions sur la qualité des parcours proposés et les conditions de travail des apprentis.
Les résultats de l’étude de la Dares rappellent que l’apprentissage, s’il offre des opportunités, n’est pas exempt de difficultés. Les contraintes horaires, l’exposition à des facteurs de pénibilité et les disparités sectorielles rappellent que cette formule exige un suivi rigoureux pour garantir à la fois l’efficacité de la formation et le bien-être des jeunes en contrat d’apprentissage.
Cette enquête de la Dares laisse en suspens plusieurs questions. Comment concilier l’essor de l’apprentissage avec la nécessité de protéger les jeunes travailleurs ? Faut-il revoir les critères de pénibilité pour mieux prendre en compte les spécificités des métiers en apprentissage ? Autant de défis que les pouvoirs publics et les acteurs de la formation professionnelle devront aborder dans les mois à venir, alors que le nombre d’apprentis continue de progresser.
Les métiers de bouche sont particulièrement concernés, avec 71 % des apprentis déclarant effectuer des heures supplémentaires. Les services aux particuliers et certains secteurs comme la vente ou le secrétariat sont également touchés, bien que dans une moindre mesure.
L’étude révèle qu’un quart des apprentis des métiers de bouche ne sont jamais compensés pour leurs heures supplémentaires. Aucune mesure spécifique n’est actuellement annoncée pour remédier à cette situation, bien que le sujet puisse faire l’objet de discussions dans le cadre des prochaines réformes de l’apprentissage.