Une coalition inédite de 120 organisations chrétiennes issues de vingt pays de l’Union européenne a adressé un appel solennel aux institutions bruxelloises pour exiger une sortie accélérée des énergies fossiles et la taxation des bénéfices des multinationales pétrolières et gazières. Selon Euronews FR, ce texte, intitulé « Europe, sois fidèle à notre maison commune », dénonce l’inaction climatique de l’UE tout en proposant un cadre précis pour une transition énergétique « juste et rapide ».
Ce qu'il faut retenir
- Une coalition de 120 organisations chrétiennes européennes, dont Caritas Europa et le Comité central des catholiques allemands, réclame une taxation permanente des profits des géants du fossile.
- Les signataires demandent à l’UE d’adopter une stratégie de sortie du charbon d’ici 2030, du gaz d’ici 2035 et du pétrole d’ici 2040, assortie d’un moratoire sur les nouvelles infrastructures fossiles.
- Ils dénoncent la législation « omnibus » environnementale, accusée de fragiliser les normes climatiques et de favoriser la pollution industrielle.
- Les profits des 100 plus grandes compagnies pétrolières mondiales ont atteint 25,8 milliards d’euros par mois pendant le premier mois de la guerre américano-israélienne en Iran, selon The Guardian.
- Les signataires proposent de réorienter les fonds publics vers les ménages précaires et les pays du Sud global, notamment via l’annulation de dettes climatiques et des subventions plutôt que des prêts.
- En 2023, les subventions aux énergies fossiles ont atteint 534 milliards d’euros dans le monde, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Un appel moral et politique inédit
Porté par des conférences épiscopales, des ordres religieux et des mouvements comme le Mouvement Laudato Si’, cet appel marque une première par son ampleur et son ancrage institutionnel au sein du christianisme européen. Les signataires, qui incluent aussi des ONG sociales et environnementales, y défendent une vision où la transition écologique s’inscrit dans une « responsabilité morale » liée à la foi. « Le soin de la création n’est pas facultatif pour les chrétiens, mais essentiel à une vie vertueuse », rappellent-ils dans leur manifeste. — autant dire que cette mobilisation dépasse le cadre strictement religieux pour embrasser une critique globale des politiques énergétiques européennes.
Taxer les pollueurs pour financer la justice climatique
Au cœur de leur proposition figure la création d’une taxe permanente sur les profits des compagnies fossiles, dont les bénéfices records — plus de 30 millions de dollars (25,8 milliards d’euros) par heure pendant la guerre en Iran, selon The Guardian — illustrent, selon eux, l’urgence d’une régulation. Les fonds récoltés devraient être fléchés vers deux priorités : d’une part, la transition vers les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ; d’autre part, le soutien aux ménages vulnérables et aux pays du Sud global, « frappés de manière disproportionnée par la crise écologique ».
Les auteurs de l’appel rappellent qu’en 2024, la dette des pays en développement s’élevait à 26 000 milliards d’euros, un fardeau qui, selon eux, « étouffe leur capacité à investir dans l’action climatique ». Leur solution ? Remplacer les prêts par des subventions et annuler les dettes insoutenables, un mécanisme déjà évoqué lors des négociations climatiques internationales sans aboutir à ce jour.
L’UE accusée de « démanteler » ses propres engagements climatiques
Les organisations chrétiennes visent directement la réforme dite « omnibus » de la législation environnementale européenne, présentée par la Commission comme une simplification administrative. Dans leur texte, elles dénoncent un « affaiblissement des garde-fous sociaux et environnementaux », pointant du doigt un report des engagements climatiques et une « dépendance accrue aux énergies fossiles ». La Commission européenne, de son côté, justifie ces mesures par la nécessité de réduire les « charges administratives inutiles » pour les industriels.
Pour étayer leur critique, les signataires citent des exemples concrets de dérégulation : affaiblissement des normes sur les émissions industrielles, assouplissement du contrôle de la qualité de l’eau, et report des échéances pour la réduction des polluants. « Trop souvent, la ‘simplification’ a conduit à la dérégulation », soulignent-ils dans leur appel, avant de conclure que ces choix « tournent le dos au rôle de leader climatique de l’UE ».
« L’Europe est confrontée à un choix clair : mener la sortie des énergies fossiles ou se ranger du côté des entreprises les plus polluantes, responsables de la moitié des émissions mondiales de carbone. »
— Extrait de l’appel « Europe, sois fidèle à notre maison commune »
Des revendications concrètes pour le budget et la législation européenne
L’appel formule trois exigences principales, détaillées dans un document de référence. La première vise à instaurer une feuille de route contraignante : sortie du charbon d’ici 2030, du gaz d’ici 2035 et du pétrole d’ici 2040, accompagnée d’une interdiction immédiate de toute nouvelle exploration ou infrastructure fossile. La seconde demande un « bond en avant » des investissements dans les renouvelables, l’efficacité énergétique et l’électrification, tout en promouvant une économie circulaire et la sobriété énergétique. Enfin, le groupe insiste pour que le prochain budget pluriannuel de l’UE, à finaliser d’ici fin 2027, « priorise les ménages précaires plutôt que les profits des multinationales ».
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les subventions aux énergies fossiles ont atteint 534 milliards d’euros en 2023, selon l’Agence internationale de l’énergie, un montant jugé « contradictoire avec les engagements climatiques » par les signataires. Pour eux, ces fonds publics pourraient être réalloués pour accélérer la transition et protéger les plus vulnérables, notamment via des mécanismes de redistribution ciblés.
Cette initiative survient alors que l’Union européenne est sous pression pour concilier transition verte et dépendance énergétique, un équilibre que la crise ukrainienne a rendu encore plus complexe. Les prochains mois s’annoncent décisifs, avec des arbitrages politiques qui pourraient confirmer — ou infirmer — l’ambition climatique affichée par Bruxelles.