L'émission BFM Bourse, diffusée chaque jour de la semaine sur BFM Business, a consacré sa chronique du lundi 13 avril 2026 à un sujet technique mais crucial pour les investisseurs : la dette privée et les risques associés à son illiquidité. Selon BFM Business, cette pratique consiste pour certains fonds, présentés comme liquides, à investir dans des actifs dont la revente s'avère complexe et longue. Un paradoxe que Jean-Benoît Gambet, co-fondateur de Moonshot et créateur de contenus, a détaillé lors de cette émission animée par Julie Cohen-Heurton.

Ce qu'il faut retenir

  • Les fonds de dette privée sont souvent présentés comme des produits liquides, alors qu'ils investissent majoritairement dans des actifs illiquides comme des prêts à long terme ou des obligations non cotées.
  • Cette stratégie expose les investisseurs à un risque de blocage de leurs avoirs en cas de besoin de liquidités immédiates, un phénomène appelé mismatch entre actif et passif.
  • Jean-Benoît Gambet a souligné que ce type de fonds peut être attractif en période de taux bas, mais devient risqué lorsque les marchés se tendent ou lorsque les investisseurs souhaitent récupérer leurs fonds rapidement.
  • Le marché de la dette privée a connu une croissance significative ces dernières années, portées par la recherche de rendements supérieurs à ceux des obligations d'État ou des actions.
  • Les régulateurs financiers commencent à s'interroger sur la transparence de ces produits et leur adéquation avec les profils d'investisseurs ciblés.

Des fonds liquides… mais pour quels actifs ?

Sur le papier, les fonds de dette privée offrent aux investisseurs la possibilité d'accéder à des actifs généralement réservés aux grands investisseurs institutionnels. Selon BFM Business, ces fonds se présentent comme des solutions liquides, c'est-à-dire que les souscripteurs peuvent, en théorie, récupérer leur argent à tout moment. Pourtant, comme l'a expliqué Jean-Benoît Gambet, « ces fonds investissent majoritairement dans des prêts à long terme, des obligations non cotées ou des créances privées ». Autant dire que ces actifs ne sont pas aisément échangeables sur un marché secondaire. »

Cette discordance entre la promesse de liquidité et la réalité des actifs sous-jacents crée un risque de mismatch : les investisseurs peuvent se retrouver dans l'incapacité de vendre rapidement leurs parts en cas de besoin, notamment lors de crises de marché. « C'est un peu comme acheter un bien immobilier en pensant pouvoir le revendre en 24 heures », a illustré Gambet, mettant en lumière le paradoxe de ces produits financiers.

Un marché en pleine expansion, mais sous surveillance

Le marché de la dette privée a connu une croissance spectaculaire ces dernières années. Selon les données disponibles, les encours gérés par ce type de fonds ont été multipliés par trois depuis 2020, portés par la recherche de rendements supérieurs à ceux offerts par les obligations d'État ou les actions en période de taux bas. Pourtant, cette expansion s'accompagne de questions croissantes sur la transparence et l'adéquation de ces produits avec les profils d'investisseurs. « Les particuliers sont de plus en plus ciblés par ces fonds », a rappelé Gambet, alors que ces produits étaient historiquement réservés aux investisseurs institutionnels ou aux ultra-riches.

Cette démocratisation pose un défi réglementaire. En Europe, l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) a récemment émis des recommandations pour renforcer l'information des investisseurs sur les risques liés à l'illiquidité. « Les régulateurs s'inquiètent de voir des épargnants, parfois peu avertis, investir dans des produits qu'ils ne comprennent pas totalement », a précisé l'expert.

Un risque amplifié en période de crise

Le risque de liquidité de la dette privée se révèle particulièrement dangereux en période de tensions sur les marchés. Lorsqu'un fonds doit faire face à des demandes de rachat massives, il peut se retrouver contraint de vendre ses actifs à perte ou de bloquer temporairement les retraits, comme cela a été observé lors de la crise du Covid-19 en 2020. « C'est un scénario que les investisseurs sous-estiment souvent », a souligné Gambet, rappelant que ces fonds peuvent aussi être affectés par des défauts de paiement de leurs débiteurs. « Un prêt immobilier accordé à une entreprise en difficulté peut mettre des années à être remboursé, voire ne jamais l'être. »

Pourtant, malgré ces risques, les fonds de dette privée restent plébiscités pour leur rendement potentiel. « En période de taux d'intérêt bas, les investisseurs sont prêts à accepter des risques supplémentaires pour obtenir des rendements décents », a expliqué l'expert. Cependant, la remontée des taux observée depuis 2022 a commencé à freiner cette dynamique, rendant ces produits moins attractifs pour certains profils.

Des alternatives pour les investisseurs prudents

Face à ces risques, certains acteurs du marché proposent des solutions pour limiter l'exposition à l'illiquidité. « Certains fonds de dette privée intègrent désormais des mécanismes de reporting plus réguliers et des clauses de suspension temporaire en cas de crise », a indiqué Gambet. D'autres préfèrent se concentrer sur des actifs partiellement liquides, comme les obligations cotées de sociétés non financières, offrant un compromis entre rendement et flexibilité.

Par ailleurs, des plateformes spécialisées commencent à émerger pour permettre aux investisseurs de revendre leurs parts de fonds de dette privée sur un marché secondaire. « Ces initiatives restent marginales et souvent limitées à des montants réduits, mais elles pourraient, à terme, rendre ces produits plus accessibles », a-t-il ajouté.

Et maintenant ?

La question de la régulation de la dette privée devrait rester au cœur des débats dans les mois à venir. Les autorités européennes pourraient durcir les règles en matière de transparence et de communication des risques, notamment pour protéger les épargnants les moins expérimentés. Par ailleurs, l'évolution des taux d'intérêt jouera un rôle clé : si la Banque centrale européenne (BCE) maintient sa politique restrictive, la demande pour ces fonds pourrait se tasser, poussant les gestionnaires à revoir leurs stratégies. Enfin, l'essor des fintechs spécialisées dans la liquidité des actifs privés pourrait, à moyen terme, offrir de nouvelles solutions pour les investisseurs.

Pour les épargnants intéressés par ce type de placement, les experts recommandent une diversification poussée et une analyse approfondie des documents contractuels. « Il est essentiel de comprendre la nature des actifs sous-jacents et les mécanismes de rachat », a conclu Gambet. Une prudence d'autant plus justifiée que le contexte économique reste incertain, avec des risques géopolitiques persistants et une inflation qui peine à redescendre durablement.

Un fonds de dette privée investit principalement dans des prêts ou des obligations non cotées, émis par des entreprises ou des projets non accessibles au grand public. À l'inverse, un fonds obligataire classique se concentre sur des titres de dette cotés en Bourse, comme les obligations d'État ou corporates, qui sont bien plus liquides. Autrement dit, la dette privée est moins transparente et plus risquée en termes de liquidité, mais peut offrir des rendements supérieurs.

Plusieurs critères doivent être pris en compte : la durée d'investissement recommandée (souvent 5 à 10 ans), la tolérance au risque, et la capacité à bloquer son argent en cas de besoin. Il est conseillé de consulter le Document d'Information Clé pour l'Investisseur (DICI), qui détaille les risques associés, et de comparer les frais avec ceux des fonds obligataires traditionnels. Enfin, une discussion avec un conseiller en gestion de patrimoine peut aider à évaluer l'adéquation entre le produit et ses objectifs financiers.