Le gouvernement français a acté un tournant stratégique dans la gestion des données sensibles de la sécurité intérieure. Selon Capital, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, le mardi 16 juin 2026, le remplacement progressif des outils du géant américain Palantir par ceux de ChapsVision au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Cette décision s’inscrit dans une volonté affichée de renforcer la souveraineté technologique française face à des enjeux régaliens.
Ce qu'il faut retenir
- Le logiciel ArgonOS de ChapsVision remplacera les services de Palantir à la DGSI, selon une annonce officielle du Premier ministre Sébastien Lecornu le 16 juin 2026.
- Cette transition vise à consolider un « écosystème national capable de répondre à des besoins technologiques régaliens », a souligné le chef du gouvernement.
- ChapsVision, fondée en 2019 par Olivier Dellenbach, a réalisé près de 30 acquisitions en sept ans pour se positionner sur le marché de l’analyse de données.
- Le chiffre d’affaires de ChapsVision s’élève à 200 millions d’euros, loin des 4,8 milliards de dollars de Palantir.
- Un contrat de trois ans avait été prolongé avec Palantir en décembre 2025, mais un basculement vers ChapsVision pourrait intervenir avant son terme.
Une transition sous haute surveillance
La DGSI, service français de renseignement intérieur et de contre-espionnage, a jusqu’à présent utilisé les outils de Palantir pour ses besoins d’analyse de données massives. Pourtant, depuis plusieurs mois, l’État français cherchait à réduire sa dépendance aux technologies étrangères. C’est dans ce contexte que le Premier ministre Sébastien Lecornu a acté, lors d’une déclaration publique, le choix de confier cette mission à ChapsVision, une entreprise 100 % française.
Cette décision intervient alors que le contrat entre la DGSI et Palantir avait été prolongé pour trois ans en décembre 2025. Cette prolongation visait à éviter une « rupture capacitaire », mais l’exécutif a finalement jugé nécessaire d’anticiper le transfert vers une solution souveraine. Reste à savoir si ChapsVision parviendra à répondre aux exigences techniques et opérationnelles d’une institution aussi exigeante que la DGSI.
ChapsVision, une croissance rapide mais des défis persistants
Créée en 2019 par Olivier Dellenbach, ChapsVision a rapidement adopté une stratégie ambitieuse : celle des acquisitions ciblées. En sept ans, l’entreprise a réalisé près de trente rachats pour se doter d’expertises variées, allant de la gestion des données à la cartographie, en passant par la traduction et l’intelligence artificielle. Cette approche lui a permis de se positionner sur des marchés exigeants, notamment ceux liés à la souveraineté technologique des États.
Pourtant, malgré une croissance impressionnante, ChapsVision reste un acteur de taille modeste comparé à Palantir. Avec un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros, l’entreprise française affiche une ambition claire, mais son envergure financière — bien inférieure aux 4,8 milliards de dollars de son concurrent américain — soulève des questions sur sa capacité à absorber une telle transition.
Des choix stratégiques qui divisent
Le parcours de ChapsVision n’a pas été exempt de controverses. En septembre 2025, l’entreprise a signé un partenariat avec Alcatel-Lucent Enterprise, une société détenue en partie par des capitaux chinois. Cette collaboration, qui visait à renforcer ses capacités technologiques, a suscité des inquiétudes quant aux risques de dépendance ou d’influence étrangère. Dans un contexte géopolitique tendu, où la souveraineté des données est un sujet de premier plan, cette alliance a été critiquée par certains acteurs politiques et industriels.
Pour autant, le gouvernement a choisi de faire confiance à ChapsVision, comme l’a confirmé Sébastien Lecornu lors de son annonce. Cette décision s’inscrit dans une logique plus large de réduction des dépendances technologiques, un enjeu devenu central pour l’État français depuis plusieurs années.
Un écosystème national en construction
L’adoption d’ArgonOS, le logiciel développé par ChapsVision, marque une étape importante dans la construction d’un écosystème national dédié à l’analyse de données sensibles. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de disposer d’outils « souverains », capables de garantir l’indépendance technologique de la France dans des domaines aussi critiques que la sécurité intérieure.
Cette volonté s’inscrit dans la continuité des initiatives récentes visant à renforcer la résilience des infrastructures françaises. Qu’il s’agisse de la souveraineté des données de santé ou de la cybersécurité, l’État a multiplié les annonces pour favoriser l’émergence de champions nationaux. Reste à voir si ChapsVision parviendra à s’imposer comme un acteur incontournable dans ce paysage en pleine mutation.
Autant dire que les prochains mois seront décisifs pour cette entreprise, dont le sort pourrait influencer l’ensemble de la stratégie française en matière de technologies souveraines.
Le gouvernement a justifié ce choix par la volonté de renforcer la souveraineté technologique française. En optant pour une solution 100 % nationale, l’État cherche à réduire sa dépendance aux acteurs étrangers, notamment américains, dans des domaines aussi sensibles que la sécurité intérieure.