À l’occasion de l’ouverture du G7 à Évian ce lundi 11 juin 2026, le politologue et chercheur en relations internationales Bertrand Badie dresse un bilan sévère de la diplomatie française sous la présidence d’Emmanuel Macron. Dans une interview accordée à Libération, il juge que la politique étrangère de la France, bien que riche en concepts et en initiatives, peine à se traduire en actions tangibles sur des dossiers majeurs comme la Palestine, l’Ukraine, l’Inde, le Sahel ou encore l’Algérie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le chercheur Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, évalue la diplomatie française sous Macron comme peu transformative, malgré des ambitions affichées.
  • Parmi les dossiers critiques figurent la question palestinienne, la guerre en Ukraine, les relations avec l’Inde, la stabilisation du Sahel et les tensions avec l’Algérie.
  • Le G7 de 2026, qui s’ouvre aujourd’hui à Évian, intervient dans ce contexte de bilan contrasté pour la France.

Une diplomatie ambitieuse mais en manque d’impact concret

Bertrand Badie, auteur de plusieurs ouvrages sur la gouvernance mondiale et les rapports de force internationaux, n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, la France de Macron a « dix ans d’une diplomatie incapable de transformer de belles idées en réalité concrète ». Une affirmation qui résonne particulièrement à l’aube d’un sommet du G7 où les dirigeants des grandes puissances devraient évoquer, entre autres, la crise ukrainienne et les défis sécuritaires en Afrique.

Le chercheur, interrogé par Libération, pointe du doigt une « inertie structurelle » dans la mise en œuvre des politiques étrangères. « On parle beaucoup, on signe des déclarations, mais les résultats peinent à suivre », explique-t-il. Son analyse s’appuie sur des dossiers où la France a pourtant joué un rôle actif, comme la médiation dans le conflit israélo-palestinien ou la réponse aux coups d’État au Sahel.

Les grands dossiers où la France reste en retrait

Parmi les exemples cités par Badie, la Palestine illustre selon lui les limites de l’influence française. Malgré des prises de position récurrentes en faveur d’une solution à deux États, « les avancées concrètes restent rares », note le politologue. De même, sur le front ukrainien, la France a multiplié les initiatives — livraisons d’armes, sanctions contre Moscou — mais « l’impact réel sur le terrain est limité », souligne-t-il. « On a l’impression d’une diplomatie qui tourne en boucle sans jamais déboucher sur des changements durables. »

Les relations avec l’Inde et les pays du Sahel sont également pointées du doigt. Si la France a tenté de renforcer ses partenariats stratégiques avec New Delhi, « les résultats commerciaux et sécuritaires sont en deçà des attentes ». Quant au Sahel, où Paris a déployé des milliers de soldats dans le cadre de l’opération Barkhane, Badie estime que « la situation sécuritaire s’est dégradée malgré les milliards investis ». Enfin, la question algérienne — marquée par des tensions récurrentes sur la mémoire coloniale et les flux migratoires — reste un sujet de crispation où la diplomatie française « peine à désamorcer les malentendus ».

« Macron ou dix ans d’une diplomatie incapable de transformer de belles idées en réalité concrète. »

Un G7 sous le signe de l’urgence géopolitique

L’ouverture du G7 à Évian intervient dans un contexte où les défis internationaux se multiplient. Avec la guerre en Ukraine qui s’éternise, les tensions en Asie-Pacifique et les crises africaines qui s’enchaînent, les dirigeants des sept pays les plus industrialisés devraient tenter de coordonner leurs réponses. Pour la France, ce sommet représente une occasion de réaffirmer son rôle sur la scène mondiale, mais aussi de répondre aux critiques sur son manque d’efficacité.

Bertrand Badie tempère cependant l’ampleur des attentes. « Un G7, même avec de bonnes intentions, ne suffira pas à résoudre des problèmes systémiques comme le changement climatique ou les inégalités Nord-Sud », rappelle-t-il. Selon lui, la diplomatie française gagnerait à se recentrer sur des objectifs plus réalistes et à éviter de « surcharger » son agenda avec des initiatives trop ambitieuses.

Et maintenant ?

Le sommet du G7 à Évian pourrait offrir à Emmanuel Macron une tribune pour annoncer des mesures concrètes, notamment sur la relance des négociations internationales ou le renforcement des alliances en Afrique. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des actes. Dans les semaines à venir, la capacité de la France à peser sur les dossiers brûlants — comme la reconstruction de l’Ukraine ou la stabilisation du Sahel — sera scrutée de près par ses partenaires et ses détracteurs.

D’ici la fin de l’année, plusieurs échéances diplomatiques majeures pourraient redessiner l’équilibre des forces : les négociations sur le nucléaire iranien, les élections américaines de novembre, ou encore l’évolution des conflits au Proche-Orient. Autant de défis qui mettront à l’épreuve la crédibilité d’une diplomatie française en quête de résultats.

Alors que le G7 s’installe en Haute-Savoie, une question s’impose : la France parviendra-t-elle enfin à passer des discours aux actes ? La réponse se jouera bien au-delà des salons d’Évian.

Le G7, forum des sept grandes puissances économiques, sert principalement à coordonner des réponses aux crises globales comme les conflits armés, le changement climatique ou les pandémies. Cependant, ses décisions ne sont pas contraignantes et dépendent de la bonne volonté de ses membres. Ce sommet d’Évian 2026 devrait notamment aborder la guerre en Ukraine et les tensions en Asie-Pacifique, mais son impact réel reste limité par les divergences entre les pays participants.