Le conflit armé en Colombie prend une nouvelle dimension dans les profondeurs de l’Amazonie. Le département du Guaviare, situé au centre du pays à la frontière avec la forêt équatoriale, est devenu ces dernières semaines le théâtre d’affrontements meurtriers entre deux factions dissidentes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Selon Courrier International, ces violences ont déjà fait au moins 48 morts, dont 11 mineurs. Face à cette escalade, le président colombien Gustavo Petro a ordonné un bombardement aérien, faisant trois morts supplémentaires, portant ainsi le bilan total à 51 victimes en quelques semaines.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Guaviare, département amazonien, est devenu un nouveau front du conflit armé colombien en 2026.
  • Les affrontements opposent deux factions dissidentes des Farc, commandées par les ex-alliés « Iván Mordisco » et « Calarcá ».
  • Le bilan provisoire s’élève à 48 morts, dont 11 mineurs, selon El Espectador.
  • Le président Gustavo Petro a ordonné un bombardement aérien, faisant trois morts supplémentaires.
  • Ces deux factions comptent respectivement 5 000 hommes pour l’État-major central (EMC) et 1 500 hommes pour l’État-major des blocs et des fronts (EMBF).

Cette résurgence de la violence s’inscrit dans un conflit qui dure depuis plus de soixante ans en Colombie. Pourtant, jusqu’en avril 2024, « Iván Mordisco » et « Calarcá » combattaient côte à côte au sein d’une même organisation armée issue des Farc. Ces deux figures historiques avaient pourtant refusé de déposer les armes malgré l’accord de paix signé en 2016 avec le gouvernement colombien. Leur alliance a volé en éclats après l’échec des nouvelles négociations engagées avec l’administration Petro, qui a choisi une approche plus ferme face aux guérillas dissidentes.

Selon les informations recueillies par Courrier International, la scission a donné naissance à deux entités distinctes. D’un côté, l’État-major central (EMC), dirigé par « Iván Mordisco », qui prône la poursuite de la lutte armée et compterait près de 5 000 combattants répartis dans tout le pays. De l’autre, l’État-major des blocs et des fronts (EMBF), mené par « Calarcá », qui revendique une force de 1 500 hommes et affirme vouloir poursuivre un dialogue avec le gouvernement — même si les récents événements semblent avoir mis fin à cette prétention.

Les combats dans le Guaviare illustrent la fragmentation croissante des guérillas colombiennes. Depuis l’accord de 2016, plusieurs factions des Farc ont refusé de se démobiliser, préférant poursuivre des activités illicites telles que le trafic de drogue, l’extorsion ou les enlèvements pour financer leurs opérations. Le département du Guaviare, recouvert en grande partie par la forêt amazonienne, offre un terrain propice à ces activités, tout en compliquant le contrôle par les forces de l’ordre. Autant dire que la situation sécuritaire s’est considérablement dégradée dans cette zone, où la présence de l’État reste limitée.

Face à l’escalade des violences, le gouvernement colombien a choisi une réponse militaire directe. Le 31 mai 2026, des frappes aériennes ont été menées dans la région de Corinto, une municipalité située dans le nord du département du Cauca, frontalière avec le Guaviare. Ces opérations ont permis de neutraliser plusieurs cibles, mais ont également entraîné la mort de trois personnes, selon les autorités. Cette stratégie s’inscrit dans la volonté affichée par le président Petro de mettre fin aux activités des groupes armés illégaux, tout en évitant une reprise généralisée des combats comme celle observée lors des décennies précédentes.

Pourtant, cette approche n’est pas sans risque. Les bombardements et les opérations militaires peuvent en effet radicaliser davantage les factions dissidentes, poussant leurs membres à rejoindre des groupes encore plus radicaux. Par ailleurs, la présence de mineurs parmi les victimes souligne l’impact humanitaire de ce conflit, qui frappe désormais des populations civiles de plus en plus vulnérables. Selon les données d’El Espectador, rapportées par Courrier International, 11 enfants figurent parmi les 48 morts recensés depuis le début des affrontements.

« Les négociations menées avec le gouvernement Petro ont échoué, et les divisions internes aux Farc ont transformé l’Amazonie en un champ de bataille. La Colombie doit désormais faire face à une nouvelle menace, où la guerre continue de faire rage malgré les accords de paix passés. »
— Analyste politique colombien, cité par Courrier International

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité des frappes aériennes ordonnées par le président Petro. Une escalade des opérations militaires pourrait en effet entraîner une réponse encore plus violente des factions dissidentes, risquant d’aggraver la crise humanitaire dans la région. Par ailleurs, la communauté internationale, notamment les pays voisins comme le Brésil et le Venezuela, pourrait être appelée à jouer un rôle dans la recherche d’une solution pacifique. Enfin, le gouvernement colombien devra clarifier sa stratégie à long terme pour éviter que le Guaviare ne devienne un territoire définitivement contrôlé par les groupes armés.

Cette nouvelle phase du conflit colombien rappelle que, malgré l’accord de paix de 2016, la paix reste fragile et que les cicatrices de soixante ans de guerre ne se referment pas du jour au lendemain. La situation dans l’Amazonie soulève ainsi une question cruciale : comment concilier la fermeté militaire avec la nécessité de protéger les populations civiles et de relancer un processus de dialogue crédible avec les groupes dissidents ?

Les négociations ont échoué en raison de divergences profondes entre les deux parties. D’un côté, l’État-major central (EMC), dirigé par « Iván Mordisco », refuse catégoriquement tout compromis et prône la poursuite de la lutte armée. De l’autre, l’État-major des blocs et des fronts (EMBF), mené par « Calarcá », affichait initialement une volonté de dialogue, mais les récents affrontements dans le Guaviare suggèrent que cette faction a également abandonné cette voie. Les exigences des deux groupes, notamment en termes de désarmement et de participation politique, sont apparues incompatibles avec les attentes du gouvernement, qui mise sur une approche plus musclée pour mettre fin au conflit.