En l’espace de vingt-sept mois, l’Équateur a connu **846 jours sous état d’urgence**, un chiffre qui équivaut presque à la durée totale du mandat de Daniel Noboa, élu président en novembre 2023. Pendant 272 de ces jours, les autorités ont restreint la libre circulation des citoyens, instaurant **sept couvre-feu** successifs, mesure devenue le symbole de la lutte gouvernementale contre la criminalité endémique dans le pays. Courrier International détaille cette situation, rapportant que, selon les chiffres officiels, **1 283 personnes** ont été interpellées en mars 2026 pour non-respect des horaires imposés lors d’un couvre-feu de quinze jours. Parallèlement, les autorités mettent en avant une baisse de **près de 30 % des homicides nocturnes** pendant ces périodes.

Ce qu'il faut retenir

  • 846 jours en état d’urgence sur 27 mois, soit l’équivalent de presque deux ans et trois mois.
  • 272 jours de restriction de la libre circulation, dont 7 couvre-feu instaurés depuis 2023.
  • **1 283 interpellations** en quinze jours de couvre-feu en mars 2026 pour non-respect des horaires.
  • Baisse de **près de 30 %** des homicides nocturnes pendant les périodes de couvre-feu.
  • Des mesures qui s’inscrivent dans le cadre de la présidence de **Daniel Noboa**, dont le mandat court depuis novembre 2023.

Une mesure contestée mais présentée comme efficace par le gouvernement

Pour le pouvoir en place, le bilan des couvre-feu se mesure avant tout en termes d’interpellations et de réduction des crimes nocturnes. En mars 2026, lors d’un couvre-feu de quinze jours, **1 283 personnes** ont été appréhendées pour avoir enfreint les restrictions horaires, selon les données communiquées par les autorités équatoriennes. Les responsables politiques saluent une baisse de **près de 30 % des homicides nocturnes** pendant ces périodes, un argument avancé pour justifier le maintien de ces mesures exceptionnelles.

Pourtant, malgré l’annonce préalable de ces restrictions, leur mise en œuvre surprend souvent les habitants. C’est ce qu’a constaté Vanesa Cervantes, une résidente de Guayaquil, l’une des villes les plus touchées par la violence en Équateur. Installée dans un quartier en bordure de l’Estero Salado, elle décrit une réalité quotidienne où « des coups de feu éclatent à toute heure », où « les vols sont monnaie courante » et où « les habitants vivent en permanence sur leurs gardes ».

La « nouvelle normalité » des Équatoriens sous couvre-feu

Pour Vanesa Cervantes, la philosophie à adopter face à cette insécurité chronique est simple : « ne rien voir, ne rien entendre et ne parler à personne ». Une attitude de retrait qui reflète l’angoisse permanente des habitants de ces zones. Le couvre-feu, bien que présenté comme une solution, s’ajoute à une routine déjà marquée par la peur. « À certaines périodes, on se croirait en zone de guerre », confie-t-elle, évoquant un environnement où la méfiance est devenue un réflexe de survie.

Le dernier couvre-feu en date, appliqué du **3 au 18 mai 2026**, a de nouveau bouleversé les habitudes des Équatoriens, obligés de s’adapter à ces restrictions récurrentes. Si les autorités assurent que ces mesures visent à protéger les populations, les citoyens, eux, doivent composer avec une insécurité persistante, où chaque couvre-feu rappelle l’ampleur de la crise sécuritaire dans le pays.

Une stratégie contestée face à une criminalité endémique

L’Équateur traverse une crise sécuritaire sans précédent, avec des taux d’homicides parmi les plus élevés d’Amérique latine. Les gangs criminels, souvent liés au trafic de drogue, étendent leur emprise sur des territoires entiers, notamment dans les grandes villes comme Guayaquil ou Quito. Face à cette situation, le gouvernement de Daniel Noboa mise sur des mesures d’exception, comme les couvre-feu, pour tenter de reprendre le contrôle. Courrier International, qui reprend les informations d’El País América, souligne que ces restrictions s’inscrivent dans une stratégie plus large, incluant des opérations militaires et policières ciblées.

Pourtant, malgré ces efforts, les résultats restent mitigés. Si les homicides nocturnes diminuent pendant les couvre-feu, les violences persistent le jour, et la population doute de l’efficacité à long terme de ces mesures. Les habitants, eux, n’ont d’autre choix que de s’habituer à cette « nouvelle normalité », où la sécurité se paie au prix de libertés restreintes et d’une vie quotidienne sous haute tension.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact des couvre-feu sur la criminalité en Équateur. Le gouvernement de Daniel Noboa a indiqué qu’il pourrait prolonger ou étendre ces mesures en fonction des résultats observés. Une nouvelle évaluation des politiques sécuritaires est attendue d’ici la fin de l’année 2026, alors que la pression sur les autorités pour résoudre la crise s’intensifie. Reste à voir si ces restrictions, couplées à d’autres actions, permettront de rétablir une sécurité durable dans le pays.

Un pays sous tension : entre état d’urgence et colère sociale

L’application répétée de l’état d’urgence et des couvre-feu a également suscité des critiques au sein de la société civile. Des organisations de défense des droits humains dénoncent une militarisation croissante de l’espace public, ainsi qu’un risque d’atteinte aux libertés individuelles. Courrier International rappelle que l’Équateur, traditionnellement considéré comme un pays pacifique en Amérique latine, est désormais confronté à une violence qui dépasse les frontières des zones les plus sensibles.

Les habitants, quant à eux, oscillent entre résignation et espoir. Certains estiment que ces mesures, bien que restrictives, sont nécessaires pour mettre fin au chaos. D’autres, comme Vanesa Cervantes, voient dans cette « nouvelle normalité » une preuve de l’échec des autorités à garantir leur sécurité. Une chose est sûre : tant que la criminalité persistera, l’Équateur devra vivre sous le signe de l’urgence, où chaque jour sous couvre-feu rappelle l’ampleur des défis qui attendent le pays.

En attendant, les Équatoriens continuent de s’adapter, contraints par les circonstances à une routine où la peur et l’incertitude dictent les règles du quotidien.

Selon les autorités équatoriennes, les couvre-feu visent à réduire les homicides nocturnes et à limiter l’activité des gangs criminels, en restreignant la liberté de circulation pendant les heures où les violences sont les plus fréquentes. Les chiffres officiels indiquent une baisse de près de 30 % des homicides la nuit pendant ces périodes, un argument avancé pour justifier leur maintien malgré les critiques sur les libertés restreintes.