D'après Le Monde, une cinquantaine de monuments officiellement protégés en Inde ont disparu au cours des dernières années. Cette situation révèle une priorité accordée par le gouvernement de Narendra Modi à la promotion du patrimoine hindou et à la construction de nouveaux temples, au détriment de l'entretien et de la préservation de l'héritage musulman et des autres sites historiques du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • 50 monuments protégés ont disparu en Inde, selon les données officielles citées par Le Monde.
  • Le gouvernement Modi privilégie la promotion du patrimoine hindou et la construction de temples plutôt que la préservation de l'héritage musulman.
  • Cette négligence concerne aussi bien le patrimoine culturel que naturel et archéologique du pays.

Un patrimoine officiel en déclin malgré les protections légales

Selon les chiffres révélés par Le Monde, une cinquantaine de sites classés comme monuments protégés par les autorités indiennes ont disparu ces dernières années. Ces pertes concernent des édifices historiques, des mosquées, des mausolées et des sites archéologiques majeurs, dont certains remontent à plusieurs siècles. Pourtant, ces monuments bénéficiaient d'un statut de protection officielle, censé garantir leur préservation et leur entretien par les pouvoirs publics.

La situation contraste avec les efforts déployés par l'Inde pour promouvoir son patrimoine culturel à l'international. Le pays mise notamment sur son soft power, comme en témoignent les festivals culturels organisés à l'étranger ou les initiatives diplomatiques visant à faire reconnaître des sites indiens sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre : peu d'entretien et une dégradation accélérée des sites négligés.

Une politique de préservation déséquilibrée sous Modi

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le Premier ministre Narendra Modi et son gouvernement ont affiché une volonté marquée de restaurer et de mettre en valeur le patrimoine hindou. Cette politique s'est traduite par des financements publics massifs pour la rénovation de temples anciens ou la construction de nouveaux lieux de culte. En parallèle, le gouvernement a lancé des projets pharaoniques, comme la reconstruction du temple de Ram Mandir à Ayodhya, un symbole fort pour les nationalistes hindous.

En revanche, l'héritage musulman, qui représente pourtant près de 30 % des monuments protégés en Inde, semble systématiquement laissé de côté.

« Le gouvernement semble privilégier une vision sélective du patrimoine, en accordant une attention particulière aux sites liés à l'hindouisme, tandis que d'autres parties de l'histoire indienne, comme la période moghole, sont ignorées ou même effacées », a expliqué un historien interrogé par Le Monde sous couvert d'anonymat.
Cette approche soulève des questions sur la neutralité de l'État indien dans la préservation de son patrimoine multiculturel.

Des conséquences sur le tourisme et la mémoire collective

La dégradation des monuments protégés a des répercussions économiques et culturelles majeures. L'Inde, qui mise sur son patrimoine pour attirer les touristes, risque de voir son attractivité diminuer. Certains sites, autrefois prisés des visiteurs, sont aujourd'hui à l'abandon, avec des murs couverts de graffitis, des structures fragilisées par le manque d'entretien, ou des zones interdites pour des raisons de sécurité. Autant dire que le risque de perdre définitivement ces joyaux historiques est bien réel.

Au-delà des enjeux économiques, c'est la mémoire collective du pays qui est en jeu. L'Inde possède une histoire riche et plurielle, marquée par des siècles de coexistence entre différentes communautés religieuses et culturelles. La négligence envers certains monuments risque d'effacer une partie de cette histoire, au profit d'une narration nationale centrée sur l'hindouisme. Des associations de défense du patrimoine, comme l'Intach (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage), tirent régulièrement la sonnette d'alarme, mais leurs alertes restent largement ignorées par les autorités.

Et maintenant ?

La situation pourrait évoluer à moyen terme, notamment si la pression internationale et les mobilisations locales s'intensifient. Les prochaines échéances électorales pourraient aussi jouer un rôle, les partis d'opposition ayant déjà commencé à critiquer la gestion du patrimoine sous Modi. Une réforme législative ou une augmentation des budgets alloués à la préservation des sites musulmans et autres monuments négligés serait un premier pas. Reste à voir si le gouvernement sera prêt à revoir sa stratégie, alors que son agenda politique semble prioriser d'autres priorités.

Cette affaire laisse plusieurs questions en suspens : jusqu'où ira la négligence envers les monuments non hindous ? Les promesses de protection faites par l'UNESCO et les organisations internationales suffiront-elles à inverser la tendance ? Et, surtout, quel visage de l'Inde le pays souhaite-t-il transmettre aux générations futures ?