Cinq cent soixante-six communes vont être concernées par l’enquête publique qui s’ouvre aujourd’hui sur le projet de centre de stockage des déchets radioactifs Cigéo. Selon Reporterre, cette procédure administrative, prévue pour durer quarante-cinq jours, débute ce 18 mai 2026 alors que plusieurs documents techniques essentiels restent inaccessibles aux parties prenantes. Des associations et élus locaux dénoncent déjà un « passage en force » alors que les risques liés au projet n’ont pas été totalement évalués.

Pour les riverains et les opposants au projet, la situation est d’autant plus préoccupante que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a pointé à plusieurs reprises l’absence de maîtrise des risques à long terme. « Démarrer une enquête publique sans que les documents de référence ne soient disponibles revient à organiser une consultation à l’aveugle », a réagi un élu local cité par Reporterre. Les premières réactions politiques et associatives devraient se multiplier dès les premiers jours de l’enquête.

Ce qu’il faut retenir

  • L’enquête publique sur la demande d’autorisation de création (DAC) de Cigéo débute le 18 mai 2026 pour une durée de 45 jours.
  • Elle concerne 56 communes, principalement situées dans la Meuse et la Haute-Marne, zones envisagées pour l’implantation du site.
  • Plusieurs documents techniques et rapports d’expertise ne sont pas encore accessibles au public, selon Reporterre.
  • L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a déjà souligné des lacunes dans l’évaluation des risques à long terme.
  • Des élus locaux dénoncent un « passage en force » et demandent un report de l’enquête.

Un démarrage contesté malgré l’absence de transparence

Alors que l’État et l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) présentent cette enquête comme une étape administrative classique, les critiques fusent. Selon Reporterre, plusieurs rapports techniques, dont ceux portant sur la sûreté du futur centre, n’ont pas été rendus publics avant l’ouverture de la consultation. Pour les opposants, cette opacité empêche un débat éclairé.

L’Andra a indiqué, dans un communiqué publié hier, que les documents seraient « progressivement mis à disposition » au fil de l’enquête. Cependant, cette promesse ne convainc pas les associations anti-nucléaires, qui rappellent que le projet Cigéo, en discussion depuis plus de trente ans, accumule les retards et les controverses.

Des risques persistants malgré les avancées technologiques

Le projet Cigéo vise à enfouir à 500 mètres sous terre, dans une couche d’argile, les déchets radioactifs les plus dangereux du parc nucléaire français. Pourtant, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rappelé en mars 2026 que « des incertitudes majeures subsistent sur la capacité du site à contenir les radionucléides sur le très long terme ». Les opposants brandissent ces réserves pour justifier leur opposition.

Parmi les points de friction, on retrouve notamment la question des colis de déchets vitrifiés, dont la durabilité sur des millénaires est régulièrement remise en cause. Bref, pour beaucoup, le projet reste un pari technologique et environnemental aux conséquences mal maîtrisées.

Une enquête qui pourrait relancer le débat national sur le nucléaire

Si l’enquête publique se déroule sans incident majeur, ses conclusions seront transmises au gouvernement, qui devra trancher sur l’autorisation de création du site. Une décision attendue pour 2027, selon les dernières estimations de l’Andra. Mais le calendrier pourrait être bouleversé par les recours juridiques et les mobilisations citoyennes.

Plusieurs élus locaux, dont le maire d’une commune concernée, ont déjà annoncé leur intention de saisir le tribunal administratif pour contester la légalité de l’enquête. « On ne peut pas faire semblant de consulter les citoyens quand les dossiers sont incomplets », a déclaré un conseiller régional écologiste à Reporterre.

Et maintenant ?

L’enquête publique devrait permettre à chacun de s’exprimer, soit en participant aux réunions organisées dans les communes concernées, soit en déposant un avis en ligne ou par courrier. Les associations anti-Cigéo préparent déjà des contre-expertises, tandis que l’Andra et l’État misent sur une procédure « transparente et apaisée ». Reste à voir si ce dialogue sera possible dans un contexte aussi tendu. La prochaine étape cruciale interviendra fin juin, lorsque l’ASN rendra son avis sur les dernières garanties apportées par l’Andra.

Quoi qu’il en soit, cette enquête s’annonce comme l’un des épisodes les plus disputés de l’histoire du projet Cigéo. Pour les uns, il s’agit d’une avancée nécessaire pour la gestion des déchets nucléaires. Pour les autres, c’est une nouvelle tentative de forcer la main à des populations et des territoires déjà fragilisés.

Selon Reporterre, plusieurs rapports techniques, notamment ceux portant sur la sûreté à long terme du site, n’ont pas encore été finalisés ou validés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). L’Andra a promis de les publier progressivement, mais cette lenteur est critiquée par les opposants, qui y voient une manœuvre pour limiter la contestation.

Les résultats de l’enquête, ainsi que les avis des autorités (ASN, IRSN, etc.), seront transmis au gouvernement. Une décision sur l’autorisation de création du site pourrait intervenir d’ici 2027, si aucun recours juridique ne vient la retarder. Le projet devra ensuite passer par une enquête d’utilité publique et une autorisation environnementale avant tout début de travaux.