Selon Capital, les erreurs dans le calcul des pensions de retraite s’aggravent d’année en année. En 2025, une prestation sur neuf attribuée à d’anciens salariés comportait une erreur financière, contre une sur dix en 2024, selon le bilan de la Cour des comptes. Une situation qui prend une nouvelle dimension depuis l’incident informatique survenu début 2026 au sein de l’Agirc-Arrco, ayant privé près de 100 000 retraités de leur pension pendant plusieurs mois.
Ce qu’il faut retenir
- En 2025, 11 % des pensions de retraite** comportaient une erreur financière, selon la Cour des comptes.
- Un bug informatique chez l’Agirc-Arrco a privé 100 000 retraités de leur pension depuis janvier 2026.
- Les erreurs sont majoritairement défavorables aux assurés, comme l’a constaté un retraité ayant perdu une année de cotisations.
- Les caisses de retraite effectuent moins de contrôles, et les logiciels de calcul ne sont pas toujours compatibles entre eux.
- Il est possible de corriger les erreurs dès 55 ans via son espace personnel sur le site de l’Assurance retraite.
Des erreurs en hausse et des conséquences concrètes
Les chiffres communiqués par la Cour des comptes sont sans appel : une pension de retraite sur neuf** contenait une erreur financière en 2025, soit une augmentation sensible par rapport à l’année précédente, où le ratio était d’une erreur pour dix pensions. Cette dégradation intervient dans un contexte où les systèmes informatiques des régimes de retraite, souvent hérités de plusieurs décennies d’évolution technologique, peinent à garantir une totale fiabilité. Comme le rappelle Valérie Batigne, fondatrice et présidente du cabinet de conseil Sapiendo, « ce sont des fichiers transmis par de multiples acteurs — employeurs, Urssaf, Pôle emploi, CAF, CPAM — sur des systèmes informatiques qui ont évolué pendant quarante à cinquante ans ».
L’incident survenu au sein de l’Agirc-Arrco en début d’année illustre parfaitement ces dysfonctionnements. Une défaillance informatique a entraîné la suspension des versements pour près de 100 000 retraités** entre janvier et mars 2026. Si l’organisme a finalement reconnu sa responsabilité et s’est engagé à rembourser les sommes non versées, cet épisode rappelle la vulnérabilité des systèmes de calcul, même dans les structures les mieux établies.
Des erreurs souvent défavorables aux assurés
Un retraité interrogé par TF1 a vécu une situation particulièrement préjudiciable. Après avoir soigneusement vérifié ses droits avant de partir à la retraite, il a découvert, en recevant son relevé de carrière, qu’une année entière de cotisations avait été omise. Une omission qui, sans ses fiches de paie conservées année après année, aurait pu passer inaperçue. « Ces erreurs sont rarement à l’avantage des assurés », souligne un expert en retraite sous couvert d’anonymat. Dans la majorité des cas, elles se traduisent par une baisse du montant de la pension, parfois de plusieurs centaines d’euros par mois.
Les causes de ces dysfonctionnements sont multiples. D’abord, la réduction des contrôles exercés par les caisses de retraite, liée à la fois à des effectifs réduits et à une automatisation accrue des processus. Ensuite, les logiciels utilisés pour calculer les pensions, souvent obsolètes ou mal interconnectés, ne permettent pas toujours une transmission fluide des données entre les différents régimes. Résultat : des périodes de cotisation manquantes, des salaires mal déclarés ou des coefficients de calcul erronés.
Comment vérifier et corriger son dossier de retraite
Pour éviter de subir les conséquences de ces erreurs, les assurés sont invités à consulter régulièrement leur espace personnel sur le site de l’Assurance retraite. Dès 55 ans, il est possible de signaler toute anomalie via l’onglet « Mes droits », puis « Corriger ma carrière ». Ce service permet de rectifier les périodes manquantes ou mal déclarées, et, le cas échéant, d’obtenir un rattrapage rétroactif du montant de la pension. « Plus vous agissez tôt, plus les corrections seront rapides et complètes », explique un conseiller de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV).
Les erreurs peuvent être signalées jusqu’à la liquidation de la retraite, mais plus elles sont détectées tôt, plus les démarches sont simplifiées. En cas de rattrapage en faveur de l’assuré, le versement des sommes dues est généralement effectué sous trois à six mois, selon la complexité du dossier. À l’inverse, une erreur défavorable peut être corrigée avec effet rétroactif, mais le processus peut prendre plusieurs mois, voire plus d’un an pour les cas les plus complexes.
Un système sous tension, dans un contexte économique difficile
La multiplication des erreurs survient à un moment où le pouvoir d’achat des retraités est déjà fragilisé. Entre les revalorisations insuffisantes et les prélèvements à la source parfois mal calculés, chaque euro compte. Comme le souligne Valérie Batigne, « les assurés ne peuvent plus se permettre de négliger la vérification de leur carrière ». Pourtant, beaucoup ignorent encore l’existence de ces outils ou sous-estiment l’impact potentiel d’une erreur de calcul.
Les caisses de retraite, de leur côté, assurent que des mesures sont prises pour améliorer la situation. « Nous renforçons les contrôles croisés entre les différents régimes et modernisons nos outils », assure un porte-parole de la CNAV. Pour autant, les résultats concrets ne devraient se faire sentir qu’à moyen terme. En attendant, les assurés doivent rester vigilants et proactifs.
Pour les retraités déjà impactés par une erreur, la marche à suivre reste claire : vérifier son relevé de carrière, signaler toute anomalie sans tarder, et conserver précieusement toutes ses fiches de paie et attestations de cotisation. Une vigilance qui, dans le contexte actuel, s’apparente à une nécessité plus qu’à une option.
Vous pouvez vérifier votre relevé de carrière sur le site de l’Assurance retraite en vous connectant à votre espace personnel. Si des périodes de cotisation manquent ou si des montants semblent incorrects, un signalement doit être effectué via l’onglet « Corriger ma carrière ».
Dès que l’erreur est identifiée, il faut la signaler à votre caisse de retraite. En cas de rattrapage en votre faveur, la correction peut être rétroactive, avec effet à la date de liquidation de votre pension. Le délai de traitement varie selon la complexité du dossier, mais peut prendre plusieurs mois.