À la veille de l’ouverture du salon Eurosatory 2026, qui se tient du 15 au 20 juin à Villepinte, près de Paris, les démonstrations dynamiques organisées sous un soleil écrasant ont offert un aperçu de ce que pourrait être un conflit de haute intensité en Europe. Selon BFM Business, ce rendez-vous mondial de la défense terrestre, l’un des plus importants au monde, s’inscrit dans un contexte marqué par l’inquiétude croissante d’une escalade militaire à l’Est du continent.
Ce qu'il faut retenir
- Le salon Eurosatory 2026 accueille 80 entreprises ukrainiennes, contre seulement dix en 2024, reflétant l’expertise ukrainienne en matière de drones et de technologies militaires.
- Les responsables militaires français évoquent une « probabilité de plus en plus forte » d’un choc armé à l’Est face à la Russie, qualifiant les préparatifs de « priorité absolue ».
- L’armée de Terre française prévoit l’acquisition de 14 000 drones d’ici 2026, contre 4 000 fin 2025, pour renforcer ses capacités opérationnelles.
- Les blindés modernes sont désormais équipés de cages antidrones, tandis que les systèmes de protection contre ces engins sont omniprésents chez les exposants comme Rheinmetall.
- Les entreprises israéliennes, autorisées à participer cette année, présentent des technologies comme le système « Iron Dome », désormais considéré comme un standard en matière de défense antimissile.
Les chars, autrefois au cœur des conflits terrestres, apparaissent aujourd’hui coiffés de cages métalliques destinées à les protéger des drones bon marché, devenus une menace majeure sur les champs de bataille ukrainiens. Lors des démonstrations organisées à la presse, les blindés évoluaient sous bonne escorte, tandis que des canons tiraient en rafale, soulevant des nuages de poussière dans les tribunes. Autant dire que les visiteurs n’ont pas eu besoin d’imaginer un conflit futur : ses prémices étaient bien réels.
Une Europe en état d’alerte face à la menace russe
« Nous nous préparons à vivre un combat du type de celui que mènent très courageusement les Ukrainiens », a déclaré le général Philippe de Montenon, commandant des forces et des opérations terrestres et commandant Terre pour l’Europe, à l’AFP. Selon lui, les armées européennes doivent anticiper un affrontement de haute intensité, « extrêmement consommateur de munitions et aussi de vies humaines. Il est dronisé, robotisé, numérisé ».
Cette préparation s’inscrit dans un contexte où plusieurs observateurs et hauts gradés français estiment que la Russie pourrait saisir une « fenêtre d’opportunité » pour lancer une offensive ailleurs en Europe, à mesure que le front ukrainien se stabilise. « Par rapport à l’édition précédente en 2024, la probabilité d’un choc à l’Est face à la Russie est de plus en plus forte », a souligné le général de Montenon. « Notre priorité est d’être prêts pour ce choc, dès ce soir ».
Le commissaire du salon, Charles Beaudouin, ancien haut responsable de l’Armée de terre française, partage cette analyse. Pour lui, les démonstrations d’Eurosatory 2026 ne sont pas une simple vitrine technologique, mais bien une réponse à une menace perçue comme imminente. « Les spécialistes ukrainiens, et non américains, ont été invités dans les pays du Golfe, cibles de drones iraniens depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février », a-t-il rappelé.
Les drones, nouveaux rois du champ de bataille
L’Ukraine, dont l’expertise en matière de drones est désormais reconnue mondialement, est la grande vedette de cette édition. Avec 80 sociétés ukrainiennes présentes, contre dix en 2024, Eurosatory 2026 consacre l’avance technologique du pays dans ce domaine. Ces entreprises exposent leurs drones, leurs systèmes robotisés, mais aussi des missiles de frappe en profondeur, éprouvés sur le front contre la Russie.
« Les Ukrainiens sont tellement en avance qu’on ne peut que les copier », a admis Charles Beaudouin. Cette expertise attire désormais l’attention des pays européens, même si les partenariats restent encore limités. Vendredi, Airbus a annoncé une collaboration avec le pionnier ukrainien des drones SkyFall, dans le cadre d’un salon à Berlin. Le géant européen apportera son expertise en commandement et contrôle des opérations, tandis que SkyFall fournira ses technologies de drones, testées en conditions réelles.
En France, l’armée de Terre a accéléré ses acquisitions : elle ne comptait que 4 000 drones fin 2025, mais prévoit d’en intégrer 14 000 d’ici 2026. « Un nombre suffisant pour entraîner les soldats », a précisé Olivier Coquet, responsable de la section technique de l’armée de Terre. Chaque brigade dispose désormais d’une cellule dédiée à la formation des « dronistes », ces opérateurs spécialisés dans le pilotage de ces engins.
Les blindés et les systèmes antidrones, au cœur des innovations
Face à la menace des drones, les constructeurs de blindés ont dû adapter leurs véhicules. Chez Rheinmetall, le géant allemand des chars, les systèmes antidrones sont désormais « plus présents » que jamais, selon Mathieu Dumontet, responsable de Rheinmetall Canada. « Le char n’est pas obsolète s’il est accompagné de systèmes autonomes et protégé contre les drones », a-t-il expliqué après une démonstration.
Les visiteurs ont pu constater que les blindés exposés arboraient des structures métalliques en forme de cages, conçues pour désintégrer les drones kamikazes avant qu’ils n’atteignent leur cible. Une innovation qui illustre l’évolution des stratégies militaires : la guerre terrestre n’est plus seulement une affaire de canons et de chars, mais aussi de technologies de détection et de neutralisation en temps réel.
L’arrivée des Israéliens, un tournant pour le salon
Autre nouveauté de cette édition 2026 : la participation d’entreprises israéliennes, autorisées à exposer leurs armes dites « défensives », alors qu’elles avaient été bannies en 2024 en raison de la guerre à Gaza. Parmi elles, le système de défense antimissile « Iron Dome », l’un des plus performants au monde, inspire désormais les armées occidentales.
Charles Beaudouin a salué l’apport de ces technologies, désormais « dont on n’a jamais eu autant besoin ». Il a toutefois mis en garde contre les « stands ambigus » exposant des armes offensives, interdites par la charte du salon. « De tels participants seraient bannis », a-t-il prévenu, soulignant l’importance de respecter les règles éthiques dans un contexte déjà tendu.
Ce salon, qui se tient alors que les tensions géopolitiques atteignent un nouveau pic, rappelle une évidence : l’Europe n’est plus un continent en paix. Les démonstrations de force et les discours des responsables militaires sonnent comme un avertissement. Si la guerre reste un scénario redouté, les armées du Vieux Continent semblent déterminées à ne pas être prises au dépourvu.
Les drones permettent une surveillance constante du champ de bataille, une frappe de précision à moindre coût et une réduction des risques pour les soldats. Leur faible coût de production et leur efficacité ont profondément transformé les stratégies militaires, comme l’a montré l’Ukraine face à la Russie. Autant dire qu’ils sont désormais incontournables.