Deux ans jour pour jour après l’évasion sanglante d’un détenu dangereux au péage d’Incarville, sur l’autoroute A13, les enquêteurs de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCLCO) affirment avoir identifié les membres du commando ayant semé la terreur ce 14 mai 2024. Selon Le Figaro, les quatre hommes, tous issus de l’entourage de Mohamed Amra — surnommé « La Mouche » en prison —, seraient responsables de la mort du capitaine Fabrice Moello et du grave blessé par balle d’un autre surveillant.

Ce qu'il faut retenir

  • Les enquêteurs de l’OCLCO estiment avoir identifié les quatre membres du commando ayant participé à l’évasion d’Incarville, tous issus de l’entourage de Mohamed Amra.
  • Le 14 mai 2024, au péage d’Incarville, quatre surveillants pénitentiaires étaient convoyés avec Amra, un détenu dangereux, lorsque le commando a attaqué le fourgon.
  • Le capitaine Fabrice Moello a été tué d’une balle dans la tête, tandis qu’un autre surveillant, Aymeric, a été grièvement blessé au genou.
  • Les assaillants ont utilisé des armes de guerre pour neutraliser le convoi, avant de s’enfuir en profitant du désordre.
  • Amra, menotté et sanglé, était en route pour une audition au tribunal de Rouen et devait être reconduit à la prison d’Évreux.

L’attaque éclair au péage d’Incarville : une attaque planifiée dans la précipitation

Ce 14 mai 2024, vers 11 heures, le convoi pénitentiaire transportant Mohamed Amra quitte le tribunal de Rouen sous bonne escorte. Le fourgon, conduit par David, est accompagné d’un véhicule de protection à l’arrière. À bord se trouvent quatre surveillants, dont le capitaine Fabrice Moello, assis à la place du passager, et Aymeric, placé à côté d’Amra, menotté et sanglé sur la banquette arrière. Selon les déclarations ultérieures d’Aymeric, tout semble se dérouler normalement jusqu’à l’approche du péage d’Incarville : « Au péage d’Incarville, quand la barrière s’était levée, « tout allait bien », conclura-t-il auprès des enquêteurs. »

C’est alors que le commando passe à l’action. Les assaillants, armés d’armes de guerre, ouvrent le feu sur le fourgon. Aymeric se souvient : « Allonge-toi. » Il obéit, le corps raidi par la terreur, tandis que les balles claquent autour de lui. À quelques mètres, le capitaine Moello s’effondre, la moitié du crâne emportée par une rafale. Les ravisseurs s’enfuient après avoir blessé Aymeric d’une balle au genou. « Je me suis dit que c’était pour que je reste vivant mais que je n’oublie pas. Sinon, ils m’auraient tiré dans la tête », confiera-t-il plus tard aux enquêteurs, toujours sous le choc de l’attaque.

Mohamed Amra, « La Mouche », au cœur d’une évasion organisée depuis l’intérieur

Mohamed Amra, détenu à haut risque, était surveillé sous un niveau d’escorte maximal pour son transfert vers le tribunal de Rouen. Selon les éléments recueillis par Le Figaro, l’évasion n’a rien d’improvisé. Les enquêteurs estiment que le commando était composé de membres de la garde rapprochée d’Amra, un détenu connu pour son implication dans le narcotrafic et surnommé « La Mouche » en raison de son caractère imprévisible. Amra s’était déjà fait remarquer en prison par son attitude violente et son refus de coopérer lors de fouilles ou d’auditions.

Le jour de l’attaque, Amra avait été soumis à une fouille pour la deuxième fois de la matinée, ce qui avait provoqué une violente réaction de sa part. Pourtant, après son audition éclair au tribunal, il semblait avoir retrouvé son calme. « Dans le fourgon, celui que l’on surnommait en prison « La Mouche » gardait le silence », précise Le Figaro. Ce calme apparent n’a pas empêché les assaillants de passer à l’action au moment précis où le convoi traversait le péage d’Incarville.

Un commando issu de l’entourage d’Amra, selon les enquêteurs

Les investigations menées depuis deux ans ont permis aux enquêteurs de l’OCLCO de reconstituer le profil des membres du commando. Tous seraient issus de l’entourage proche de Mohamed Amra, notamment de la « Black Manjak Family » (BMF), un réseau criminel actif dans le trafic de stupéfiants. Selon Le Figaro, deux complices extradés du Maroc en 2025, Albinou et Alan, auraient joué un « rôle de premier plan » dans l’organisation de l’évasion.

Cette piste renforce l’hypothèse d’une attaque planifiée de l’intérieur, où des complices d’Amra auraient infiltré le dispositif de sécurité pour permettre son évasion. Les enquêteurs soulignent que l’attaque au péage d’Incarville s’inscrit dans un contexte plus large de violences liées au narcotrafic, avec des règlements de comptes et des cavales organisées depuis des refuges à l’étranger, comme à Marbella, où Amra aurait séjourné avant son arrestation.

L’enquête en cours : des zones d’ombre persistent

Malgré les avancées significatives des enquêteurs, plusieurs questions restent en suspens. Si les membres du commando ont été identifiés, leur localisation actuelle demeure inconnue. Les investigations se concentrent désormais sur la traque des derniers complices encore en fuite, notamment ceux ayant fourni les armes utilisées lors de l’attaque. Le Figaro rappelle que l’OCLCO collabore avec les autorités judiciaires et policières pour démanteler les réseaux criminels liés à la BMF.

Par ailleurs, les circonstances exactes de l’évasion soulèvent des interrogations sur les failles du système pénitentiaire. Comment un commando armé a-t-il pu neutraliser un convoi sous escorte maximale ? Les rapports préliminaires évoquent des défaillances dans la coordination entre les surveillants et les forces de l’ordre, mais aucune conclusion officielle n’a encore été rendue.

Et maintenant ?

Les enquêteurs de l’OCLCO devraient prochainement rendre publics de nouveaux éléments sur l’identité des membres du commando et leurs liens avec Mohamed Amra. Une audition devant la justice pourrait avoir lieu d’ici l’été 2026, afin de faire la lumière sur les responsabilités pénales. Parallèlement, les autorités renforcent les mesures de sécurité autour des convois pénitentiaires, notamment sur les axes routiers sensibles comme l’A13. Reste à savoir si ces mesures suffiront à empêcher de nouvelles tentatives d’évasion ciblant des détenus à haut risque.

L’affaire rappelle aussi l’urgence de démanteler les réseaux criminels comme la BMF, dont l’influence s’étend au-delà des frontières. Les enquêtes en cours, notamment celles visant les complices extradés du Maroc, pourraient permettre de démanteler une partie de cette organisation avant qu’elle ne frappe à nouveau.

Mohamed Amra, surnommé « La Mouche », est un détenu dangereux impliqué dans le narcotrafic. Son évasion organisée depuis l’intérieur suggère qu’il représentait une menace majeure pour son réseau criminel. Selon les enquêteurs du Figaro, son évasion aurait été orchestrée pour lui permettre de reprendre ses activités illicites, notamment depuis des refuges à l’étranger comme Marbella.