L’Assemblée nationale examine ce mercredi 3 juin 2026 une proposition de loi visant à abaisser le seuil autorisé de cadmium dans les engrais, un métal lourd dont l’exposition excessive représente un risque avéré pour la santé humaine. Selon Libération, cette initiative législative s’inscrit dans un contexte où les effets toxiques du cadmium sur l’organisme, notamment via l’alimentation, sont de plus en plus documentés.

Ce qu'il faut retenir

  • Le cadmium, métal lourd classé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’accumule dans l’organisme et peut provoquer des cancers, des insuffisances rénales ou des fractures osseuses en cas d’exposition prolongée.
  • L’alimentation représente la principale voie de contamination, notamment via les céréales, les légumes-feuilles et les engrais contenant des résidus de cadmium.
  • La proposition de loi discutée ce 3 juin à l’Assemblée nationale propose de réduire les seuils maximaux autorisés dans les engrais, actuellement fixés à 60 mg/kg pour les engrais phosphatés.
  • Plusieurs études scientifiques, dont celles de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), ont confirmé les liens entre exposition au cadmium et pathologies rénales.
  • En France, les sols agricoles présentent des taux de cadmium variables, avec des pics dans certaines régions comme la Bretagne ou les Hauts-de-France, où les sols sont naturellement riches en ce métal.

Un métal lourd aux conséquences sanitaires documentées

Le cadmium est un élément chimique présent à l’état naturel dans l’écorce terrestre, mais son utilisation intensive dans les engrais phosphatés et les industries métallurgiques a accru son exposition pour les populations. D’après les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce métal est classé comme cancérogène avéré pour l’homme depuis 1993. Les mécanismes d’action du cadmium sur la santé sont multiples : il perturbe le fonctionnement des reins, fragilise les os en réduisant la densité minérale, et favorise le développement de tumeurs, notamment au niveau du poumon, de la prostate ou des reins.

Une étude publiée en 2023 par l’Anses a révélé que plus de 10 % des adultes français présentaient une exposition au cadmium supérieure aux seuils recommandés par l’OMS. « Les populations les plus exposées sont celles consommant régulièrement des produits issus de cultures intensives, comme les céréales ou les légumes-feuilles », a précisé un porte-parole de l’agence. Les régions agricoles où les sols sont naturellement acides, comme en Bretagne, enregistrent des taux de contamination plus élevés.

Les engrais, une source majeure de contamination

Les engrais phosphatés, largement utilisés en agriculture pour compenser la pauvreté des sols en phosphore, constituent l’une des principales sources de cadmium dans la chaîne alimentaire. En France, les seuils maximaux autorisés pour ce métal dans les engrais sont actuellement fixés à 60 mg/kg, un niveau jugé trop élevé par les associations environnementales et certains scientifiques. La proposition de loi discutée ce 3 juin à l’Assemblée nationale propose de les réduire à 20 mg/kg d’ici 2028, avec un objectif intermédiaire à 40 mg/kg dès 2027.

« Ces seuils restent bien en deçà des normes européennes, mais ils marquent une volonté de réduire l’exposition des consommateurs », a souligné un député à l’origine du texte. Selon Libération, la Commission européenne travaille actuellement sur une révision de la directive encadrant les teneurs en métaux lourds dans les engrais, avec une publication prévue pour 2027. En attendant, la France pourrait devenir un précurseur en matière de régulation.

Quelles solutions pour limiter l’exposition ?

Face à ce constat, plusieurs pistes sont envisagées pour réduire l’exposition au cadmium. D’abord, une meilleure sélection des matières premières utilisées dans la fabrication des engrais, avec un rejet des minerais trop riches en cadmium. Ensuite, la promotion de pratiques agricoles alternatives, comme la rotation des cultures ou l’utilisation de variétés végétales moins sensibles à l’accumulation de métaux lourds. Enfin, une surveillance accrue des sols et des produits alimentaires, notamment via des campagnes de contrôle renforcées par les Directions départementales de la protection des populations (DDPP).

Certains agriculteurs ont déjà adopté des mesures préventives, comme l’épandage de chaux pour réduire l’acidité des sols, limitant ainsi la biodisponibilité du cadmium. Cependant, ces solutions restent coûteuses et peu accessibles à tous les exploitants. « Il faut accompagner financièrement les agriculteurs dans cette transition, sans quoi les mesures réglementaires risquent d’être inefficaces », a alerté un représentant de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Et maintenant ?

La proposition de loi examinée ce 3 juin à l’Assemblée nationale pourrait être adoptée d’ici la fin de l’année, après un passage en commission puis un vote en séance plénière. Si elle est validée, ses mesures entreront en vigueur progressivement, avec un premier palier à 40 mg/kg en 2027 et un abaissement définitif à 20 mg/kg en 2028. Parallèlement, l’Anses doit publier d’ici la fin 2026 une nouvelle évaluation des risques liés au cadmium, qui pourrait conduire à des recommandations supplémentaires pour les pouvoirs publics. Reste à voir si les industriels de l’engrais parviendront à s’adapter à ces nouvelles contraintes sans impacter la productivité agricole.

En attendant, les consommateurs peuvent limiter leur exposition en diversifiant leur alimentation et en privilégiant les produits issus de l’agriculture biologique, où l’usage d’engrais phosphatés est généralement plus encadré. Le débat parlementaire de ce jour s’inscrit dans une réflexion plus large sur la santé environnementale, où la réduction des polluants agricoles devient un enjeu central pour les années à venir.

Le cadmium est un sous-produit naturel de l’extraction du phosphate, utilisé pour fabriquer les engrais phosphatés. Les minerais riches en phosphate contiennent souvent des traces de cadmium, qui se retrouvent ensuite dans les produits finis. Les engrais minéraux sont donc les principaux vecteurs de contamination dans la chaîne alimentaire.