Alors que la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron approche, à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, l’Élysée accélère les nominations de hauts fonctionnaires. Selon Franceinfo - Politique, cette pratique, courante sous la Ve République, prend une dimension politique accrue alors que le Rassemblement national (RN) se profile comme favori dans les sondages. Mercredi 20 mai 2026, Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée, affronte une audition parlementaire déterminante pour obtenir le poste de gouverneur de la Banque de France. Une étape cruciale, car sa nomination nécessitera une majorité des trois cinquièmes des parlementaires, un seuil difficile à atteindre.
Ce qu'il faut retenir
- Emmanuel Moulin, ex-secrétaire général de l’Élysée, est auditionné le 20 mai 2026 pour le poste de gouverneur de la Banque de France, une nomination nécessitant une majorité qualifiée.
- Cette accélération des nominations reflète la tradition sous la Ve République, où les présidents en fin de mandat placent leurs fidèles dans des institutions clés.
- Plusieurs hauts fonctionnaires proches d’Emmanuel Macron ont déjà été recasés, comme Constance Bensussan à la tête de la Caisse nationale d’allocations familiales ou Amélie de Montchalin à la Cour des comptes.
- Le RN, favori pour 2027, pourrait bouleverser une vingtaine d’articles de la Constitution, poussant Macron à consolider les contre-pouvoirs avec ses partisans.
- Richard Ferrand, fidèle d’Emmanuel Macron, a été élu président du Conseil constitutionnel en février 2025 grâce à un soutien inattendu du RN.
Un pouvoir de nomination sous tension
Emmanuel Macron dispose d’un outil constitutionnel pour marquer la fin de son mandat : l’article 13 de la Constitution, qui lui permet de nommer aux « emplois civils et militaires de l’État ». Selon Franceinfo - Politique, cette prérogative devient un levier politique à l’approche de 2027, d’autant que la dissolution de juin 2024 a privé le président d’une majorité stable à l’Assemblée nationale. Autant dire que les nominations en cours s’apparentent à une opération de dernier recours pour maintenir une influence sur les institutions.
L’audition d’Emmanuel Moulin illustre cette stratégie. Son parcours, marqué par des postes clés à l’Élysée, en fait un candidat idéal pour la Banque de France. Pourtant, le processus s’annonce périlleux : les commissions des Finances de l’Assemblée et du Sénat devront valider sa candidature à une majorité qualifiée, un défi de taille dans un contexte politique fragmenté. Et si Moulin échoue, il ne sera pas le premier proche du pouvoir à se heurter à l’opposition.
Des nominations en cascade pour verrouiller les institutions
Les dernières semaines ont vu se multiplier les recasages de collaborateurs macronistes dans des postes stratégiques. En avril 2026, Constance Bensussan et Émilie Piette ont respectivement pris la tête de la Caisse nationale d’allocations familiales et de RTE, filiale d’EDF. En février 2025, Amélie de Montchalin a été nommée à la Cour des comptes, tandis que Richard Ferrand accédait à la présidence du Conseil constitutionnel. Ces mouvements s’ajoutent à d’autres promotions, comme celle de Marc Guillaume à la vice-présidence du Conseil d’État ou le renouvellement des préfets et ambassadeurs.
Cette dynamique n’a rien d’exceptionnel. Tous les présidents de la Ve République ont utilisé ce pouvoir de nomination pour placer leurs fidèles en fin de mandat. François Mitterrand avait ainsi nommé Robert Badinter puis Roland Dumas au Conseil constitutionnel, tandis que Jacques Chirac avait choisi Pierre Mazeaud et Jean-Louis Debré. François Hollande, de son côté, avait propulsé Laurent Fabius à la tête de la Cour des comptes. Ces pratiques s’inscrivent dans une tradition monarchique, où le chef de l’État conserve un dernier levier d’influence alors que son pouvoir s’effrite.
Un jeu d’échecs politique face au RN
L’urgence pour Emmanuel Macron est double. D’une part, il s’agit de préparer le paysage institutionnel pour limiter l’impact d’un éventuel gouvernement d’extrême droite en 2027. D’autre part, le président cherche à sécuriser les contre-pouvoirs en y installant des fidèles, comme en témoigne la nomination de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel. « Richard Ferrand n’a obtenu ce poste qu’avec la bienveillance du RN », rappelle Franceinfo - Politique. Une ironie de l’histoire, puisque le Rassemblement national pourrait, s’il arrive au pouvoir, remettre en cause l’indépendance de ces mêmes institutions.
Le programme du RN prévoit en effet de réviser plus de vingt articles de la Constitution, au nom d’une « efficacité » administrative. Une réforme qui, si elle aboutissait, réduirait considérablement les marges de manœuvre des contre-pouvoirs. Pour Macron, la manœuvre est donc aussi défensive qu’offensive : en plaçant ses hommes au cœur de l’État, il tente de limiter les dégâts d’une future alternance politique.
Une tradition républicaine, mais un contexte inédit
Si la pratique des nominations en fin de mandat est ancrée dans les mœurs de la Ve République, son contexte actuel en fait un sujet de débat. Le RN, parti favori dans les sondages, n’a pas caché son intention de réformer profondément les institutions. Dans ce cadre, les nominations de Macron pourraient être perçues comme une tentative désespérée de verrouiller le système. « Le pouvoir de nomination, c’est le dernier pouvoir qui reste aux présidents quand ils n’en ont presque plus d’autres », souligne un observateur politique cité par Franceinfo.
Pourtant, les exemples passés montrent que ces stratégies ont souvent un impact limité. Les institutions, comme le Conseil constitutionnel ou la Cour des comptes, conservent une certaine indépendance, malgré les efforts des présidents pour les influencer. Et si le RN venait à remporter l’élection, il pourrait, à son tour, procéder à des nominations pour aligner ces mêmes institutions sur sa vision politique.
Emmanuel Macron n’est pas le premier à jouer cette carte. Mais dans un contexte où le paysage politique se fragmente, chaque nomination devient un coup de poker dont les conséquences pourraient dépasser le cadre de la fin de mandat.
Le RN a voté en faveur de Richard Ferrand en février 2025, car son élection profitait à une logique de fragmentation politique. En affaiblissant la majorité présidentielle, le parti d’extrême droite espérait fragiliser Emmanuel Macron avant 2027, tout en s’assurant que Ferrand, un proche du président, ne deviendrait pas un rempart face à ses réformes futures.