Alors que le Festival de Cannes traverse une période de tensions liées à la crise du groupe Bolloré, baptisée « Zapper Bolloré » par les médias, les élus du Rassemblement national (RN) affichent une discrétion remarquée sur le sujet. Pourtant, comme le rapporte Libération, le parti d’extrême droite s’est récemment illustré en ciblant directement les mécanismes de financement du septième art en France, notamment à travers le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).
Cette prise de position intervient dans un contexte où le CNC, pilier historique du soutien à la création cinématographique française, fait l’objet de vifs débats sur son rôle et son financement. Le RN dénonce en effet une « politisation excessive » du secteur, une critique qui s’ajoute à son désintérêt affiché pour le cinéma, perçu comme un art secondaire. Autant dire que la proposition du parti, centrée sur une remise en cause des structures existantes, suscite autant de questions qu’elle en résout.
Ce qu'il faut retenir
- Le RN critique le CNC et dénonce une « politisation excessive » du cinéma, sans pour autant proposer d’alternative concrète.
- La crise « Zapper Bolloré », qui secoue le Festival de Cannes, ne semble pas mobiliser les élus du parti.
- Le parti d’extrême droite affiche un désintérêt historique pour le septième art, malgré ses attaques contre ses mécanismes de financement.
- Le CNC, principal organisme de financement du cinéma français, est au cœur des tensions actuelles.
Une critique du CNC qui contraste avec le silence sur la crise Bolloré
D’après Libération, le RN a choisi de concentrer ses attaques sur le CNC, un organisme public créé en 1946 pour soutenir financièrement la production cinématographique française. Ce dernier, qui redistribue chaque année des centaines de millions d’euros via des aides sélectives et automatiques, est régulièrement pointé du doigt par les partis politiques pour son manque de transparence ou son orientation jugée trop « parisienne ». Pourtant, malgré l’ampleur des enjeux actuels, les élus du RN n’ont pas commenté les tensions liées à la crise du groupe Bolloré, qui menace directement le financement du Festival de Cannes et, par ricochet, celui de nombreux films indépendants.
Cette absence de réaction n’est pas anodine. Le groupe Bolloré, via sa filiale Canal+, est un acteur majeur du financement du cinéma en France, tant à travers ses investissements directs que via des partenariats avec des chaînes et des plateformes. Or, la crise « Zapper Bolloré », déclenchée par des tensions internes et des accusations de censure, a mis en lumière la fragilité des modèles économiques du secteur. Pourtant, le RN, qui se dit soucieux de « souveraineté culturelle », préfère pointer du doigt le CNC plutôt que de s’attaquer aux racines des problèmes.
Le RN et le cinéma : une relation distante, voire hostile
Le désintérêt du RN pour le cinéma n’est pas nouveau. Historiquement, le parti a toujours considéré le septième art comme un art « élitiste » ou « subversif », loin des préoccupations des classes populaires qu’il prétend défendre. Cette méfiance se traduit par des prises de position récurrentes contre les aides publiques au cinéma, jugées trop généreuses ou mal orientées. Pourtant, comme le souligne Libération, le RN n’a jamais proposé de réforme structurelle pour soutenir un cinéma plus accessible ou plus diversifié.
Côté filmographie, le RN peut compter sur quelques soutiens parmi les réalisateurs engagés, comme Bruno Gaccio ou Yvan Le Bolloc’h, qui ont exprimé leur soutien à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella. Mais ces exceptions confirment la règle : le cinéma reste un parent pauvre des priorités du parti. Pire, certaines déclarations de ses membres ont parfois frôlé l’invective, comme lorsque Jean-Marie Le Pen, dans les années 1990, qualifiait le Festival de Cannes de « foire aux vanités » ou lorsque Marine Le Pen évoquait, en 2014, la nécessité de « moraliser » les aides au cinéma.
Une « politisation » du cinéma dénoncée… sans propositions alternatives
Pour le RN, le problème ne vient pas du manque de moyens, mais de la manière dont ces moyens sont alloués. Dans un communiqué publié en avril 2026, le parti affirmait que le CNC était « dirigé par une nomenklatura parisienne qui impose ses choix idéologiques ». Une accusation reprise en boucle par ses élus, sans que jamais ne soient précisées les réformes qu’il faudrait engager pour « dépolitiser » le secteur.
Pourtant, les chiffres montrent que le CNC redistribue chaque année près de 700 millions d’euros à des centaines de projets, via des dispositifs comme l’avance sur recettes, les aides à la production ou les soutiens à l’export. Une manne financière que le RN propose de réduire, sans pour autant expliquer comment les réalisateurs et producteurs pourraient compenser cette perte. Bref, une critique facile, mais des solutions floues.
En attendant, le Festival de Cannes, prévu du 14 au 25 mai 2026, devrait se tenir dans un climat tendu, entre les incertitudes financières et les tensions politiques. Quant au RN, il faudra bien un jour lui demander : si ce n’est pas le CNC, qui financera alors le cinéma français ?
La crise « Zapper Bolloré » désigne les tensions internes au groupe Bolloré, notamment autour de son PDG Vincent Bolloré, accusé de censure et de conflits d’intérêts. Ce groupe joue un rôle clé dans le financement du cinéma via Canal+ et ses participations dans des festivals comme Cannes. Une dégradation de sa situation financière pourrait donc impacter les investissements dans le secteur.