Les comptes publics des collectivités territoriales se sont améliorés en 2025, avec un besoin de financement ramené à -9,3 milliards d'euros, selon le dernier rapport de la Cour des comptes publié le 25 mars 2026. Cette amélioration de 2,7 milliards par rapport à 2024 marque un tournant après deux années de dégradation continue, comme le rapporte BFM Business. La reprise du marché immobilier et la hausse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO) ont joué un rôle clé dans cette évolution, même si des disparités persistent entre les territoires.

Ce qu'il faut retenir

  • Baisse historique du besoin de financement : -9,3 milliards d'euros en 2025, contre -12 milliards en 2024, selon la Cour des comptes.
  • Rôle central de l'immobilier : les DMTO ont rapporté 16,1 milliards d'euros, soit près de la moitié de la hausse des produits de fonctionnement des collectivités.
  • Disparités territoriales : 5 300 communes et 16 départements présentent une épargne brute inférieure au seuil d'alerte.
  • Critiques de la Cour des comptes : une contribution des collectivités au redressement des finances publiques « nécessaire », mais « insuffisamment concertée ».
  • Recommandations : fin des prélèvements sur recettes (Dilico), renforcement des mécanismes de péréquation et programmation pluriannuelle des efforts.

Une amélioration portée par la reprise immobilière

La baisse du besoin de financement des collectivités en 2025 s'explique avant tout par la reprise du marché immobilier, qui a généré des recettes supplémentaires via les droits de mutation à titre onéreux (DMTO). Selon la Cour des comptes, ces recettes ont atteint 16,1 milliards d'euros, représentant « près de la moitié de la hausse globale des produits de fonctionnement » des collectivités. Cette manne financière a permis de compenser partiellement la dégradation des comptes publics entamée en 2023. « Le mouvement de dégradation du solde des collectivités (...) s'interrompt en 2025 », souligne le rapport, sans pour autant effacer les déséquilibres structurels.

Autre facteur d'apaisement : la baisse de l'inflation et des prix de l'énergie, qui a atténué la hausse des charges réelles de fonctionnement. Cependant, cette embellie reste partielle. Les collectivités ont dû reporter certaines dépenses, notamment celles liées à la voirie pour les départements. La Cour des comptes note ainsi que « la situation des régions et départements est moins solide que celle du bloc communal (communes et intercommunalités) ».

Des finances locales en meilleure santé, mais des inégalités persistantes

Malgré cette amélioration, la Cour des comptes souligne que les collectivités restent « en bonne santé financière » grâce à leur niveau d'épargne. Cette stabilité tient aussi à l'interdiction qui leur est faite de financer leur fonctionnement par l'emprunt, contrairement aux entreprises ou à l'État. Cependant, près de 5 300 communes (15 % d'entre elles) et seize départements affichent une épargne brute inférieure au seuil d'alerte, révélant des fragilités locales. Ces disparités internes aux échelons territoriaux rappellent que la reprise n'est pas uniforme.

Amélie de Montchalin, présidente de la Cour des comptes, a déclaré lors de la présentation du rapport : « La contribution des collectivités au redressement des finances publiques est nécessaire, mais elle doit être mieux organisée. » Elle a pointé du doigt « l'insuffisance de concertation » et les « mesures ponctuelles » qui nuisent à la lisibilité de leur participation. La Cour plaide pour une approche plus structurée, notamment en mettant fin aux prélèvements sur recettes (Dilico) et en renforçant les mécanismes de péréquation entre territoires.

Un redressement fragile face aux incertitudes économiques

Si le gouvernement anticipe un solde à -4,4 milliards d'euros en 2026, soit une réduction de plus de la moitié du déficit, les incertitudes macroéconomiques pourraient freiner cette dynamique. La Cour des comptes évoque notamment « les risques liés à la guerre au Moyen-Orient », qui pèsent sur les prévisions. « La situation d'ensemble des finances publiques reste profondément détériorée », rappelle le rapport, soulignant que les collectivités ne peuvent à elles seules combler ce déficit structurel.

Parmi les autres défis identifiés, la Cour critique les « mesures fiscales en contradiction avec l'objectif de réindustrialisation », qui compliquent la lisibilité des efforts demandés aux collectivités. Elle recommande une contribution programmée sur plusieurs années, plutôt que des ajustements ponctuels, pour garantir une meilleure prévisibilité. « Les fortes inégalités entre territoires persistent », insiste le rapport, appelant à un renforcement des mécanismes de solidarité financière.

Et maintenant ?

Pour 2026, le gouvernement mise sur une poursuite de la baisse du déficit des collectivités, mais cette trajectoire dépendra largement de l'évolution du marché immobilier et de la stabilité géopolitique. La Cour des comptes appelle à une réforme des modalités de contribution des collectivités, avec une possible suppression des prélèvements sur recettes (Dilico) d'ici 2027. Une concertation avec les élus locaux sera nécessaire pour éviter de nouvelles tensions budgétaires.

En attendant, les collectivités devront composer avec des marges de manœuvre réduites, dans un contexte où les besoins d'investissement restent élevés. La pérennité de cette amélioration dépendra donc autant de la conjoncture économique que des choix politiques à venir.

Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) sont des taxes perçues lors des transactions immobilières. Leur forte hausse en 2025 s'explique par la reprise du marché immobilier, qui a dopé le volume des ventes. Pour les collectivités, ces recettes constituent une manne financière directe, car elles en conservent une partie. Selon la Cour des comptes, cette progression a représenté « près de la moitié de la hausse globale des produits de fonctionnement » des collectivités, d'où son impact décisif sur leur solde budgétaire.

Près de 5 300 communes (soit 15 % d'entre elles) et seize départements affichent une épargne brute inférieure au seuil d'alerte. Ces territoires, souvent ruraux ou en déclin démographique, peinent à dégager des marges de manœuvre pour investir ou faire face à des dépenses imprévues. La Cour des comptes souligne que ces inégalités territoriales rendent nécessaire un renforcement des mécanismes de péréquation, afin de redistribuer les ressources entre les collectivités les plus aisées et les plus fragiles.