François Ruffin, candidat déclaré à la présidentielle de 2027, a reconnu ce lundi 18 mai dans les colonnes de Libération que certaines séquences de sa bande dessinée Picardie Splendor, publiée le 7 mai, pouvaient « blesser ». L’élu, mis en cause pour des propos jugés racistes et paternalistes par son ancien mouvement, La France insoumise, a également admis que son approche de l’antiracisme s’inscrivait dans un registre des années 1990, évoquant notamment l’esprit « Blacks, blancs, beurs ».

Ce qu'il faut retenir

  • François Ruffin a reconnu dans Libération que des images de sa BD Picardie Splendor pouvaient « blesser », sans pour autant renier son œuvre.
  • Une planche en particulier, mettant en scène une femme noire verbalisée dans un train et un passager maghrébin, a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux.
  • Le député de Picardie assume un « antiracisme un peu estampillé années 1990 », tout en affirmant ne pas se reconnaître dans la séquence controversée.
  • Des élus de La France insoumise, dont Nadège Abomangoli et Danielle Simonnet, ont critiqué la BD, accusant Ruffin de ne pas saisir les enjeux du racisme systémique.
  • L’ouvrage, présenté comme une « œuvre d’humanité », aborde notamment les thèmes de la précarité et du racisme, selon son auteur.

Une séquence de la BD au cœur de la polémique

Dans la bande dessinée de François Ruffin, une planche montre le député en costume, à bord d’un train, assistant à la verbalisation d’une femme noire. Cette dernière, furieuse, conteste l’amende de 11 euros infligée par les contrôleurs, estimant que c’est le vendeur de son ticket qui a commis une erreur. Un passager d’origine maghrébine prend alors sa défense, avant d’être à son tour tutoyé et menacé d’expulsion par les agents. François Ruffin intervient pour régler l’amende, tout en appelant au respect mutuel.

Sur la dernière image de cette séquence, le député est dessiné bombant le torse face au passager maghrébin, la tête légèrement inclinée. C’est précisément cette illustration qui a alimenté les critiques, certains y voyant « un condensé de clichés racistes ». Sur les réseaux sociaux, la députée LFI Nadège Abomangoli, vice-présidente de l’Assemblée nationale, a réagi en partageant une capture d’écran de la planche avec la mention : « NouvellePhotoDeProfil de femme noire à domestiquer ».

Des réactions vives au sein de La France insoumise

Les attaques contre François Ruffin se sont multipliées au sein de son ancien mouvement. Danielle Simonnet, députée écologiste, a estimé que le candidat « confirme qu’il ne comprend pas le racisme systémique ». D’autres cadres de LFI ont également dénoncé un « paternalisme » dans la représentation des personnages racisés. Ces critiques s’ajoutent à celles déjà formulées par des militants antiracistes, qui reprochent à Ruffin une vision simplifiée des inégalités raciales.

Interrogé par Libération, François Ruffin a tenu à préciser qu’il ne se reconnaissait pas dans cette planche, tout en reconnaissant que son « antiracisme est un peu estampillé années 1990 ». Il a expliqué vouloir faire de sa bande dessinée « une œuvre d’humanité », tout en concédant que son approche pouvait sembler dépassée. « Mon antiracisme est un peu estampillé années 1990, ‘Blacks, blancs, beurs’ et ça transpire sans doute dans la BD », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « J’en ai conscience, je dialogue avec des chercheurs, des militants, on en parle. Est-ce que ça fait de moi un raciste ? Non. »

« Au contraire, c’est le message de la BD : parmi les fractures à résorber dans notre pays, il y a la précarité, l’angoisse de l’avenir, et bien sûr le racisme. »
François Ruffin, député de Picardie et candidat à la présidentielle de 2027

Un antiracisme assumé, mais contesté

François Ruffin a toujours revendiqué une sensibilité particulière aux questions sociales et antiracistes, notamment à travers son engagement politique et ses écrits. Dans Picardie Splendor, il mêle autobiographie et fiction pour dépeindre les tensions sociales et raciales en France. Pourtant, cette bande dessinée, parue alors que la campagne pour 2027 s’intensifie, a ravivé les débats sur les représentations de l’antiracisme et les limites de l’approche « républicaine » des inégalités.

Si Ruffin assume ses choix artistiques et politiques, ses détracteurs au sein de LFI y voient une preuve de son incapacité à saisir les enjeux contemporains du racisme. D’autres, en revanche, saluent son engagement sincère, même si perfectible. Le député a indiqué poursuivre le dialogue avec des chercheurs et militants pour affiner sa réflexion, tout en défendant l’intention derrière son œuvre.

Et maintenant ?

Cette polémique intervient à un moment clé pour François Ruffin, dont la candidature à la présidentielle de 2027 commence à être prise au sérieux par les observateurs politiques. La sortie de Picardie Splendor, suivie des réactions qu’elle a suscitées, pourrait influencer sa stratégie de communication dans les mois à venir. Reste à voir si l’élu parviendra à concilier son style provocateur et les attentes d’un électorat sensible aux questions de justice sociale et raciale. Les prochains meetings et interventions médiatiques de Ruffin seront scrutés, notamment sur sa capacité à répondre aux critiques tout en maintenant son positionnement politique.

Pour l’heure, la polémique autour de sa bande dessinée s’inscrit dans un débat plus large sur la représentation des minorités et les limites de l’antiracisme « à la française ». Alors que la présidentielle de 2027 approche, les questions de société, et notamment celle du racisme, devraient occuper une place centrale dans les échanges politiques.

La critique porte principalement sur une planche mettant en scène une femme noire verbalisée dans un train et un passager maghrébin, jugée comme un « condensé de clichés racistes ». Des élus de La France insoumise, dont Nadège Abomangoli, ont accusé Ruffin de ne pas comprendre les enjeux du racisme systémique.

Oui. Dans Libération, il a reconnu que certaines images pouvaient « blesser », tout en défendant l’intention derrière sa bande dessinée. Il a également admis que son antiracisme était « un peu estampillé années 1990 », tout en rejetant les accusations de racisme à son encontre.