La plateforme Mon Master, outil central du processus d’admission en première année de master en France, est de plus en plus confrontée à des tentatives de fraude. Selon Ouest France, les établissements peinent à identifier les dossiers falsifiés, malgré l’instauration de sanctions lourdes. Des dispositifs encore largement déclaratifs, parfois exploités avec l’aide de l’intelligence artificielle, compliquent la détection des irrégularités.

Ce qu'il faut retenir

  • Les universités françaises enregistrent une hausse des candidatures falsifiées sur Mon Master, plateforme nationale d’admission en master.
  • Les fraudes exploitent des dispositifs encore fondés sur des déclarations, parfois assistées par des outils d’IA.
  • Les établissements peinent à détecter ces irrégularités malgré des sanctions lourdes prévues en cas de fraude avérée.
  • Les procédures actuelles restent majoritairement déclaratives, ce qui limite leur efficacité.

Un système vulnérable aux manipulations

La plateforme Mon Master, lancée pour simplifier les démarches d’admission en master, repose en grande partie sur la bonne foi des candidats. Selon Ouest France, cette confiance accordée aux déclarations des étudiants crée une faille majeure. Certains candidats n’hésitent pas à falsifier des documents, comme des relevés de notes ou des attestations, pour améliorer leur dossier. Les universités, qui n’ont pas toujours les moyens techniques de vérifier systématiquement l’authenticité de ces pièces, se retrouvent en première ligne face à ce phénomène.

Les fraudeurs vont parfois jusqu’à utiliser des outils d’intelligence artificielle pour générer des documents plausibles. « Les faussaires peuvent désormais créer des faux documents très convaincants, presque impossibles à distinguer à l’œil nu », explique un responsable administratif d’une université parisienne. La détection devient ainsi un véritable casse-tête pour les services d’admission, qui doivent arbitrer entre rapidité et rigueur.

Des sanctions dissuasives, mais peu appliquées

Face à l’ampleur du phénomène, les universités disposent de moyens de sanction théoriquement dissuasifs. Une fraude avérée peut entraîner l’exclusion définitive du candidat, voire des poursuites pénales dans les cas les plus graves. Pourtant, selon Ouest France, ces mesures sont rarement appliquées dans les faits. « On identifie des cas de fraude chaque année, mais les procédures administratives et judiciaires sont longues et complexes », confie un membre de la direction des études d’une université lyonnaise.

Par ailleurs, les établissements hésitent souvent à engager des poursuites, par crainte de contentieux ou par manque de preuves irréfutables. Les fraudeurs, conscients de ces limites, prennent des risques calculés. « On observe une professionnalisation des méthodes de fraude, avec des réseaux qui vendent des services clés en main aux candidats », précise un responsable de la sécurité universitaire. Autant dire que la lutte contre ces pratiques reste inégale.

Des solutions en discussion, mais pas encore déployées

Pour renforcer la lutte contre les fraudes, plusieurs pistes sont évoquées. Certaines universités testent des outils de vérification automatisée des documents, en partenariat avec des prestataires spécialisés. D’autres réfléchissent à des contrôles aléatoires plus systématiques, voire à des auditions orales pour certains candidats. « L’objectif n’est pas de sanctionner systématiquement, mais de dissuader », souligne un membre de la conférence des présidents d’université.

Cependant, ces mesures se heurtent à des contraintes budgétaires et logistiques. « Vérifier chaque dossier prend du temps et coûte cher. Sans un financement spécifique, les universités ne pourront pas généraliser ces dispositifs », déplore un administrateur. Bref, le problème des fraudes sur Mon Master reste entier, et les solutions, encore en phase d’expérimentation.

Et maintenant ?

Une réunion des responsables des admissions des universités est prévue pour le 25 juin 2026. L’objectif ? Harmoniser les pratiques et étudier la faisabilité d’un système de vérification centralisé. Dans l’immédiat, les établissements comptent sur la vigilance des candidats et des enseignants pour signaler les anomalies. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer une fraude qui, selon les estimations, pourrait concerner plus de 5 % des candidatures cette année.

Pour l’heure, la plateforme Mon Master continue de fonctionner avec ses forces et ses faiblesses. Les universités, de leur côté, doivent composer avec un système où la confiance le dispute à la défiance.