Avec ses rayons aménagés façon marché et ses étiquettes mettant en avant le « circuit court », Grand Frais donne l’impression de privilégier les producteurs locaux et une agriculture de proximité. Pourtant, selon Top Santé, cette image rassurante occulte parfois des pratiques moins transparentes.

Ce qu’il faut retenir

  • Grand Frais met en avant le « circuit court » sur ses produits, mais la réalité est plus nuancée.
  • La mention ne garantit pas toujours une provenance géographique proche ou un nombre limité d’intermédiaires.
  • Certains fournisseurs de Grand Frais sont des grossistes plutôt que des producteurs directs.
  • La DGCCRF a déjà pointé des manquements dans l’affichage des mentions « circuit court » en grande distribution.

L’enseigne, qui compte plus de 230 magasins en France, joue sur l’idée d’une connexion directe entre le consommateur et le producteur. « L’objectif affiché est de soutenir les petits producteurs et de limiter l’empreinte carbone liée au transport », rappelle Top Santé. Pourtant, derrière cette communication se cachent des pratiques qui peuvent s’écarter de l’esprit initial du circuit court.

Selon une enquête menée par Top Santé, plusieurs rayons de Grand Frais sont approvisionnés par des grossistes, parfois situés à des centaines de kilomètres des points de vente. « La mention « circuit court » est souvent utilisée de manière générique, sans préciser si le produit provient effectivement d’un producteur voisin ou d’un intermédiaire », explique un expert cité par le média. Autant dire que le consommateur, en lisant cette étiquette, peut croire à tort qu’il achète un produit issu d’une ferme située à moins de 100 km.

Cette pratique n’est pas isolée. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a déjà épinglé plusieurs enseignes pour des mentions trompeuses sur les produits « locaux » ou « de saison ». En 2025, un rapport de l’autorité administrative avait pointé du doigt des manquements dans l’affichage des circuits courts, soulignant que près de 30 % des contrôles avaient révélé des anomalies.

Grand Frais n’est pas directement visé dans ce rapport, mais le flou entourant ses approvisionnements interroge. « L’enseigne se présente comme un acteur du circuit court, mais ses contrats avec des grossistes remettent en cause cette image », souligne un responsable d’association de consommateurs interrogé par Top Santé. « Quand on achète une botte de carottes estampillée « circuit court », on s’attend à un produit de la région, pas à un légume ayant transité par un entrepôt situé à 300 km. »

Face à ces ambiguïtés, certains producteurs locaux dénoncent une récupération de leur image. « On nous demande de plus en plus de collaborer avec Grand Frais, mais avec des volumes et des prix qui ne sont pas ceux du circuit court traditionnel », confie un maraîcher d’Île-de-France qui fournit l’enseigne depuis deux ans. « Pour eux, « circuit court » signifie surtout « circuit maîtrisé », même si cela passe par des intermédiaires. »

Et maintenant ?

La DGCCRF a annoncé un renforcement de ses contrôles sur les mentions « circuit court » en 2026, avec un accent particulier sur la grande distribution. Une circulaire doit être publiée d’ici la fin de l’année pour clarifier les critères d’utilisation de cette appellation. Par ailleurs, plusieurs associations de consommateurs appellent à une réforme de l’étiquetage, afin que la mention soit réservée aux produits issus d’une distance maximale de 150 km entre le lieu de production et de vente. Reste à voir si les enseignes, dont Grand Frais, s’adapteront à ces nouvelles règles.

Pour l’instant, le consommateur reste dans l’incertitude. Faut-il se fier aveuglément aux étiquettes, ou privilégier les circuits de distribution plus transparents, comme les AMAP ou les marchés de producteurs ? Une chose est sûre : la mention « circuit court » ne suffit plus à garantir un achat vraiment local.

Un produit en circuit court doit provenir d’un producteur situé à proximité du point de vente, avec un nombre limité d’intermédiaires. Les mentions comme « produit de la ferme » ou « livré directement par le producteur » sont des indicateurs plus fiables que le simple « circuit court ».

Une mention erronée peut être sanctionnée par la DGCCRF, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 15 000 euros pour une personne morale. En 2025, plusieurs enseignes ont déjà été verbalisées pour des pratiques similaires.