Près de 700 000 lycéens ont planché sur l’épreuve du grand oral du baccalauréat en juin 2026, un exercice désormais accompagné par des outils numériques massivement utilisés pour se préparer. Selon Libération, les vidéos de conseils postées sur TikTok et les requêtes formulées à des intelligences artificielles comme ChatGPT sont devenues des pratiques courantes. Pourtant, cette démocratisation des technologies numériques ne profite pas à tous les élèves de la même manière.
Ce qu'il faut retenir
- 60 à 70 % des candidats déclarent avoir utilisé des vidéos TikTok pour se préparer au grand oral, selon une enquête interne du ministère de l’Éducation nationale.
- L’usage de ChatGPT ou d’autres IA pour simuler des échanges oraux a concerné près de 40 % des élèves préparant l’épreuve.
- Les disparités d’accès aux outils numériques et à une connexion internet de qualité aggravent les inégalités entre les établissements et les milieux socio-économiques.
- Certains professeurs dénoncent un « effet de mode » qui marginalise les méthodes traditionnelles d’entraînement.
- Le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore émis de directives claires concernant l’utilisation de ces outils dans la préparation aux épreuves.
Cette année, le grand oral du baccalauréat a été marqué par une préparation sans précédent, où les réseaux sociaux et les intelligences artificielles ont pris une place centrale. Libération révèle que les vidéos de conseils diffusées sur TikTok, souvent réalisées par d’anciens candidats ou des influenceurs, sont devenues une référence pour des milliers de lycéens. Les requêtes posées à des IA comme ChatGPT, utilisées pour simuler des échanges oraux, complètent cette nouvelle panoplie d’outils. Pourtant, ce recours massif aux technologies numériques ne se fait pas sans conséquences.
« On voit des élèves passer des heures à regarder des vidéos de préparation, parfois sans vérifier la fiabilité des conseils donnés », explique Marie Dupont, professeure de français dans un lycée parisien. Certains professeurs s’inquiètent de cette tendance, qui selon eux, peut nuire à la qualité de la préparation. « Les méthodes traditionnelles, comme les oraux blancs en classe, restent essentielles, mais elles sont de plus en plus délaissées au profit d’un apprentissage solitaire et numérique », précise-t-elle.
Des inégalités qui se creusent entre les candidats
L’accès inégal aux outils numériques est l’un des principaux facteurs d’inégalité. Dans les établissements situés dans des zones rurales ou défavorisées, où l’accès à une connexion internet de qualité est parfois difficile, les élèves sont moins à même de bénéficier de ces ressources. Libération cite l’exemple d’un lycée de Seine-Saint-Denis, où seulement 30 % des élèves disposent d’un équipement informatique adapté à la maison. À l’inverse, dans les lycées parisiens ou lyonnais, ce taux dépasse les 80 %.
Les disparités ne s’arrêtent pas là. Les élèves issus de milieux favorisés ont également plus de chances d’être accompagnés par des proches ou des professeurs capables de les guider dans l’utilisation de ces outils. « Certains élèves n’ont même pas conscience des limites de ces technologies, comme le fait que ChatGPT peut générer des réponses incorrectes ou biaisées », souligne Jean Martin, professeur agrégé d’économie.
L’absence de cadre officiel laisse le champ libre aux dérives
Face à cette situation, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore pris de position officielle sur l’utilisation de TikTok ou d’IA dans la préparation au grand oral. Aucune circulaire n’a été publiée pour encadrer ces pratiques, laissant les établissements et les enseignants libres de les intégrer — ou non — à leur pédagogie. « C’est un vrai problème, car certains élèves se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans repère pour évaluer la qualité des ressources qu’ils utilisent », déplore Sophie Leroy, syndicaliste enseignante.
Pourtant, des initiatives locales émergent. Certains professeurs organisent des ateliers pour apprendre aux élèves à utiliser ces outils de manière critique. D’autres, au contraire, interdisent purement et simplement leur utilisation pendant les heures de cours. « On ne peut pas ignorer ces pratiques, mais il faut les accompagner, pas les subir », résume Marie Dupont.
Pour les candidats de la session 2027, une chose est sûre : TikTok et les IA ne disparaîtront pas de leur boîte à outils. Reste à savoir si le système éducatif parviendra à les intégrer de manière équitable et pédagogique.
Non, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas encore publié de directive claire sur le sujet. L’utilisation de TikTok ou de ChatGPT pour se préparer reste donc à la discrétion des établissements et des enseignants, sans cadre officiel.