Le 12 juin 2026, les autorités guinéennes ont suspendu le préfet, les sous-préfets ainsi qu’une centaine de fonctionnaires en charge de l’environnement dans la préfecture de Siguiri, située dans le nord-est du pays. Selon RFI, ces mesures interviennent dans un contexte marqué par la prolifération des mines d’or artisanales, dont les méthodes d’exploitation posent de graves problèmes environnementaux et réglementaires. Le gouvernement n’avait alors formulé aucune justification officielle, suscitant des interrogations sur les raisons de ces suspensions massives.
Ce qu'il faut retenir
- 12 juin 2026 : suspension du préfet, des sous-préfets et de 100 fonctionnaires de l’environnement dans la préfecture de Siguiri.
- Le 16 juin 2026, le porte-parole du gouvernement a justifié ces mesures par l’absence de respect de l’interdiction des machines destructrices pour l’environnement dans l’orpaillage artisanal.
- Ces suspensions s’inscrivent dans un secteur aurifère en proie à une exploitation artisanale non régulée, notamment autour de Siguiri, un territoire riche en gisements d’or.
Des suspensions sans précédent dans une zone aurifère sous tension
La préfecture de Siguiri, située dans la région de Kankan, est l’une des principales zones d’extraction d’or en Guinée. Selon les dernières estimations, plus de 20 000 mineurs artisanaux y travaillent, souvent dans des conditions précaires et sans encadrement réglementaire strict. Les suspensions annoncées le 12 juin concernent des responsables locaux chargés de faire respecter les normes environnementales, un signal fort envoyé par le gouvernement pour tenter de réguler un secteur largement considéré comme incontrôlé.
RFI souligne que ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à limiter les dégâts écologiques causés par l’orpaillage artisanal. Parmi les principales préoccupations figurent l’utilisation de machines à haute puissance, comme les pompes à eau et les dragues, qui dévastent les sols et les cours d’eau, ainsi que l’absence de mesures de sécurité pour les travailleurs.
Le gouvernement pointe du doigt l’inefficacité des contrôles environnementaux
Le 16 juin, le porte-parole du gouvernement guinéen, dont le nom n’a pas été précisé dans le communiqué de RFI, a détaillé les raisons de ces suspensions lors d’une intervention à la télévision nationale. Il a expliqué que les fonctionnaires suspendus étaient accusés de ne pas avoir appliqué l’interdiction des machines particulièrement destructrices pour l’environnement, adoptée dans le cadre de la réglementation sur l’orpaillage artisanal.
Selon ses déclarations, « ces suspensions visent à sanctionner les manquements graves dans l’application des règles environnementales », a-t-il indiqué, sans préciser si d’autres mesures disciplinaires étaient envisagées à l’encontre des responsables locaux. L’objectif affiché est de restaurer un minimum de contrôle sur un secteur où l’État peine à faire appliquer ses propres lois, en raison notamment de la corruption et de la pression des acteurs locaux.
Un secteur aurifère sous haute surveillance
La région de Siguiri concentre une partie importante de la production aurifère guinéenne, estimée à plusieurs tonnes par an. Pourtant, cette richesse se double d’une réalité sociale et environnementale critique. Les rapports d’ONG locales et internationales mettent en lumière des problèmes récurrents : déforestation massive, pollution des sols et des rivières par le mercure, ainsi que des conditions de travail dangereuses pour les mineurs.
Face à cette situation, le gouvernement avait pourtant adopté en 2024 un décret interdisant l’utilisation de certaines machines dans l’orpaillage artisanal. Cependant, son application reste largement inefficace, en raison notamment du manque de moyens alloués aux services de contrôle. Les suspensions annoncées le 12 juin pourraient donc être perçues comme une tentative de montrer une fermeté accrue, à quelques mois des prochaines élections législatives prévues en 2027.
Reste à savoir si ces suspensions ne resteront qu’un coup d’éclat ou si elles marqueront le début d’une véritable refonte des pratiques dans l’orpaillage guinéen. Une chose est sûre : la pression sur les autorités locales et les acteurs économiques de Siguiri ne va pas faiblir, tant les enjeux environnementaux et sociaux sont lourds.
Selon le décret de 2024, l’utilisation des pompes à eau à haute puissance et des dragues est strictement interdite dans l’orpaillage artisanal en raison de leur impact dévastateur sur les sols et les cours d’eau. Ces machines, souvent utilisées pour extraire l’or à moindre coût, accélèrent l’érosion et contaminent les rivières au mercure.