Près de dix ans après le dernier scrutin présidentiel en Haïti, les Haïtiens ignorent toujours à quelle date ils pourront retourner aux urnes. Entre les tensions persistantes entre le gouvernement de facto et le Conseil électoral provisoire, une insécurité endémique ainsi qu’une influence croissante des gangs sur le territoire, les obstacles s’accumulent pour organiser un processus électoral crédible et apaisé. Comme le rapporte RFI, le dialogue entre les différentes parties prenantes reste particulièrement tendu, retardant d’autant plus la tenue d’un scrutin.

Ce qu’il faut retenir

  • Dix ans après le dernier scrutin présidentiel haïtien, la tenue d’élections reste incertaine en raison de multiples blocages institutionnels et sécuritaires.
  • Le Conseil électoral provisoire, mis en place pour organiser le vote, est en butte à des tensions avec le gouvernement de facto, dirigé par Ariel Henry jusqu’à sa démission en mars 2024, puis par un nouveau pouvoir transitoire.
  • L’insécurité persistante, exacerbée par l’emprise croissante des gangs sur Port-au-Prince et d’autres régions, rend toute campagne électorale extrêmement risquée.
  • Édouard Paultre, membre du Conseil haïtien des acteurs non étatiques, souligne que le processus électoral est aujourd’hui paralysé par un manque de consensus entre les forces politiques et la société civile.

Un Conseil électoral provisoire sous pression

Le Conseil électoral provisoire, créé en 2022 pour organiser le retour aux urnes, peine à exercer ses missions dans un contexte de défiance généralisée. Ses membres sont régulièrement accusés de partialité ou d’instrumentalisation politique par une partie de l’opposition et des organisations de la société civile. Selon RFI, plusieurs réunions de concertation entre le Conseil et les acteurs politiques ont échoué à dégager une feuille de route commune, notamment sur la question du calendrier électoral. « Le processus est bloqué par des divergences profondes sur la légitimité même du Conseil », a expliqué un observateur proche des négociations, sous couvert d’anonymat.

L’insécurité, frein majeur à la tenue d’élections

L’un des principaux défis reste la dégradation de la situation sécuritaire, particulièrement à Port-au-Prince. Les gangs contrôlent désormais de larges zones de la capitale, imposant leur loi par la violence et le chantage. Selon les dernières estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 200 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en 2025 en raison des affrontements entre factions rivales. « Comment organiser des élections dans un pays où des quartiers entiers sont sous le joug de groupes armés ? », s’interroge Édouard Paultre. Pour lui, la priorité absolue reste la restauration d’un minimum de sécurité, sans laquelle tout scrutin serait entaché de fraudes et de violences.

Les gangs, acteurs incontournables du jeu politique

L’influence des gangs dépasse désormais le cadre de la criminalité ordinaire. Ces groupes, souvent équipés d’armes lourdes, n’hésitent plus à s’immiscer dans les affaires politiques, soit en bloquant l’accès à certains bureaux de vote, soit en intimidant les électeurs. Selon un rapport de l’ONU publié en mai 2026, au moins trois formations politiques auraient noué des alliances tacites avec des factions armées pour s’assurer une base électorale. « Les gangs sont devenus des arbitres du pouvoir en Haïti », a souligné un expert en sécurité contacté par RFI. Cette situation complique encore davantage la tâche des institutions chargées d’organiser le vote.

Et maintenant ?

Alors que le pays s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire, la communauté internationale multiplie les appels au dialogue. L’Organisation des États américains (OEA) a proposé, en avril 2026, un nouveau cadre de médiation incluant l’opposition, la société civile et les représentants des gangs. Reste à savoir si ce plan sera accepté par toutes les parties. Pour l’heure, aucune date n’a été avancée pour la tenue d’élections, et les observateurs s’attendent à ce que le processus s’étire sur plusieurs mois, voire plusieurs années. « Le retour à la normale exige d’abord une trêve entre les gangs et une volonté politique réelle », a rappelé Édouard Paultre.

Si aucune élection n’est prévue à court terme, les Haïtiens continuent de subir les conséquences d’un vide institutionnel persistant. L’absence de gouvernement légitime aggrave les crises économiques et humanitaires, tandis que la population, lasse, exige des solutions concrètes. Autant dire que le chemin vers des élections libres et transparentes reste semé d’embûches.

Le Conseil électoral provisoire, mis en place en 2022, a pour mission d’organiser le retour aux urnes en Haïti. Il doit notamment établir un calendrier électoral, superviser l’enregistrement des électeurs et garantir la transparence du scrutin. Cependant, son autorité est contestée par une partie de l’opposition et des organisations de la société civile, qui lui reprochent de manquer de légitimité.