Les modifications rapides des écosystèmes en Patagonie pourraient favoriser une augmentation du risque épidémique lié au hantavirus, selon une tribune publiée par le chercheur argentin Ulyses Pardiñas dans Le Monde.

Dans une analyse publiée ce 21 mai 2026, le zoologue argentin souligne que les populations de rongeurs vecteurs de la souche des Andes, responsable du hantavirus, subissent des transformations démographiques majeures. Ces changements, liés à l'évolution des milieux naturels, créent un terrain propice à la propagation du virus.

Ce qu'il faut retenir

  • Les populations de rongeurs vecteurs du hantavirus en Patagonie connaissent une croissance démographique spectaculaire.
  • Cette expansion est directement liée à la modification des écosystèmes locaux.
  • Le chercheur Ulyses Pardiñas alerte sur un risque accru de transmission du virus.
  • La souche des Andes, responsable des cas humains, circule principalement via ces rongeurs.
  • Les transformations environnementales en Patagonie s'accélèrent depuis plusieurs années.

Un rongeur vecteur sous surveillance

Le rongeur à l'origine de la souche des Andes, Oligoryzomys longicaudatus, joue un rôle central dans la transmission du hantavirus. Ce petit mammifère, endémique à l'Amérique du Sud, se nourrit principalement de graines et de végétaux, ce qui le pousse à coloniser des zones en mutation. Selon les observations d'Ulyses Pardiñas, les modifications de son habitat naturel – comme la déforestation ou l'urbanisation progressive – ont entraîné une explosion de ses effectifs.

« Les changements écologiques actuels en Patagonie créent des conditions idéales pour la prolifération de ce rongeur », explique le chercheur. Cette expansion démographique n'est pas sans conséquences : elle augmente mécaniquement les risques de contact entre l'animal et les populations humaines, favorisant ainsi la transmission du virus.

Une souche virale à haut risque

Le hantavirus, transmis par les rongeurs via leurs excréments, leurs urines ou leur salive, peut provoquer chez l'homme une maladie grave appelée syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH). Ce dernier se caractérise par une fièvre élevée, des douleurs musculaires et, dans les cas les plus sévères, une insuffisance respiratoire pouvant être mortelle. En Patagonie, la souche des Andes est particulièrement surveillée en raison de son taux de létalité élevé.

D'après les données épidémiologiques récentes, les cas humains de SPH restent rares mais leur fréquence pourrait s'accroître si les conditions propices à la transmission persistent. « Toutes les conditions semblent réunies pour une augmentation du risque épidémiologique », souligne Ulyses Pardiñas dans sa tribune.

Des écosystèmes en mutation

La Patagonie, région partagée entre l'Argentine et le Chili, est soumise à des transformations environnementales majeures. Le recul des glaciers, la sécheresse prolongée et l'intensification des activités agricoles et minières modifient profondément les paysages. Ces bouleversements ont un impact direct sur la faune locale, notamment sur les rongeurs comme Oligoryzomys longicaudatus.

« La fragmentation des habitats naturels et la disponibilité accrue de ressources alimentaires favorisent la multiplication de ces rongeurs », précise le zoologue. Cette dynamique écologique, couplée à la proximité croissante entre les zones habitées et les milieux naturels, crée un contexte à haut risque pour la santé publique.

Et maintenant ?

Face à cette situation, les autorités sanitaires argentines et chiliennes pourraient renforcer la surveillance épidémiologique dans les régions concernées. Une surveillance accrue des populations de rongeurs et des campagnes de sensibilisation auprès des habitants des zones rurales s'avèrent nécessaires. Par ailleurs, des études complémentaires sur l'évolution des écosystèmes patagoniens et leur impact sur la faune locale pourraient être lancées d'ici la fin de l'année 2026.

Pour l'heure, les experts appellent à une vigilance renforcée, sans pour autant céder à la panique. Le risque de résurgence du hantavirus en Patagonie dépendra en grande partie de la capacité des autorités à anticiper les changements écologiques et à adapter les mesures de prévention.

Le SPH se manifeste d'abord par une fièvre soudaine, des frissons, des douleurs musculaires et une fatigue intense. Dans un second temps, des difficultés respiratoires apparaissent, pouvant évoluer vers un syndrome de détresse respiratoire aiguë. La prise en charge médicale doit être rapide, car la maladie peut être mortelle dans environ 30 à 40 % des cas non traités.