En 2018, le village d’Epuyén, niché au pied de la cordillère des Andes en Patagonie argentine, a été le théâtre d’une épidémie d’hantavirus qui a laissé des traces durables dans la mémoire collective. Selon Franceinfo – Santé, cette crise sanitaire, déclenchée après une fête d’anniversaire, a touché 34 habitants sur les 3 000 que comptait alors la commune. Onze d’entre eux en sont décédés, et le village a été placé sous quarantaine pendant 45 jours. Huit ans plus tard, les habitants vivent toujours avec les séquelles de cette « fièvre qui rend fou », comme l’a décrite une rescapée.
Ce qu’il faut retenir
- En 2018 et 2019, Epuyén a connu une épidémie d’hantavirus transmissible entre humains, causant 11 décès sur 34 cas confirmés parmi ses 3 000 habitants.
- Le virus, porté par le rat à longue queue (ou « raton colilargo »), a été transmis lors d’une fête d’anniversaire, déclenchant une crise sanitaire sans précédent dans cette région.
- Le village a été confiné pendant 45 jours, et ses habitants ont adopté des mesures de prévention strictes, comme le contrôle quotidien de la température.
- Malgré l’absence de nouveaux cas depuis 2019, le traumatisme persiste : certains résidents souffrent encore de séquelles physiques et cognitives.
- Le maire d’Epuyén dénonce une stigmatisation persistante, les médias ayant surnommé le village « le village fantôme » à l’époque.
Une épidémie déclenchée par une fête et un rat porteur
Epuyén, situé en Patagonie argentine, est devenu en 2018 un « cas d’école » pour les scientifiques. Selon Franceinfo – Santé, l’épidémie d’hantavirus des Andes qui a frappé la commune a été particulièrement virulente, car le virus s’est transmis d’humain à humain – un mode de transmission rare pour cette maladie. Le point de départ ? Une fête d’anniversaire à laquelle une centaine de villageois avaient participé. « Ils tombaient tous comme des mouches », confie Martha, une ancienne employée de l’hôpital local, évoquant l’ampleur de la crise.
Le virus est porté par le rat à longue queue, un rongeur endémique des forêts patagoniennes. « On n’en voit pas très souvent dans le coin, mais on sait qu’ils sont là », explique José Contreras, le maire du village. La transmission à l’homme se fait par inhalation de particules virales présentes dans les déjections ou l’urine de ces rongeurs. Une fois dans l’organisme, le virus provoque une fièvre élevée, des douleurs musculaires intenses et, dans les cas les plus graves, une atteinte pulmonaire ou rénale.
Des victimes collatérales et un village en état de choc
Parmi les victimes, Maria a perdu son mari Aldo et son fils Federico Roman en décembre 2018. « Il est mort, et le lendemain, je suis tombée malade », raconte-t-elle. « Je n’avais aucun symptôme à part cette fièvre incontrôlable. Je transpirais et devais changer les draps deux ou trois fois par jour. C’était une fièvre qui te rend fou. » Maria a passé un mois en soins intensifs avant de se rétablir, mais les séquelles sont toujours là : douleurs aux jambes et aux genoux, difficultés à s’exprimer. « Quand je parle, j’ai du mal à trouver mes mots. Je n’étais pas comme ça avant. »
Le bilan humain est lourd : « Mes neveux et nièces, mon beau-frère, ma sœur, mes frères, Fabiola, la professeure de mon fils… Tout le monde a été touché », énumère Maria. Martha, qui travaillait à l’hôpital d’Epuyén, a quant à elle vu plusieurs de ses collègues et proches succomber. « On n’avait aucune information directe sur l’hantavirus, et j’étais furieuse parce que j’étais responsable des statistiques à l’hôpital. J’aurais dû les recevoir, mais ce n’était pas le cas. »
Un confinement strict et des habitudes ancrées dans le quotidien
Face à l’urgence sanitaire, les autorités ont instauré un confinement de 45 jours à Epuyén. « À l’époque, on prenait notre température tous les jours, matin, midi et soir. Si on avait plus de 37 degrés de fièvre, on pouvait s’inquiéter et aller à l’hôpital », explique le maire José Contreras. Aujourd’hui encore, cette pratique persiste. « Une des habitudes qu’on est nombreux à avoir conservées, c’est d’avoir toujours un thermomètre dans son sac ou dans sa poche. »
Les mesures de prévention mises en place à l’époque restent d’actualité. « Quand on en voit [un rat à longue queue], si c’est dans un habitat fermé, il faut sortir, ouvrir les portes et les fenêtres, aérer, nettoyer à l’eau de javel, puis on peut y entrer », précise José Contreras. Ces gestes sont devenus une routine pour les habitants, qui cohabitent désormais avec cette menace invisible.
« Quand tu disais que tu venais d’Epuyén, on te mettait de côté, on ne te laissait pas faire les courses dans d’autres villes, on te regardait de travers. C’était terrible, en plus les médias nous avaient surnommés « le village fantôme ». »
José Contreras, maire d’Epuyén
Un traumatisme qui dépasse la crise sanitaire
Huit ans après l’épidémie, le village porte encore les stigmates de cette période. « Aujourd’hui, les médias nationaux et internationaux citent le nom d’Epuyén, et des gens pensent qu’il y a des cas actuellement ici. Mais on n’a aucun cas d’hantavirus », souligne José Contreras. La stigmatisation, elle, persiste. « À l’époque, les médecins ont mis presque un mois pour découvrir que le virus se transmettait entre humains. Avant, on ne le savait pas. Beaucoup d’habitants et moi-même avons participé à des funérailles, et il y a eu des contagions. Quand on l’a découvert, la quarantaine a été la mesure la plus efficace. »
Le maire regrette aussi la couverture médiatique de l’époque, qui a contribué à isoler le village. « Les gens nous regardaient de travers. C’était terrible. » Aujourd’hui, malgré l’absence de nouveaux cas, la méfiance persiste dans certaines régions voisines. « Je comprends l’inquiétude dans les pays qui découvrent ce virus, comme la France, mais je regrette cette nouvelle stigmatisation. »
L’hantavirus en questions : ce qu’il faut savoir
L’hantavirus des Andes, identifié pour la première fois en Argentine dans les années 1990, est une maladie rare mais potentiellement mortelle. Transmissible par les rongeurs, il peut aussi se propager d’humain à humain dans des conditions spécifiques. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le taux de létalité de cette forme d’hantavirus atteint 30 à 50 % en l’absence de traitement rapide. Les symptômes incluent fièvre élevée, douleurs musculaires, toux, et dans les cas graves, une insuffisance respiratoire.
En 2026, le virus a été détecté à bord du navire de croisière MV Hondius, déclenchant des mesures sanitaires à bord. Cette nouvelle a ravivé les craintes liées à cette maladie, notamment dans les zones où elle est endémique, comme l’Amérique du Sud. Les autorités sanitaires recommandent d’éviter tout contact avec les rongeurs et leurs déjections, et de ventiler les espaces fermés en cas de suspicion de contamination.
Non. La transmission de l’hantavirus des Andes se fait principalement par inhalation de particules virales présentes dans les déjections ou l’urine de rongeurs infectés. Un contact cutané avec ces fluides ne présente pas de risque, sauf en cas de plaie ouverte. La transmission interhumaine, bien que possible, nécessite un contact très étroit avec une personne malade.
Il n’existe pas de traitement spécifique contre l’hantavirus. La prise en charge repose sur des soins de support : oxygénothérapie en cas d’insuffisance respiratoire, dialyse pour les atteintes rénales, et administration d’antibiotiques pour prévenir les surinfections. Une hospitalisation en soins intensifs est souvent nécessaire dans les cas graves. La prévention, via le contrôle des rongeurs et l’aération des espaces clos, reste le meilleur moyen de lutte.