Le groupe Iliad, maison mère de Free en France, renforce significativement ses investissements dans les infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle (IA), une stratégie qui s’inscrit dans un contexte de course effrénée entre les acteurs des télécoms et du numérique pour capter les opportunités liées à la révolution technologique actuelle. Selon nos confreres de BFM Business, cette accélération s’accompagne d’une croissance soutenue du nombre d’abonnés, avec 200 000 nouveaux utilisateurs enregistrés en 2025, un chiffre qui illustre à la fois la vitalité commerciale du groupe et sa capacité à attirer une clientèle toujours plus connectée. Ces développements interviennent alors que le secteur des télécommunications en Europe fait face à des défis majeurs, entre concurrence accrue, régulations strictes et besoins croissants en débit et en puissance de calcul, indispensables au déploiement de l’IA.

Ce qu'il faut retenir

  • Iliad a enregistré 200 000 nouveaux abonnés en 2025, un rythme de croissance qui reflète l’attractivité de ses offres dans un marché hautement concurrentiel.
  • Le groupe accélère ses investissements dans les infrastructures IA, une priorité stratégique pour répondre aux besoins des entreprises et des particuliers en traitement de données et en services cloud.
  • Thomas Reynaud, PDG d’Iliad, a confirmé cette dynamique lors d’une intervention médiatique le 26 mars 2026, soulignant l’importance de ces infrastructures pour l’avenir du groupe.
  • Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où l’IA devient un levier de différenciation entre opérateurs, avec une course aux datacenters et aux capacités de calcul.
  • Les enjeux sont doubles : technologiques (maîtriser les coûts énergétiques et les performances) et réglementaires (conformité avec le RGPD et les règles européennes sur l’IA).

Une stratégie d’infrastructure IA au cœur de la compétitivité d’Iliad

Depuis plusieurs années, Iliad a progressivement transformé son modèle économique, passant d’un opérateur télécoms traditionnel à un acteur intégré des infrastructures numériques. Cette transition s’est accélérée avec l’acquisition en 2023 de Online.net, un hébergeur cloud français, et le renforcement de ses datacenters en France et en Europe. Selon nos confreres de BFM Business, l’objectif est clair : positionner Iliad comme un partenaire clé pour les entreprises et les institutions cherchant à exploiter l’IA, que ce soit pour des applications métiers, de l’analyse de données ou du développement de modèles d’apprentissage automatique. Avec un parc de serveurs en constante augmentation, le groupe mise sur une infrastructure locale pour garantir une latence réduite et une sécurité optimale, deux critères devenus indispensables dans un monde où les données transitent en temps réel.

Cette orientation s’accompagne d’une réflexion sur la durabilité. Iliad a annoncé en 2025 un plan d’investissement de 500 millions d’euros sur cinq ans pour verdir ses datacenters, en intégrant des énergies renouvelables et des systèmes de refroidissement innovants. Une démarche qui répond aux critiques récurrentes sur l’empreinte carbone des infrastructures numériques, tout en anticipant les futures réglementations européennes sur l’efficacité énergétique. « L’enjeu n’est pas seulement technologique, mais aussi sociétal », a rappelé Thomas Reynaud lors d’une conférence de presse en janvier 2026, évoquant la nécessité de concilier performance et responsabilité environnementale.

Les 200 000 nouveaux abonnés en 2025 : un signal fort dans un marché mature

L’ajout de 200 000 abonnés en 2025 — un chiffre qui place Iliad parmi les opérateurs les plus dynamiques en France — s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la montée en puissance des forfaits mobiles et box internet incluant des services cloud et des outils d’IA basiques, comme des assistants vocaux ou des solutions de cybersécurité intégrées. Ensuite, une stratégie commerciale agressive, avec des offres promotionnelles ciblant les jeunes actifs et les PME, deux segments particulièrement sensibles aux innovations technologiques. Enfin, la réputation d’Iliad en matière de qualité de service et de rapport prix/performance a joué un rôle clé, dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus exigeants sur la fiabilité de leur connexion.

Pourtant, ce chiffre ne doit pas masquer les défis persistants. Le marché français des télécoms reste très concurrentiel, avec des acteurs comme Orange, SFR ou Bouygues Telecom qui misent également sur l’IA pour différencier leurs offres. Par exemple, Orange a lancé en 2024 une plateforme dédiée aux entreprises, « Orange AI Services », tandis que SFR propose depuis 2025 des solutions d’IA embarquée sur ses box internet. Selon une étude de l’ARCEP publiée en décembre 2025, le taux de pénétration de la fibre en France atteint désormais 85 % des foyers, mais la bataille pour les parts de marché se déplace désormais vers les services à valeur ajoutée, où l’IA joue un rôle central. « On est passés d’une guerre des débits à une guerre des usages », résume un analyste du secteur, cité par Les Échos en février 2026.

Thomas Reynaud : un dirigeant qui mise sur l’IA pour transformer Iliad

Thomas Reynaud, PDG d’Iliad depuis 2020, est au cœur de cette stratégie d’accélération. Ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Économie et ancien dirigeant de la branche télécoms du groupe Vivendi, Reynaud a rapidement repositionné Iliad sur le segment des infrastructures numériques, un choix audacieux dans un secteur traditionnellement centré sur la connectivité. Son parcours, marqué par une vision à long terme et une approche pragmatique des investissements, a permis à Iliad de résister à la pression des géants américains et chinois, tout en évitant les pièges de la dette excessive.

Lors de son intervention du 26 mars 2026, Reynaud a insisté sur trois piliers de la stratégie d’Iliad : l’indépendance technologique (en développant ses propres datacenters), la souveraineté des données (en garantissant que les informations des clients restent hébergées en Europe), et l’accessibilité (en proposant des tarifs compétitifs pour les PME et les particuliers).

« Notre ambition est de faire d’Iliad un acteur incontournable de l’écosystème IA européen, sans dépendre des solutions américaines ou asiatiques. Cela passe par des investissements massifs, mais aussi par une collaboration étroite avec les startups et les chercheurs français »
, a-t-il déclaré. Cette approche s’inscrit dans une logique de « cloud souverain », un concept qui gagne en popularité en Europe, notamment depuis l’adoption en 2024 du European Chips Act, un plan de 43 milliards d’euros pour relocaliser la production de semi-conducteurs et réduire la dépendance au continent asiatique.

Les enjeux réglementaires et technologiques qui pèsent sur la stratégie d’Iliad

Si la course aux infrastructures IA représente une opportunité majeure pour Iliad, elle s’accompagne aussi de risques réglementaires et techniques. D’abord, le cadre légal européen sur l’IA, entré en vigueur progressivement depuis 2024, impose des obligations strictes en matière de transparence, de sécurité et de respect des droits fondamentaux. Les datacenters d’Iliad devront, par exemple, se conformer aux règles du AI Act, qui interdit certaines pratiques comme la reconnaissance faciale à grande échelle sans garantie juridique. Selon un rapport de la CNIL publié en mars 2026, 30 % des projets d’IA en France pourraient être impactés par ces nouvelles régulations, ce qui pousse les entreprises à adapter leurs infrastructures en conséquence.

Ensuite, les défis technologiques sont immenses. Les datacenters dédiés à l’IA nécessitent des serveurs ultra-performants, capables de traiter des milliards d’opérations par seconde, mais aussi des systèmes de refroidissement énergivores. Un datacenter moyen consomme aujourd’hui autant d’électricité qu’une ville de 50 000 habitants, selon l’ADEME. Iliad a donc dû investir dans des solutions innovantes, comme l’immersion liquide des serveurs ou l’utilisation de l’intelligence artificielle pour optimiser la consommation énergétique. Enfin, la question de la souveraineté des données reste sensible, surtout depuis les tensions géopolitiques entre l’Europe et certains pays tiers. Le RGPD, déjà strict, a été renforcé en 2025 avec le Data Act, qui encadre davantage le transfert de données hors de l’Union européenne. Pour Iliad, cela signifie des coûts supplémentaires pour garantir la localisation des données, mais aussi un avantage concurrentiel face à des acteurs comme Amazon Web Services ou Microsoft, souvent pointés du doigt pour leur manque de transparence.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances clés pourraient redessiner la stratégie d’Iliad dans les mois à venir. D’abord, la publication prévue en juin 2026 du premier bilan réglementaire de l’AI Act par la Commission européenne, qui pourrait imposer des ajustements coûteux aux datacenters du groupe. Ensuite, les négociations en cours pour le renouvellement des fréquences 5G en France, un processus qui s’annonce tendu et pourrait coûter plusieurs centaines de millions d’euros à Iliad. Enfin, la montée en puissance des alternatives open source à l’IA, comme les modèles développés par Mistral AI ou Hugging Face, pourrait modifier la donne concurrentielle. « L’enjeu pour Iliad sera de rester à la fois innovant et rentable, dans un secteur où les marges sont de plus en plus serrées », estime un expert du secteur, contacté par nos soins.

Reste une inconnue majeure : l’évolution des attentes des consommateurs. Si les 200 000 nouveaux abonnés en 2025 sont un signal positif, la capacité d’Iliad à fidéliser cette clientèle dépendra de sa capacité à proposer des services IA réellement utiles et abordables. Entre l’engouement pour les assistants conversationnels et les réticences croissantes face aux usages intrusifs de l’IA, le groupe devra naviguer avec prudence pour ne pas reproduire les erreurs de certains de ses concurrents, qui ont vu leurs parts de marché fondre après des polémiques sur la protection des données. Une chose est sûre : dans la course aux infrastructures IA, Iliad a choisi de jouer gros — et le pari n’est pas encore gagné.

L’intelligence artificielle est devenue un enjeu central pour les opérateurs télécoms car elle permet de valoriser les immenses quantités de données collectées via les réseaux. Pour Iliad, cela signifie pouvoir proposer des services à valeur ajoutée (cloud, cybersécurité, analyse prédictive) qui compensent la baisse des revenus traditionnels liés à la connectivité. Selon une étude de l’IDATE publiée en 2026, les revenus mondiaux liés à l’IA dans les télécoms pourraient atteindre 40 milliards de dollars d’ici 2028, contre 12 milliards en 2023. De plus, l’IA permet d’optimiser les réseaux en temps réel, réduisant les coûts opérationnels et améliorant la qualité de service, un argument clé pour attirer les entreprises et les collectivités.

Les principaux concurrents d’Iliad en Europe incluent Deutsche Telekom en Allemagne, avec sa filiale Open Telekom Cloud, Orange en France, qui a lancé sa plateforme « Orange AI Services », et OVHcloud, le leader européen de l’hébergement cloud. À l’échelle mondiale, les géants américains comme Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure et Google Cloud restent des concurrents redoutables, malgré les régulations européennes visant à limiter leur domination. Enfin, des acteurs spécialisés comme Scaleway (filiale d’Iliad) ou Hetzner en Allemagne misent sur des offres low-cost pour capter une partie du marché.