Alors que la loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans marque un tournant dans la régulation du numérique en France, le débat sur les mesures d’accompagnement des familles reste en retrait, selon Libération. Le pédopsychiatre Philippe Duverger, spécialiste des questions de santé mentale des jeunes, estime que cette avancée législative, bien que nécessaire, doit s’accompagner d’une politique publique ambitieuse pour soutenir les parents dans leur rôle éducatif. Un signal fort, donc, mais qui ne suffit pas sans un cadre global.
Ce qu'il faut retenir
- La loi française interdit désormais l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, une mesure adoptée pour protéger leur santé mentale.
- Philippe Duverger, pédopsychiatre, souligne que cette interdiction doit s’accompagner d’un soutien accru aux parents, trop souvent démunis face aux enjeux du numérique.
- Les professionnels de santé et d’éducation appellent à une réflexion politique plus large sur l’accompagnement familial et scolaire.
- Aucun dispositif concret d’accompagnement n’a encore été officiellement annoncé par les pouvoirs publics.
Une loi qui envoie un message clair, mais incomplet
Adoptée récemment, la mesure phare de cette nouvelle législation est sans ambiguïté : l’interdiction formelle pour les moins de 15 ans de créer un compte sur les plateformes sociales, sous peine de sanctions pour les hébergeurs ne respectant pas l’obligation de vérification d’âge. Libération rappelle que cette disposition s’inscrit dans la continuité des alertes répétées des pédopsychiatres et des associations sur les risques liés à une exposition précoce aux réseaux sociaux, tels que la cyberintimidation, l’anxiété ou la dépendance.
Pourtant, comme le souligne le professeur Duverger, cette avancée juridique ne suffit pas. « L’interdiction est un signal important, mais elle ne doit pas être une fin en soi. Sans accompagnement des parents et sans formation des enseignants, elle risque de rester lettre morte », explique-t-il. Le spécialiste rappelle que les parents, souvent peu familiarisés avec les outils numériques, se retrouvent seuls face à des choix éducatifs complexes.
Le rôle des parents, un défi quotidien sous-estimé
Selon Philippe Duverger, la question centrale n’est pas seulement réglementaire, mais bien éducative. Les parents, rappelle-t-il, sont en première ligne pour encadrer l’usage du numérique par leurs enfants, mais ils manquent cruellement de ressources. « Beaucoup de familles ne savent même pas comment activer les contrôles parentaux sur les smartphones de leurs enfants », précise-t-il. Les associations de parents d’élèves et les professionnels de santé réclament depuis des années des outils concrets : des guides pratiques, des ateliers d’information dans les écoles, ou encore un soutien financier pour l’accès à des logiciels de filtrage.
Le pédopsychiatre insiste aussi sur le rôle des pouvoirs publics dans la formation des enseignants. « Les professeurs sont souvent les premiers à constater les effets délétères des réseaux sociaux sur la concentration ou le sommeil des élèves. Pourtant, ils ne sont pas toujours outillés pour aborder ces sujets en classe », souligne-t-il. Une lacune que les syndicats enseignants dénoncent régulièrement, sans que des solutions ne soient encore mises en place à grande échelle.
Quelles perspectives pour l’accompagnement des familles ?
Alors que la loi est entrée en vigueur, les pouvoirs publics n’ont pas encore dévoilé de plan global pour accompagner les parents. Libération indique que plusieurs pistes sont évoquées en coulisses : des campagnes d’information nationales, le développement de partenariats avec les associations spécialisées, ou encore la création de plateformes d’aide en ligne. Pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été officiellement présentée.
Philippe Duverger appelle à une mobilisation rapide. « Il ne s’agit pas seulement de dire aux parents ‘interdisez les réseaux sociaux à vos enfants’, mais de leur donner les moyens de comprendre pourquoi cette restriction est nécessaire, et comment l’appliquer sans conflit », explique-t-il. Il suggère notamment d’intégrer ces questions dans les rendez-vous de santé scolaire, où pédiatres et psychologues pourraient sensibiliser les familles.
Pour l’instant, les familles restent en première ligne, souvent livrées à elles-mêmes dans un paysage numérique en constante évolution. La question n’est plus seulement de réguler l’accès aux réseaux sociaux, mais bien de construire un écosystème éducatif et sanitaire capable de protéger les jeunes, sans les laisser seuls face à ces défis.
Selon la loi, les hébergeurs de réseaux sociaux qui ne mettraient pas en place des dispositifs de vérification d’âge pour les moins de 15 ans s’exposeraient à des amendes pouvant aller jusqu’à 1 million d’euros, voire à des peines complémentaires en cas de récidive. Ces sanctions, prévues par le texte adopté en 2025, visent à garantir l’effectivité de la mesure.