Selon BFM Business, lors de son passage dans l’émission « BFM Bourse » ce jeudi 18 juin 2026, Bertrand Puiffe, gérant actions chez Fidelity International, a formulé une réponse sans ambiguïté à une affirmation régulièrement avancée par certains investisseurs : « Investir dans SpaceX est un bon placement ». Sa réponse ? « Faux. »
Ce qu'il faut retenir
- Bertrand Puiffe, gérant actions chez Fidelity International, a qualifié d’« faux » l’affirmation selon laquelle SpaceX représenterait un « bon investissement »
- Cette déclaration a été formulée lors de l’émission « BFM Bourse » diffusée le 18 juin 2026
- L’invité était présent aux côtés d’Adrien Dumas, CIO et directeur de la gestion chez Mandarine Gestion, également présent sur le plateau
- L’émission, animée par Guillaume Sommerer, est diffusée du lundi au vendredi sur BFM Business
Un diagnostic sévère sur le modèle économique de SpaceX
Interrogé sur la pertinence d’investir dans l’entreprise aérospatiale fondée par Elon Musk, Bertrand Puiffe a justifié son avis en soulignant les risques structurels associés à ce type de placement. « SpaceX repose sur un modèle économique encore très incertain, avec des revenus majoritairement issus de contrats publics et militaires », a-t-il expliqué. Selon lui, la dépendance à ces financements expose l’entreprise à des volatilités politiques et budgétaires majeures, ce qui en fait un actif peu adapté à une stratégie d’investissement classique.
Pour le gérant de Fidelity International, les investisseurs devraient également prendre en compte la valeur d’entreprise très élevée de SpaceX, estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars. « À ce niveau de valorisation, les marges de progression deviennent extrêmement limitées », a-t-il ajouté, évoquant une « prime de risque mal évaluée » par les marchés.
Des perspectives contrastées pour le secteur spatial
Dans le même temps, Adrien Dumas, présent sur le plateau aux côtés de Bertrand Puiffe, a apporté un éclairage complémentaire sur l’évolution du secteur spatial en 2026. « Le Japon, par exemple, connaît une résilience remarquable de sa Bourse, malgré un contexte démographique défavorable », a-t-il relevé. Il a attribué ce regain d’intérêt des investisseurs à la modernisation de son écosystème industriel, notamment dans les technologies satellitaires et les applications civiles de l’espace.
Cependant, sur le cas précis de SpaceX, les deux professionnels s’accordent à dire que les spéculations autour de ses projets futurs – qu’il s’agisse de la colonisation de Mars ou du déploiement de la constellation Starlink – ne suffisent pas à compenser les risques opérationnels et financiers identifiés. « Les promesses technologiques ne se traduisent pas automatiquement par une rentabilité pour les actionnaires », a résumé Bertrand Puiffe.
« Investir dans SpaceX aujourd’hui, c’est parier sur un pari dont les probabilités de réussite restent faibles. Les valorisations actuelles ne reflètent pas les incertitudes liées à ses activités. »
— Bertrand Puiffe, gérant actions chez Fidelity International
Contexte : SpaceX, un acteur dominant mais controversé
Fondée en 2002 par Elon Musk, SpaceX s’est imposée comme un leader mondial dans le domaine des lanceurs spatiaux réutilisables et des satellites. L’entreprise a récemment obtenu des contrats majeurs avec la NASA pour le transport d’astronautes vers la Station Spatiale Internationale (ISS) et développe activement le projet Starship, destiné à des missions habitées vers la Lune et Mars. Pourtant, malgré ces avancées technologiques, les critiques sur sa gouvernance et sa rentabilité persistent.
En 2025, SpaceX a levé des fonds à des valorisations dépassant les 150 milliards de dollars, selon plusieurs sources spécialisées. Cependant, les doutes sur la capacité de l’entreprise à générer des profits durables se sont intensifiés, notamment après des retards répétés dans le développement de Starship et des interrogations sur la viabilité économique de Starlink, sa filiale dédiée à l’internet par satellite.
Dans ce contexte, Bertrand Puiffe a rappelé que les investisseurs devraient privilégier des entreprises spatiales affichant des modèles économiques plus matures, comme ceux des acteurs européens ou japonais, dont les valorisations semblent mieux alignées avec les réalités industrielles. « La prudence reste de mise dans un secteur où l’innovation ne rime pas toujours avec rentabilité », a-t-il conclu.
Réactions et débats dans l’écosystème financier
L’intervention de Bertrand Puiffe a suscité des réactions dans le milieu de la gestion d’actifs. Certains analystes estiment que ses critiques reflètent une tendance plus large à la réévaluation des valorisations des entreprises technologiques, après plusieurs années de hausse ininterrompue. D’autres, en revanche, considèrent que SpaceX reste un symbole de l’innovation américaine, justifiant des multiples élevés.
Interrogé sur cette divergence de vues, Adrien Dumas a tempéré les attentes : « Il ne s’agit pas de nier les avancées technologiques de SpaceX, mais de rappeler que le marché boursier récompense avant tout la prévisibilité des revenus. Or, dans le cas de SpaceX, celle-ci reste très incertaine. »
Pour rappel, l’émission « BFM Bourse » est diffusée chaque jour de la semaine sur BFM Business, offrant aux investisseurs un décryptage des tendances du marché en temps réel.
SpaceX bénéficie d’une image forte, associée à l’innovation technologique et à la vision ambitieuse d’Elon Musk. De plus, ses contrats avec la NASA et le Pentagone offrent une certaine visibilité à court terme. Cependant, ces revenus publics ne garantissent pas une rentabilité pérenne, d’où les réserves exprimées par certains gérants comme Bertrand Puiffe.
Les risques incluent la dépendance aux financements publics, les retards technologiques (notamment pour Starship), la concurrence accrue dans le secteur spatial, et l’incertitude autour de la viabilité économique de Starlink. Certains analystes pointent également des interrogations sur la gouvernance de l’entreprise.