Un haut responsable iranien a révélé à Reuters les principaux éléments d’un projet de mémorandum d’entente avec Washington, incluant la levée des sanctions pétrolières, des limites sur le programme nucléaire iranien et la réouverture du détroit d’Ormuz. L’accord définitif, qui reste à valider par les deux parties, doit être discuté dans les soixante jours suivant sa signature, comme l’indique cette source proche des négociations, rapportée par Euronews FR.
Ce qu’il faut retenir
- Réouverture du détroit d’Ormuz : l’Iran s’engage à rouvrir immédiatement ce passage stratégique aux navires commerciaux, tandis que les États-Unis lèvent leur blocus naval sur les ports iraniens en trente jours.
- Sanctions pétrolières : Washington suspendra temporairement les sanctions sur les exportations de pétrole iranien, permettant à Téhéran de vendre son brut et de percevoir les revenus correspondants.
- Dégel des avoirs iraniens : 25 milliards de dollars d’actifs gelés seront libérés, notamment via des transferts directs et des lignes de crédit, en coordination avec les alliés régionaux.
- Programme nucléaire : l’Iran s’engage à ne pas produire ni acquérir d’armes nucléaires, en maintenant le statu quo sur l’enrichissement d’uranium en attendant un accord final.
- Suspension des nouvelles sanctions : les États-Unis s’engagent à ne pas imposer de nouvelles mesures coercitives pendant les négociations.
- Accord possible dans les 24 heures : le président américain Donald Trump et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif ont évoqué une signature dès dimanche, sous réserve de l’accord de Téhéran.
Un accord global en six volets
Le projet de mémorandum, tel que détaillé par ce responsable iranien, couvre six grands axes, chacun assorti de mesures précises. Côté maritime, l’Iran s’engage à rouvrir immédiatement le détroit d’Ormuz à la navigation commerciale, un corridor vital pour le transit du pétrole et du gaz. En contrepartie, les États-Unis lèveront leur blocus naval sur les ports iraniens, un processus devant s’achever sous trente jours. Cette réouverture immédiate est présentée comme un symbole de désescalade dans une région marquée par des tensions récurrentes.
Sur le plan financier, le texte prévoit la suspension des sanctions pétrolières américaines, permettant à l’Iran de vendre son pétrole et de percevoir les revenus générés. Cette mesure, temporaire, serait assortie d’un déblocage de 25 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés, via des transferts directs, une coopération régionale et des lignes de crédit. Par ailleurs, Washington s’engage à ne pas imposer de nouvelles sanctions pendant les négociations, et à lever l’intégralité des mesures coercitives américaines et onusiennes après la conclusion d’un accord définitif, selon un calendrier à négocier.
Le nucléaire iranien au cœur des négociations
Sur le volet nucléaire, l’Iran s’engage à ne pas produire ni acquérir d’armes nucléaires, tout en maintenant le statu quo actuel sur son programme d’enrichissement d’uranium. Cette position vise à rassurer les États-Unis et leurs alliés, alors que le dossier nucléaire iranien a été au cœur de décennies de tensions diplomatiques. Dans le cadre d’un futur accord global, Téhéran accepte de diluer, sur son territoire, son stock d’uranium hautement enrichi. Les modalités de gestion de ce stock, ainsi que les activités d’enrichissement, feront l’objet de négociations dans les soixante jours suivant la signature du mémorandum, avant d’être formalisées dans un texte définitif.
Enfin, le projet d’accord inclut un engagement à mettre fin à toutes les opérations militaires contre l’Iran et le Liban, ainsi qu’à prévenir toute nouvelle action armée. Cette clause, rapportée par les médias d’État iraniens, s’inscrit dans une logique de désescalade militaire dans une région instable. Parallèlement, une partie des avoirs iraniens gelés serait libérée dès le début de la mise en œuvre de l’accord, parallèlement à la suspension de certaines restrictions économiques.
Une signature imminente sous médiation pakistanaise et qatarie
Les déclarations officielles laissent entrevoir une conclusion rapide des négociations. Le président américain Donald Trump a annoncé sur Truth Social samedi que « la signature de l’accord est prévue pour demain » — soit dimanche 15 juin 2026 — et que « immédiatement après, le détroit d’Ormuz sera ouvert à tous ». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a abondé dans ce sens, estimant que l’accord était « plus proche que jamais », et précisant que le Pakistan se préparait à une signature électronique, suivie de discussions techniques la semaine suivante.
Une délégation qatarie, arrivée dimanche à Téhéran, doit « examiner les derniers développements liés au processus diplomatique », selon l’agence de presse Tasnim. Ce rôle actif du Qatar et du Pakistan, deux médiateurs régionaux clés, souligne l’importance stratégique de cet accord. Tout accord final reste cependant conditionné à l’approbation de Téhéran, notamment sur la réouverture complète du détroit d’Ormuz et la fin du programme iranien d’armes nucléaires.
« Un accord constituerait un rempart contre toute arme nucléaire. »
— Donald Trump, président des États-Unis
Contexte et enjeux d’un possible accord
Cet accord intervient dans un contexte de tensions prolongées entre Téhéran et Washington, marquées par des décennies de conflits diplomatiques et de sanctions économiques. La levée des sanctions pétrolières, si elle se concrétise, pourrait avoir un impact majeur sur le marché mondial de l’énergie, alors que la demande en pétrole iranien reste forte. Par ailleurs, la réouverture du détroit d’Ormuz, passage obligé pour environ un tiers du trafic maritime pétrolier mondial, est un signal fort de détente dans une région sous haute surveillance.
Sur le plan géopolitique, cet accord pourrait redessiner les alliances au Moyen-Orient. L’implication du Pakistan et du Qatar en tant que médiateurs suggère une volonté de stabilisation régionale, alors que l’Arabie saoudite et Israël, traditionnellement opposés à l’Iran, pourraient voir d’un mauvais œil une détente trop rapide. Enfin, la question nucléaire iranienne, au cœur des négociations, reste un sujet de préoccupation majeure pour la communauté internationale, alors que le programme nucléaire de Téhéran a souvent été au bord de l’escalade militaire.
Reste à savoir si les soixante jours de négociations techniques suffiront à lever les derniers obstacles. Les prochaines échéances seront cruciales : la suspension des sanctions pétrolières, la libération partielle des avoirs iraniens et les discussions sur le programme nucléaire devront être menées de front, dans un climat de confiance encore fragile.
Pour l’heure, les deux capitales, Washington et Téhéran, affichent une volonté de conclure rapidement. Mais l’histoire récente montre que les accords de paix dans la région sont souvent suivis de rebondissements, rappelle un diplomate cité par Reuters. La balle est désormais dans le camp des négociateurs.
Les principaux bénéficiaires seront les pays importateurs de pétrole iranien, comme la Chine, l’Inde, la Syrie ou la Turquie, qui pourront reprendre leurs achats sans crainte de sanctions américaines. Les revenus générés permettront également à l’Iran de financer des importations essentielles et des projets de reconstruction.
Le Qatar et le Pakistan agissent en tant que médiateurs régionaux, facilitant les échanges entre Téhéran et Washington. Leur rôle est crucial pour rassurer les deux parties et trouver des compromis acceptables, notamment sur les questions de sécurité et de stabilité régionale.