Le chef du Parti démocratique slovène (SDS), Janez Jansa, a annoncé lundi 19 mai 2026 avoir finalisé un accord de coalition pour former le nouveau gouvernement de Slovénie, deux mois après les élections législatives du 22 mars. Selon Le Figaro, cet accord marque un possible virage illibéral pour ce pays membre de l’Union européenne, alors que Jansa, 67 ans, s’apprête à effectuer un troisième mandat à la tête du gouvernement.
Ce qu'il faut retenir
- Janez Jansa, leader du SDS, a conclu un accord de coalition avec deux partis de centre-droit : le Nova Slovenija (NSi) et les Démocrates d’Anže Logar, ainsi qu’avec le soutien des cinq députés du parti antisystème Resnica.
- Cet attelage politique lui permet de disposer d’une majorité de 43 sièges sur 90 au Parlement slovène.
- Jansa, proche de Viktor Orbán en Hongrie et admirateur de Donald Trump, prône un retour aux « valeurs slovènes » et une réduction des financements publics pour certaines ONG jugées trop politiques.
- Son programme inclut des baisses d’impôts, une décentralisation des services publics et une critique des dépenses du gouvernement sortant dirigé par Robert Golob.
Un accord fragile pour un gouvernement controversé
Janez Jansa a obtenu l’investiture grâce à une alliance avec trois formations politiques distinctes : le Nova Slovenija, un parti démocrate-chrétien, les Démocrates d’Anže Logar, ainsi que le parti antisystème Resnica. Ce dernier, entré au Parlement en mars 2026, a fait part de son intention de rester dans l’opposition tout en soutenant la candidature de Jansa, selon les termes d’un accord qui lui garantit notamment la présidence du Parlement. Zoran Stevanović, leader de Resnica, a déclaré que son parti « soutiendrait la candidature de M. Jansa au poste de premier ministre » tout en promettant de « surveiller de près » les actions du futur gouvernement.
Cependant, plusieurs observateurs politiques, dont l’analyste Aljaž Bitenc Pengov, estiment que cette coalition pourrait s’avérer instable à moyen terme. « Cet attelage dépend fortement de Resnica et du niveau de satisfaction des Démocrates », a-t-il souligné auprès de l’AFP. « Jansa devra également freiner l’agitation pro-russe de Resnica », a-t-il ajouté, alors que ce parti est connu pour ses positions ambiguës vis-à-vis de Moscou.
Un programme politique marqué par le conservatisme et la critique des institutions
Janez Jansa a déjà exercé le mandat de Premier ministre à trois reprises, de 2004 à 2008, 2012 à 2013 et 2020 à 2022. Son retour au pouvoir s’accompagne d’un discours marqué par le conservatisme et une remise en cause des institutions libérales. Il a notamment promis de « fermer le robinet » des subventions publiques aux ONG qu’il juge trop engagées politiquement, et de défendre les « valeurs traditionnelles » de la famille slovène. « Nous garantirons un État moins coûteux mais de meilleure qualité », a-t-il affirmé lors d’une récente intervention médiatique, critiquant à plusieurs reprises la gestion des finances publiques par le gouvernement sortant de Robert Golob.
Son opposition à la reconnaissance de l’État de Palestine en 2024, une décision prise par l’exécutif libéral, figure également parmi les points clés de son programme. Par ailleurs, il a proposé des baisses d’impôts et une décentralisation accrue des services administratifs, une mesure présentée comme un moyen de réduire les dépenses tout en améliorant l’efficacité de l’État.
Des élections législatives marquées par l’ingérence et les accusations de corruption
Le 22 mars 2026, les élections législatives ont vu la défaite du Mouvement pour la liberté (GS) de Robert Golob, alors Premier ministre sortant. Malgré une victoire revendiquée, Golob n’a pas réussi à former une coalition viable, conduisant à l’ouverture de négociations entre les partis de droite. Le parti de Jansa, le SDS, était arrivé en deuxième position derrière le GS, mais a su tirer parti des divisions politiques pour s’allier avec des formations plus petites.
La campagne électorale a été entachée d’accusations d’ingérence étrangère. Les autorités slovènes ont ouvert une enquête pour déterminer si la société israélienne Black Cube avait joué un rôle dans la diffusion d’enregistrements compromettants impliquant des responsables gouvernementaux. Peter Jansa, frère du Premier ministre élu, a reconnu avoir rencontré un responsable de Black Cube, tout en niant toute implication dans la diffusion de ces documents, qui suggéraient des faits de corruption au sein du gouvernement Golob.
Une opposition unie dans la critique de la nouvelle coalition
Le parti de Robert Golob n’a pas tardé à réagir à l’annonce de l’accord de coalition. Borut Sajovic, chef du groupe parlementaire du GS, a déclaré : « C’est un gouvernement pour lequel les électeurs n’ont pas voté. C’est le résultat de la tricherie, de promesses non tenues et de manipulations. » Ces propos reflètent l’amertume d’une partie de la classe politique slovène, qui dénonce un processus de formation gouvernemental opaque et éloigné des attentes citoyennes.
Le gouvernement de Janez Jansa s’inscrit dans une dynamique européenne plus large, marquée par la montée des partis nationalistes et conservateurs. Son élection intervient à peine quelques semaines après la victoire du pro-Trump Michał Nawrocki en Pologne, un résultat perçu comme un « coup de semonce » pour les institutions européennes par plusieurs observateurs.
Pour l’heure, les prochaines étapes incluent la présentation du programme gouvernemental devant le Parlement, ainsi que la nomination des ministres clés. Les partenaires de coalition devront également clarifier leurs positions sur des sujets sensibles, comme la politique étrangère – notamment vis-à-vis de l’Ukraine et de la Russie – ou encore la gestion des fonds européens, qui pourraient être réorientés en fonction des priorités nationales définies par Jansa.
Janez Jansa a annoncé son intention de mettre en place des baisses d’impôts pour stimuler l’économie, ainsi qu’une décentralisation des services publics afin de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité de l’État. Il critique par ailleurs la gestion budgétaire du gouvernement sortant et promet un « État moins coûteux mais de meilleure qualité ».
L’alliance repose sur des partis aux orientations politiques divergentes, notamment le parti antisystème Resnica, qui a refusé de rejoindre la coalition tout en soutenant Jansa. Selon l’analyste Aljaž Bitenc Pengov, cette configuration « dépend du degré de satisfaction des Démocrates » et pourrait se fissurer rapidement si les attentes de chacun ne sont pas satisfaites.