Cinq collégiens et trois étudiants kurdes ont été invités, le 14 juillet 2026, à la Chambre des conseillers du Japon pour plaider leur cause face à la politique migratoire nippone. Installés sur une estrade de la salle de conférences de cette institution prestigieuse, ils ont tenté, lors d’un oral exceptionnel, d’obtenir le maintien de leurs parents sur le sol japonais. Cette audience s’inscrit dans le cadre de l’opération « Zéro illégaux », lancée par les autorités pour expulser l’intégralité des étrangers en situation irrégulière, une mesure qui touche particulièrement les familles kurdes installées au Japon depuis parfois plusieurs décennies.
Ce qu'il faut retenir
- Huit jeunes Kurdes, âgés de 12 à 20 ans, ont été auditionnés à la Chambre des conseillers du Japon le 14 juillet 2026.
- L’audience s’inscrit dans le cadre de l’opération « Zéro illégaux », visant à expulser tous les étrangers en situation irrégulière.
- Les parents de ces jeunes, installés au Japon depuis des années, risquent désormais la déportation.
- Les témoignages recueillis révèlent un climat de peur et d’incertitude parmi les familles concernées.
Une audience symbolique sous haute tension
Assis en rang d’oignons sur l’estrade de la salle de conférences de la Chambre des conseillers, ces huit jeunes Kurdes, vêtus de manière soignée, ont tenté de faire entendre leur voix dans une enceinte où la majorité des auditions concernent des sujets bien différents. Leur présence même est un symbole : celui d’une jeunesse prise en étau entre deux cultures, l’une vécue au quotidien, l’autre subie par leurs parents. Selon nos confrères du Figaro, aucun autre jeune Japonais de leur âge n’aura à subir ce type d’épreuve administrative, qui pourrait décider du sort de leur famille.
L’opération « Zéro illégaux », officiellement lancée pour renforcer la souveraineté migratoire du pays, a déjà entraîné des centaines d’arrestations et de reconduites à la frontière depuis son lancement. Les Kurdes, communauté discrète mais bien implantée au Japon, sont particulièrement touchés par cette politique. Certains de ces jeunes sont nés au Japon, y ont grandi et y ont construit leur vie, sans toujours maîtriser la langue ou les traditions de leurs parents.
Des témoignages qui illustrent l’absurdité perçue
Les déclarations recueillies lors de cette audition dessinent un tableau à la fois poignant et révélateur des contradictions de cette politique. « Mon père a été détenu pendant des mois, et, depuis, se morfond dans la peur », a confié un écolier kurde sous couvert d’anonymat. Son récit reflète l’angoisse d’une famille suspendue à une décision administrative qui pourrait les séparer du pays où ils ont bâti leur existence.
Un autre jeune a souligné l’absurdité de la situation en comparant deux histoires nationales souvent opposées : « Je connais l’histoire du Japon, pas celle de la Turquie. Et pourtant, je suis censé partir y vivre ? » Cette réflexion met en lumière le déracinement forcé que subissent ces familles, obligées de retourner dans un pays dont elles ne maîtrisent ni la langue ni les codes sociaux. Enfin, une troisième adolescente, née au Japon, a résumé l’injustice ressentie : « Je pense, j’étudie et je rêve en japonais. Et pourtant, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer à vivre dans ce pays. »
« Je pense, j’étudie et je rêve en japonais. Et pourtant, je ne suis pas sûre de pouvoir continuer à vivre dans ce pays. »
— Une adolescente kurde née au Japon
Un contexte migratoire japonais sous surveillance
Le Japon, souvent cité pour sa politique migratoire restrictive, compte moins de 3 % d’étrangers sur son sol, contre près de 10 % en France ou en Allemagne. Pourtant, depuis quelques années, le gouvernement nippon durcit progressivement sa position, notamment sous la pression d’une opinion publique globalement réticente à l’immigration. L’opération « Zéro illégaux », officiellement justifiée par la lutte contre l’immigration clandestine, s’accompagne d’une multiplication des contrôles et des expulsions. D’après le ministère japonais de la Justice, plus de 5 000 reconduites à la frontière ont été enregistrées en 2025, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2024.
Pour les Kurdes, dont certains sont installés au Japon depuis les années 1980 et 1990, cette politique représente un retournement brutal. Beaucoup ont fui des persécutions en Turquie ou en Iran, trouvant au Japon une stabilité économique et sociale. Aujourd’hui, ces familles se retrouvent confrontées à un choix impossible : quitter le pays qui les a accueillies ou risquer une expulsion vers des régions où elles n’ont plus de repères.
Cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où un État peut-il aller dans la défense de sa souveraineté migratoire sans tomber dans l’arbitraire ? Les prochains mois diront si le Japon parviendra à concilier fermeté sécuritaire et respect des droits fondamentaux.
L’opération « Zéro illégaux » est une politique migratoire lancée par le gouvernement japonais en 2025 pour expulser l’intégralité des étrangers en situation irrégulière résidant sur le sol nippon. Elle s’accompagne d’une intensification des contrôles policiers, des arrestations ciblées et des reconduites à la frontière.
La communauté kurde au Japon est estimée à environ 2 000 personnes, principalement installées depuis les années 1980 et 1990. Originaires de Turquie, d’Iran ou d’Irak, elles ont souvent fui des persécutions avant de s’établir durablement dans l’archipel.