À 64 ans, Jean-François Charpentier dirige aujourd’hui Biolabo, une PME familiale spécialisée dans les réactifs médicaux, dont le chiffre d’affaires devrait atteindre 10 millions d’euros en 2026, avec 98% de ses ventes réalisées à l’international. Selon Capital, cette success story repose sur un parcours atypique : quitter le lycée, claquer la porte du domicile familial avant de revenir, puis redresser l’entreprise grâce à une stratégie d’export audacieuse, ciblant des marchés émergents et des zones de conflit délaissées par la concurrence.
Ce qu'il faut retenir
- En 2026, Biolabo, fondée en 1979 dans l’Aisne, devrait réaliser un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros, dont 98% à l’export.
- Jean-François Charpentier, 64 ans, a transformé cette PME familiale en un acteur mondial des réactifs médicaux pour doser le cholestérol, les triglycérides ou l’urée.
- Il détient 80% du capital et emploie 60 collaborateurs dans plus de 80 pays.
- Son parcours a commencé par un départ précipité : quitter le lycée en première, puis le foyer familial en 1983 pour s’installer au Maroc avec sa compagne.
- Après un retour difficile, il a sauvé Biolabo en se tournant vers les marchés émergents et zones de conflit dès la fin des années 1980.
Un héritier qui trace sa propre voie
Jean-François Charpentier n’a jamais été un élève modèle. Comme il l’a confié à Capital, il a « quitté le lycée en première, ça ne matchait pas ». Son parcours, marqué par l’autodidaxie, tranche avec les codes traditionnels de transmission familiale. Fils de Pierre Charpentier, fondateur de Biolabo en 1979 dans l’Aisne, il aurait pu se contenter de reprendre l’entreprise sans histoire. Pourtant, c’est en s’éloignant qu’il a trouvé la clé du redressement.
En 1983, à 21 ans, il part pour Rabat, au Maroc, avec sa compagne ivoirienne. Cette expérience, loin d’être un simple exil, devient un tournant. « C’est là que j’ai compris le rôle essentiel de la famille », déclare-t-il. Un an plus tard, il revient chez lui, mais la porte de l’entreprise ne lui est pas grande ouverte. Son père l’embauche comme simple stagiaire, le plaçant même devant une photocopieuse pour imprimer les catalogues de réactifs médicaux. Les débuts sont humbles, voire décourageants : lors de son premier rendez-vous commercial, il avoue ne rien connaître au produit qu’il vend. Une directrice de laboratoire, touchée par sa franchise, accepte de le former chaque midi pendant deux ans.
De la photocopieuse à la direction d’un groupe mondial
Le jeune homme se forme alors en autodidacte, passant ses fins d’après-midi à la bibliothèque de Beaubourg à Paris pour étudier la finance et le commerce. Son objectif est clair : sauver Biolabo. En analysant les comptes, il alerte ses parents sur la situation précaire de l’entreprise. Rapidement, il identifie la solution : l’export. Alors que la concurrence se concentre sur les marchés occidentaux, il se tourne vers des zones négligées – Maghreb, Europe de l’Est, Irak, Syrie, Jordanie – où la demande en réactifs médicaux reste forte malgré les tensions géopolitiques.
Cette stratégie porte ses fruits. Biolabo se développe à l’international, évitant la faillite et devenant un acteur incontournable. Aujourd’hui, Jean-François Charpentier détient 80% du capital et dirige un groupe présent dans plus de 80 pays. Son visage, tanné par le soleil, témoigne de ses nombreux voyages pour nouer des partenariats. Autant dire que le pari de l’export a été gagné.
Un héritage familial en question
Si Jean-François Charpentier a redoré le blason de Biolabo, il affiche une position tranchée sur l’avenir de l’entreprise : « Je n’incite pas mes enfants à reprendre le flambeau ». Une réponse radicale, cohérente avec son parcours, où la liberté et l’audace ont primé sur les traditions. Cette position interroge : qui succédera à cet entrepreneur atypique ? La question reste ouverte, d’autant que Biolabo continue de grandir, avec des projets d’expansion en Afrique et en Asie.
Pour l’heure, l’entreprise emploie 60 collaborateurs et mise sur l’innovation pour rester compétitive. Les réactifs développés par Biolabo, utilisés pour mesurer le cholestérol, les triglycérides ou l’urée, répondent à des besoins médicaux mondiaux. Le groupe mise également sur la diversification, avec des produits adaptés aux marchés locaux dans les pays où il est implanté.
Quant à Jean-François Charpentier, il continue de sillonner le globe, toujours aussi actif à 64 ans. Son histoire rappelle que les parcours professionnels ne sont pas toujours linéaires, et que parfois, quitter la voie tracée peut mener à des succès inattendus. La question de la succession, elle, est loin d’être résolue.
Selon Capital, Biolabo réalise 98% de son chiffre d’affaires à l’international, avec une forte présence en Afrique, au Maghreb, en Europe de l’Est, ainsi que dans des zones de conflit comme l’Irak ou la Syrie. L’entreprise cible principalement les marchés émergents où la demande en réactifs médicaux reste forte.
Il justifie cette position par son parcours atypique et son attachement à la liberté. « Je n’incite pas mes enfants à reprendre le flambeau », a-t-il déclaré à Capital, soulignant qu’il préfère voir les nouvelles générations tracer leur propre voie plutôt que de perpétuer une tradition familiale.