Le groupe KNDS, spécialiste européen de l’armement terrestre, a lancé un nouveau programme de char de transition baptisé Capint, alors que les discussions avec l’Allemagne sur les garanties industrielles et financières restent au cœur des négociations. Selon BFM Business, cette initiative s’inscrit dans un contexte de coopération renforcée entre Paris et Berlin pour moderniser les capacités militaires de l’Europe.

KNDS, co-entreprise franco-allemande née de la fusion entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann, mise sur ce projet pour consolider sa position face à la concurrence internationale et répondre aux besoins urgents de l’Ukraine. Pourtant, les incertitudes persistent quant aux engagements des deux pays, notamment sur le financement et la répartition des responsabilités industrielles.

Ce qu'il faut retenir

  • Capint, un char de transition développé par KNDS, vise à combler un vide capacitaire avant l’arrivée de futurs blindés européens.
  • Le programme soulève des questions sur les garanties industrielles et financières apportées par la France et l’Allemagne.
  • KNDS, filiale de l’allemand Rheinmetall et du français Nexter, mise sur ce projet pour renforcer sa compétitivité face aux constructeurs américains et russes.
  • L’Ukraine, en guerre depuis 2022, reste un argument central pour justifier l’accélération de ces investissements.
  • Les discussions entre Paris et Berlin sur la répartition des coûts et des technologies pourraient prendre plusieurs mois.

Un char de transition pour anticiper les besoins futurs

Avec Capint, KNDS propose un véhicule blindé hybride, combinant des éléments des chars existants comme le Leclerc français ou le Leopard 2 allemand. Ce modèle intermédiaire permettrait de maintenir une capacité opérationnelle en attendant le développement du Main Ground Combat System (MGCS), le futur char européen dont la livraison est prévue à l’horizon 2035. « Capint est conçu pour répondre à un besoin immédiat, tout en préparant l’avenir », a expliqué un porte-parole de KNDS à BFM Business.

Ce projet s’ajoute à une série d’annonces récentes en matière de défense, alors que l’Europe cherche à réduire sa dépendance aux importations d’armement, notamment après la guerre en Ukraine. Les tensions géopolitiques, notamment autour du détroit d’Ormuz où le trafic maritime reste menacé, renforcent la nécessité pour l’UE de disposer de ses propres moyens militaires.

Les garanties industrielles, pierre angulaire des négociations

L’un des enjeux majeurs pour KNDS réside dans la répartition des responsabilités entre la France et l’Allemagne. Berlin insiste pour que les commandes futures bénéficient davantage aux industriels allemands, tandis que Paris souhaite préserver l’équilibre issu de la fusion Nexter-KMW. « Les garanties doivent être claires : qui produit quoi, et à quel coût ? », a souligné un expert de la défense cité par BFM Business.

Les deux pays devront également trancher sur le financement du programme. Si l’Allemagne a déjà alloué des budgets importants à ses forces armées, la France, dont la dette publique reste élevée, pourrait rencontrer des difficultés à suivre le rythme. Un accord-cadre est attendu d’ici la fin de l’année, mais les discussions traînent en longueur.

L’Ukraine, un argument commercial et stratégique

L’urgence de renforcer les capacités militaires européennes a été mise en avant lors du sommet du G7 à Évian, où la sécurisation des routes maritimes, dont celle d’Ormuz, a été abordée. L’Ukraine, en guerre depuis plus de deux ans, reste un client prioritaire pour KNDS, qui a déjà livré du matériel français comme des canons Caesar. « L’aide à l’Ukraine est une priorité, mais elle ne doit pas se faire au détriment de nos propres capacités », a rappelé un haut responsable du ministère des Armées français.

Le groupe mise aussi sur des contrats avec d’autres pays européens, comme la Pologne ou les pays baltes, pour écouler ses productions. Safran et MBDA, partenaires de KNDS, ont d’ailleurs récemment signé un contrat de plusieurs centaines de millions d’euros pour la fourniture de missiles, une bonne nouvelle pour l’industrie française de l’armement.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour KNDS. Un accord politique entre Paris et Berlin est attendu avant la fin de l’été, sous peine de retarder le lancement de Capint. Par ailleurs, la livraison des premiers exemplaires pourrait intervenir dès 2027, si les financements sont sécurisés. Pour autant, la question de la compétitivité face aux géants américains comme General Dynamics ou aux russes reste entière.

D’ici là, KNDS devra aussi convaincre ses partenaires européens de l’intérêt de ses solutions, alors que le débat sur l’autonomie stratégique de l’UE s’intensifie.

Dans ce contexte, les yeux seront tournés vers les prochaines annonces du ministère français des Armées, attendu pour définir ses priorités budgétaires dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2024-2030. Autant dire que la balle est désormais dans le camp des dirigeants politiques.

Les divergences portent principalement sur la répartition des commandes industrielles et des investissements. L’Allemagne souhaite une part plus importante pour ses entreprises, tandis que la France cherche à préserver l’équilibre issu de la fusion Nexter-KMW. Les discussions traînent en longueur en raison de ces enjeux de souveraineté industrielle.