La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu, le 17 juin 2026, un arrêt confirmant la légitimité d’un avertissement adressé à la chaîne d’information CNews par le régulateur français de l’audiovisuel, l’Arcom. Selon Le Monde, cette décision porte sur des déclarations faites en 2021 par l’infectiologue Christian Perronne, lors d’une intervention à l’antenne, au sujet de l’évolution de l’épidémie de Covid-19 en France.
Ce qu'il faut retenir
- En 2021, Christian Perronne affirme à l’antenne de CNews : « Il n’y a pas de cinquième vague (…), l’épidémie est quasiment terminée en France. »
- L’Arcom reproche à CNews un manque d’honnêteté et de rigueur dans le traitement de l’information sur la pandémie.
- La CEDH valide, dans son arrêt du 17 juin 2026, l’avertissement prononcé par l’Arcom contre la chaîne.
- Christian Perronne, connu pour ses positions controversées sur la gestion de la crise sanitaire, a fait l’objet de critiques récurrentes pour ses prises de parole médiatiques.
Une intervention controversée et ses conséquences réglementaires
Le 12 octobre 2021, lors d’un passage sur le plateau de CNews, l’infectiologue Christian Perronne avait estimé que l’épidémie de Covid-19 en France était « quasi terminée » et qu’il n’y aurait « pas de cinquième vague ». Ces propos, tenus à un moment où le pays faisait face à une recrudescence des contaminations, avaient suscité une vive polémique. Plusieurs voix, dont celle de l’Arcom, avaient alors dénoncé un manque de « rigueur » et d’« honnêteté » dans la diffusion de cette information.
Le régulateur français avait décidé, en janvier 2022, d’adresser un avertissement formel à CNews pour ces déclarations. L’Arcom avait justifié sa décision en invoquant le respect des obligations de diversité des points de vue et de vérification des faits imposées aux chaînes d’information en continu. Une procédure qui, selon le gendarme de l’audiovisuel, visait à garantir la qualité et la fiabilité de l’information diffusée au public.
La CEDH valide la position de l’Arcom, une première pour une chaîne française
Dans son arrêt rendu public hier, la CEDH a donné raison à l’Arcom, considérant que l’avertissement adressé à CNews était proportionné et justifié. La Cour a estimé que les propos tenus par Christian Perronne, bien que relevant de la liberté d’expression, avaient pu induire en erreur le public sur l’état réel de l’épidémie. Selon les juges européens, le régulateur français avait agi dans le cadre de ses missions de protection du débat démocratique et de l’intérêt général.
Cette décision marque une étape importante dans la jurisprudence européenne concernant le rôle des régulateurs nationaux face à la désinformation. Elle confirme également la légitimité de l’Arcom à sanctionner les manquements des médias dans la diffusion d’informations erronées ou trompeuses, surtout en période de crise sanitaire. Jusqu’à présent, les chaînes françaises avaient rarement été sanctionnées pour des manquements similaires, et cette décision pourrait servir de précédent pour les affaires à venir.
Un dossier symptomatique des tensions autour de l’information sur le Covid-19
L’affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les autorités sanitaires, les scientifiques et certains médias durant la pandémie. Christian Perronne, connu pour ses positions critiques envers la gestion de la crise par les autorités, avait régulièrement été invité sur les plateaux télévisés pour exprimer ses vues. Ses déclarations, souvent relayées par des chaînes comme CNews, avaient contribué à alimenter la confusion dans l’opinion publique.
L’Arcom avait déjà pointé du doigt, à plusieurs reprises, le traitement médiatique de la pandémie par certaines chaînes. En avril 2021, elle avait ainsi mis en demeure CNews pour la diffusion de propos jugés minimisateurs sur la gravité du Covid-19. L’arrêt de la CEDH vient donc renforcer la position du régulateur français, qui avait déjà été critiqué par une partie de la classe politique et médiatique pour son interventionnisme supposé.
Dans l’immédiat, la chaîne n’a pas réagi publiquement à l’arrêt de la CEDH. Quant à Christian Perronne, il a maintenu ses positions sur la gestion de la pandémie, tout en continuant à s’exprimer régulièrement dans les médias. La décision de la Cour européenne pourrait, en revanche, inciter d’autres régulateurs européens à adopter une approche plus ferme face aux dérives informationnelles.
Selon le code de l’audiovisuel, un avertissement de l’Arcom peut être suivi, en cas de récidive, de sanctions plus lourdes comme une amende pouvant aller jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires annuel de la chaîne, voire une suspension temporaire de la diffusion. L’Arcom peut également imposer des mesures correctives, comme la diffusion de rectificatifs ou de mises au point.