D’après Reporterre, la France a accordé des dérogations pour l’utilisation de trois pesticides non autorisés dans l’Union européenne : le Movento, le Verseon et l’Avanza. Ces autorisations temporaires, révélées le 7 mai 2026, s’inscrivent dans un cadre réglementaire européen strict, mais sont accordées par le ministère de l’Agriculture en cas de « circonstances exceptionnelles » menaçant la production végétale.
Ce qu'il faut retenir
- La France a accordé des dérogations pour trois pesticides (Movento, Verseon, Avanza) non autorisés dans l’UE.
- Ces dérogations, valables 120 jours maximum, sont justifiées par des « circonstances exceptionnelles » selon la réglementation européenne.
- La filière betteravière serait particulièrement concernée par ces autorisations temporaires.
- La réglementation européenne encadre strictement ces dérogations pour limiter les risques sanitaires et environnementaux.
Un cadre européen strict, mais des exceptions nationales
L’Union européenne interdit l’utilisation de ces trois substances chimiques dans ses États membres, en raison de risques avérés pour la santé ou l’environnement. Pourtant, le règlement (CE) n°1107/2009 prévoit une exception : en cas de « danger ou menace compromettant la production végétale », un État peut demander une dérogation temporaire. C’est précisément ce mécanisme que la France a mobilisé, selon les informations publiées par Reporterre le 7 mai 2026.
Ces dérogations, limitées à 120 jours, ne peuvent être renouvelées sans une nouvelle évaluation. Elles doivent être justifiées par des données scientifiques ou des rapports démontrant l’urgence de recourir à ces produits. Reste à savoir quelles preuves ont été présentées pour justifier l’usage du Movento, du Verseon et de l’Avanza dans le contexte français.
La filière betteravière en première ligne
D’après les informations rapportées par Reporterre, la filière betteravière serait la principale bénéficiaire de ces dérogations. Cette culture, particulièrement sensible aux parasites et aux maladies, pourrait faire face à une menace exceptionnelle justifiant le recours à ces pesticides interdits ailleurs en Europe. Les betteraviers français ont souvent alerté sur la pression exercée par certains insectes ravageurs, comme la punaise terne ou le puceron vert du pêcher, qui peuvent décimer les récoltes en quelques semaines.
Cependant, l’utilisation de ces substances chimiques soulève des questions sur leur impact à long terme. Les associations de protection de l’environnement, comme Générations Futures, dénoncent régulièrement les risques de contamination des sols et des nappes phréatiques, ainsi que les effets sur la biodiversité. Pour ces organisations, ces dérogations illustrent un contournement des règles européennes, au nom de l’urgence agricole.
Des dérogations encadrées, mais critiquées
Le processus d’octroi de ces dérogations est encadré par la Commission européenne, qui impose aux États de justifier leur demande par des « preuves suffisantes ». Pourtant, les critères d’évaluation restent flous et sujets à interprétation. «
Ces dérogations sont accordées au cas par cas, sans transparence suffisante sur les données utilisées», a souligné un porte-parole de Générations Futures, contacté par Reporterre.
Par ailleurs, ces autorisations temporaires s’ajoutent à une liste déjà longue de substances actives autorisées en France, mais interdites ailleurs en Europe. Selon un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) publié en 2025, la France fait partie des pays européens les plus permissifs en matière de pesticides, avec plus de 80 substances autorisées malgré des alertes sanitaires ou environnementales.
La question reste ouverte : ces dérogations sont-elles une solution ponctuelle pour sauver des récoltes, ou le symptôme d’un système agricole encore trop dépendant des produits chimiques ? Une chose est sûre : dans un contexte de transition écologique accélérée, chaque décision en matière de pesticides sera scrutée de près.
Les trois substances (Movento, Verseon, Avanza) sont interdites dans l’UE en raison de leur toxicité pour les organismes aquatiques, leur persistance dans les sols ou leurs effets sur la santé humaine, notamment leur potentiel cancérigène ou perturbateur endocrinien. Leur utilisation, même temporaire, peut contaminer les eaux souterraines ou affecter les pollinisateurs.