Les Pays-Bas ont sélectionné la torpille lourde F21 développée par Naval Group pour équiper leurs futurs sous-marins de classe Orka. Une décision stratégique qui marque un nouveau chapitre dans la coopération militaire franco-néerlandaise, selon Capital. Ce choix intervient après l’attribution, en mars 2024, d’un contrat estimé entre 2,5 et 6 milliards d’euros à Naval Group pour la construction de quatre sous-marins d’attaque conventionnels Black Sword Barracuda, destinés à la marine néerlandaise.

Ce qu'il faut retenir

  • La torpille F21 sera embarquée sur les sous-marins de classe Orka, construits par Naval Group à Cherbourg.
  • C’est la première fois qu’un pays membre de l’OTAN opte pour cette torpille française, et seulement le troisième client mondial après la France et le Brésil.
  • Ce contrat permet à Naval Group de devancer l’américaine Mk48, initialement prévue pour les sous-marins Orka.
  • La F21, longue de 7 mètres et capable de transporter 200 kg d’explosifs, intègre des technologies avancées comme l’intelligence artificielle.
  • Le montant du contrat n’a pas été dévoilé, mais il devrait également impliquer des acteurs français comme Thales pour la suite sonar des sous-marins.

Un partenariat militaire franco-néerlandais en pleine expansion

Les relations entre la France et les Pays-Bas dans le domaine de la défense n’ont cessé de se renforcer ces dernières années. En mars 2024, Naval Group remportait un appel d’offres majeur pour la construction de quatre sous-marins d’attaque conventionnels de classe Black Sword Barracuda. À l’époque, le groupe français avait battu la concurrence de l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) ainsi que du duo suédois Saab-Damen, rapporte Capital. Cette nouvelle commande concernant la torpille F21 confirme la confiance des Néerlandais dans les technologies françaises.

La marine néerlandaise avait d’ailleurs laissé entendre depuis plusieurs mois son intention d’acquérir une « torpille lourde de pointe », sans pour autant écarter la solution américaine. Le choix final s’est donc porté sur la F21, une arme de nouvelle génération déjà en service dans la marine française, où elle équipe notamment les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de classe « Suffren » et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de classe Le Triomphant. À l’export, le Brésil a également adopté cette torpille pour ses sous-marins de classe Scorpène, avec des livraisons débutant en janvier 2020.

La F21, une arme technologiquement avancée

D’une longueur de 7 mètres, la torpille F21, également appelée « Artémis », se distingue par ses performances opérationnelles. Elle peut embarquer jusqu’à 200 kg d’explosifs et dispose de capacités de réorientation en cours de mission. Grâce à l’intelligence artificielle, elle est capable d’analyser son environnement et de tenter une nouvelle attaque en cas d’échec initial, une fonctionnalité rare sur les torpilles classiques. Ces caractéristiques en font une arme redoutable pour les missions de lutte anti-sous-marine et anti-navire.

Ce contrat est d’autant plus significatif qu’il s’agit du premier engagement d’un pays membre de l’OTAN à adopter la F21. Jusqu’à présent, seuls la France et le Brésil l’utilisaient opérationnellement. Pour Naval Group, cette décision représente donc une reconnaissance internationale de ses capacités industrielles et technologiques dans le domaine des armements sous-marins.

Réactions officielles et enjeux stratégiques

Dans un communiqué officiel, Pierre-Eric Pommellet, président-directeur général de Naval Group, s’est dit « honoré par le choix de la torpille F21 comme l’une des armes de référence pour les sous-marins de classe Orka ». Il a souligné que ce nouveau contrat « marque une étape importante dans notre partenariat stratégique » avec les Pays-Bas. De son côté, le vice-amiral Jan Willem Hartman, commandant de l’agence gouvernementale néerlandaise COMMIT, a précisé que ce choix s’inscrivait dans une volonté de modernisation de la flotte sous-marine néerlandaise.

Bien que le montant exact du contrat n’ait pas été rendu public, plusieurs acteurs français devraient en bénéficier. Thales, par exemple, est pressenti pour équiper les nouveaux sous-marins de sa « suite sonar », un ensemble de systèmes de détection sous-marine. Ce partenariat illustre la synergie entre les industriels de la défense français dans le cadre d’un projet international.

« Ce choix marque une étape importante dans notre partenariat stratégique avec les Pays-Bas. »
— Pierre-Eric Pommellet, PDG de Naval Group

« Nous souhaitons disposer d’une torpille lourde de pointe, telle que la F21, pour équiper nos futurs sous-marins. »
— Vice-amiral Jan Willem Hartman, COMMIT (Pays-Bas)

Et maintenant ?

La livraison des torpilles F21 aux Pays-Bas devrait s’échelonner dans les années à venir, en parallèle de la construction des sous-marins Orka à Cherbourg. Ce calendrier dépendra des capacités industrielles de Naval Group et de ses partenaires, ainsi que des éventuelles commandes complémentaires. Reste à voir si d’autres pays européens ou alliés de l’OTAN suivront l’exemple néerlandais, alors que la demande en armements sous-marins modernes ne cesse de croître.

Cette décision pourrait également influencer les prochaines négociations entre Naval Group et d’autres marines étrangères, notamment en Europe et en Amérique latine. Pour les Pays-Bas, l’intégration de la F21 dans leur arsenal représente une avancée majeure en termes de dissuasion et de capacité opérationnelle sous-marine.

Les Néerlandais ont privilégié la F21 pour ses performances technologiques supérieures, notamment grâce à son système d’intelligence artificielle et sa capacité de réengagement en cours de mission. Selon Capital, cette décision reflète aussi une volonté de diversification des sources d’approvisionnement dans un contexte géopolitique tendu.

Outre la France et le Brésil, plusieurs pays européens et asiatiques ont manifesté leur intérêt pour la F21. Naval Group n’a pas communiqué de noms, mais des discussions exploratoires seraient en cours avec des marines souhaitant moderniser leur flotte sous-marine.