Des recherches récentes, publiées par Le Monde, mettent en lumière un phénomène peu connu mais déterminant dans le parcours des victimes de violences sexuelles : la polyvictimisation. Selon les travaux cités, cette notion désigne la succession de violences – harcèlement, maltraitance, agressions physiques – qui s’enchaînent et se renforcent mutuellement. Autant dire que cette accumulation de traumatismes augmente significativement le risque pour les victimes d’être confrontées à de nouvelles agressions. Une réalité qui interroge les mécanismes de prise en charge et de prévention.

Ce qu'il faut retenir

  • La polyvictimisation désigne l’enchaînement de violences (harcèlement, maltraitance, agressions physiques) qui se renforcent mutuellement.
  • Cette accumulation de traumatismes augmente le risque pour les victimes de subir de nouvelles agressions.
  • Les violences sexuelles s’inscrivent souvent dans un parcours marqué par plusieurs types de violences.
  • Ce phénomène remet en cause les approches traditionnelles de la prise en charge des victimes.

Une succession de violences aux effets cumulatifs

Selon Le Monde, les études sur la polyvictimisation révèlent que les victimes de violences sexuelles sont fréquemment exposées à d’autres formes de violences avant, pendant ou après ces agressions. Le harcèlement, qu’il soit moral, scolaire ou professionnel, précède souvent des maltraitances ou des violences physiques. Ces traumatismes s’accumulent, créant un terrain propice à de nouvelles agressions. Un cercle vicieux que les chercheurs qualifient de « renforcement mutuel ».

Ce phénomène n’est pas anecdotique. Il touche une part importante des victimes, dont le parcours est jalonné par des événements traumatiques successifs. Les données disponibles montrent que près de 60 % des victimes de violences sexuelles ont également subi d’autres formes de violences au cours de leur vie, selon des enquêtes menées en France et à l’international. Un chiffre qui souligne l’ampleur du problème.

Des conséquences psychologiques et sociales aggravées

La polyvictimisation ne se limite pas à une accumulation de violences. Elle entraîne des conséquences psychologiques et sociales bien plus lourdes que celles observées après une agression isolée. Les victimes présentent souvent des symptômes de stress post-traumatique (SSPT), des troubles anxieux ou dépressifs, ainsi que des difficultés à établir des relations de confiance. « Ces violences en cascade créent un état de vulnérabilité permanente », explique la psychologue Marie-France Hirigoyen, spécialiste des traumatismes. « La victime se retrouve dans un état d’hypervigilance, ce qui la rend plus exposée à de nouvelles agressions. »

Sur le plan social, la polyvictimisation peut aussi conduire à un isolement progressif. Les victimes, souvent stigmatisées ou incomprises, peinent à trouver un soutien adapté. Les structures d’aide, de leur côté, peinent à prendre en compte cette dimension cumulative, se concentrant davantage sur l’événement traumatique le plus récent.

Un défi pour les politiques publiques et les associations

Face à ce constat, les associations et les pouvoirs publics tentent d’adapter leurs réponses. Le gouvernement français a annoncé en 2025 un plan national de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, intégrant pour la première fois une réflexion sur la polyvictimisation. Parmi les mesures phares : la formation des professionnels (médecins, policiers, travailleurs sociaux) pour mieux identifier les signes de polyvictimisation et orienter les victimes vers des prises en charge globales.

Les associations, comme le Collectif féministe contre le viol (CFCV), soulignent cependant les limites de ces dispositifs. « On ne peut pas soigner une polyvictimisation avec des dispositifs cloisonnés », déclare sa porte-parole, Emmanuelle Piet. « Il faut des parcours de soins coordonnés, associant santé mentale, accompagnement juridique et social. » Une approche qui reste à généraliser.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient voir le jour dans les mois à venir. Une mission parlementaire, prévue pour l’automne 2026, devrait rendre ses conclusions sur la prise en charge des victimes de polyvictimisation. Ses recommandations pourraient influencer les prochains budgets alloués à la lutte contre les violences sexuelles. Par ailleurs, des associations demandent la création de centres spécialisés, inspirés des « trauma centers » américains, où les victimes pourraient bénéficier d’un accompagnement pluridisciplinaire. Reste à voir si ces propositions seront suivies d’effets concrets.

En attendant, les victimes continuent de se heurter à un système souvent inadapté. La prise de conscience est récente, mais elle ouvre la voie à des évolutions nécessaires. Comme le rappelle Le Monde, « comprendre la polyvictimisation, c’est déjà mieux protéger celles et ceux qui en sont victimes ».