BFM Business révèle que les milieux économiques suisses s’alarment d’une possible stagnation démographique sous la barre des 10 millions d’habitants. Ce scénario, envisagé dans les projections démographiques récentes, est qualifié de « catastrophe » par les acteurs du secteur privé, qui anticipent des conséquences majeures sur la croissance et la compétitivité du pays.
Ce qu'il faut retenir
- Seuil critique : La Suisse pourrait ne pas atteindre les 10 millions d’habitants d’ici 2035 selon les dernières projections démographiques.
- Alertes économiques : Les fédérations patronales et les syndicats dénoncent un risque pour l’économie, évoquant une « catastrophe » pour les entreprises.
- Dépendance à l’immigration : La croissance démographique helvétique repose en grande partie sur l’apport de travailleurs étrangers.
- Contexte politique : Ce débat intervient alors que le gouvernement suisse durcit ses politiques migratoires, limitant l’accès au marché du travail pour les ressortissants non-européens.
- Enjeux sectoriels : Les secteurs de la santé, de la construction et des services pourraient être les premiers touchés par un ralentissement démographique.
Une démographie sous tension
Les dernières projections de l’Office fédéral de la statistique (OFS) suisse, publiées en mai 2026, indiquent que la population helvétique pourrait plafonner autour de 9,8 millions d’habitants d’ici 2035 si les tendances actuelles se confirment. Selon BFM Business, cette stagnation serait principalement imputable à un solde migratoire en baisse et à un vieillissement accéléré de la population. « Nous assistons à un renversement de tendance », explique un économiste cité par la chaîne, « alors que la Suisse a toujours compté sur l’immigration pour compenser son faible taux de natalité ».
Côté politique, les autorités helvétiques ont récemment durci les règles d’accès au marché du travail pour les étrangers, notamment via la mise en place de quotas sectoriels. Une mesure qui, selon les observateurs, pourrait aggraver la pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs déjà en tension, comme la santé ou l’hôtellerie-restauration. « On joue avec le feu », déclare un représentant des milieux économiques suisses à BFM Business, « car sans immigration, notre modèle économique ne tient plus ».
L’immigration, bouée de sauvetage d’une économie en surchauffe
La Suisse, qui compte aujourd’hui près de 8,7 millions d’habitants, doit une grande partie de sa croissance démographique à l’afflux de travailleurs étrangers. Selon les données de l’OFS, les ressortissants non helvétiques représentent environ 25 % de la population active. Une proportion qui pourrait chuter si les restrictions actuelles se maintiennent. « Nous avons besoin de 50 000 à 70 000 travailleurs étrangers par an pour maintenir notre dynamisme économique », précise un responsable de l’Union patronale suisse, interrogé par BFM Business.
Le secteur de la construction, déjà confronté à des retards dans les grands projets d’infrastructure, serait particulièrement vulnérable. « Les carnets de commandes sont pleins, mais nous manquons de bras », confie un entrepreneur zurichois. Même son de cloche dans le domaine de la santé, où les pénuries de personnel soignant s’aggravent d’année en année. Les syndicats, eux, tirent la sonnette d’alarme : « Sans une politique migratoire plus souple, c’est toute l’économie qui risque l’asphyxie », alerte un représentant de l’Union syndicale suisse.
Un débat politique qui divise
Le gouvernement suisse, dirigé par le Conseil fédéral, justifie ses restrictions migratoires par la nécessité de « préserver la cohésion sociale » et de « limiter la pression sur les salaires ». Une position qui contraste avec les appels du patronat à assouplir les règles. « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », commente un conseiller fédéral sous couvert d’anonymat. « Nous devons trouver un équilibre entre compétitivité économique et acceptabilité politique. »
Cependant, certains cantons, comme Genève ou Zurich, font déjà état de difficultés à recruter dans des secteurs clés. « Nous manquons cruellement de personnel qualifié, notamment dans les métiers de la santé et des technologies », explique la ministre cantonale genevoise en charge de l’économie. Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer une refonte complète de la politique migratoire helvétique, avec une ouverture accrue aux travailleurs qualifiés et une simplification des procédures d’embauche.
En attendant, les milieux économiques surveillent de près les indicateurs démographiques, qui pourraient donner un premier aperçu de l’évolution de la population helvétique dès 2027. Une stagnation sous les 10 millions d’habitants signifierait, selon eux, le début d’une « décennie noire » pour l’économie suisse.
Les secteurs de la santé, de la construction et des services (hôtellerie-restauration, technologies) seraient les premiers impactés, en raison d’une pénurie de main-d’œuvre déjà visible. Les métiers du soin, en particulier, souffrent d’un vieillissement accéléré de leur effectif et d’un manque criant de personnel qualifié.