Selon RFI, l’armée malienne et ses alliés du groupe russe Africa Corps ont, pour la première fois, employé des bombes à sous-munitions dans le nord du Mali au cours des cinq derniers jours. Ces armes, qui se dispersent en centaines de projectiles plus petits après explosion, posent un risque majeur pour les populations civiles. Leur usage est pourtant prohibé depuis 2010 par le Traité d’Oslo, ratifié par Bamako.
Ce qu'il faut retenir
- L’armée malienne et l’Africa Corps ont utilisé des bombes à sous-munitions dans le nord du Mali à au moins deux reprises ces derniers jours.
- Ces armes libèrent des centaines de sous-munitions après explosion, rendant les zones contaminées dangereuses pour les civils.
- Le Traité d’Oslo de 2010 interdit formellement l’emploi de ces armes, que le Mali a pourtant ratifié.
- Cette utilisation marque une première pour les forces maliennes et leurs partenaires russes dans ce conflit.
Une arme prohibée et ses conséquences humanitaires
Les bombes à sous-munitions, larguées à partir d’avions ou de roquettes, explosent en vol pour disperser des centaines de sous-projectiles. Ces derniers, souvent non explosés à l’impact, restent actifs pendant des années, transformant les zones ciblées en pièges mortels pour les civils. Selon les conventions internationales, leur utilisation est assimilée à des crimes de guerre en raison de leur impact indiscriminé. Le Traité d’Oslo, entré en vigueur en 2010, compte aujourd’hui 112 États parties, dont le Mali, qui s’est engagé à ne plus les utiliser ni en stocker.
Malgré cette interdiction, des rapports d’ONG et d’organisations internationales confirment leur emploi récurrent dans plusieurs conflits, notamment en Ukraine, en Syrie ou au Yémen. Au Mali, où les groupes armés et les forces gouvernementales s’affrontent depuis plus d’une décennie, cette première utilisation officielle soulève des questions sur le respect des engagements internationaux du pays.
Un contexte sécuritaire déjà tendu dans le nord du Mali
La région de Kidal, épicentre des récents bombardements, est le théâtre d’affrontements récurrents entre l’armée malienne, soutenue par l’Africa Corps, et les groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Ces derniers mois, la situation sécuritaire s’est fortement dégradée, avec une montée des violences intercommunautaires et des attaques contre les forces de l’ordre. Les frappes à sous-munitions pourraient aggraver une crise humanitaire déjà critique, où des milliers de déplacés internes vivent dans des conditions précaires.
Selon les dernières estimations de l’ONU, plus de 400 000 personnes ont été déplacées au Mali depuis le début de l’année 2026 en raison des violences. Les ONG locales et internationales alertent sur le risque d’une contamination durable des sols, rendant les terres agricoles inutilisables et aggravant la crise alimentaire dans une région déjà en proie à la sécheresse.
Réactions internationales et responsabilités
La révélation de l’utilisation de ces armes par RFI a suscité des réactions immédiates de la part de la communauté internationale. Human Rights Watch a qualifié ces frappes de « violation flagrante du droit international humanitaire » et a appelé à une enquête indépendante. De son côté, le gouvernement malien n’a pas encore réagi officiellement, mais des sources diplomatiques à Bamako évoquent une possible justification par la lutte contre les groupes armés, malgré l’interdiction du traité.
Le Traité d’Oslo prévoit des mécanismes de vérification et de sanctions en cas de non-respect. Cependant, son application reste difficile, notamment dans les zones de conflit où les États parties sont en difficulté. Les experts soulignent que l’utilisation de ces armes pourrait entraîner des poursuites devant la Cour pénale internationale, qui a déjà émis des mandats d’arrêt contre des responsables maliens pour crimes de guerre.
En attendant, les populations du nord du Mali restent exposées aux risques immédiats des sous-munitions non explosées, tandis que la crise humanitaire s’aggrave. La question se pose désormais : jusqu’où iront les violations des règles internationales avant que des mesures concrètes ne soient prises ?
Ces armes sont interdites car elles libèrent des centaines de sous-projectiles non guidés, qui ne distinguent pas entre cibles militaires et civils. Leur taux d’échec élevé (jusqu’à 40 % selon certaines études) en fait une menace durable pour les populations, même après la fin des combats. Le Traité d’Oslo de 2010, ratifié par 112 pays, en interdit la fabrication, le stockage, l’utilisation et le transfert.