L'épidémie d'Ebola qui sévit actuellement en République démocratique du Congo (RDC) inquiète la communauté internationale, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur sa progression et son potentiel de propagation. Selon Franceinfo - Santé, l'infectiologue Christophe Rapp, spécialiste hospitalier et témoin des épidémies passées, estime que « le risque d'importation au-delà de l'Afrique est extrêmement limité », et même « nul » pour l'Europe. Une affirmation qui intervient alors que les autorités sanitaires tentent de contenir une souche particulièrement virulente, responsable de plus de 130 morts et de 513 cas recensés à ce jour.
Ce qu'il faut retenir
- L'épidémie d'Ebola en RDC a fait plus de 130 morts et 513 cas confirmés, selon les derniers chiffres de l'OMS.
- Le professeur Christophe Rapp, infectiologue à l'Hôpital américain de Paris, juge le risque d'importation en Europe « nul », tout en soulignant l'efficacité des mesures d'isolement.
- L'épicentre se situe dans l'est de la RDC, où les mouvements de population et l'instabilité politique favorisent la propagation du virus.
- L'OMS et les ONG appellent à une mobilisation rapide pour déployer des centres d'isolement et du matériel médical, notamment dans les zones en conflit.
- Les mesures de contrôle aux frontières, comme celles mises en place par les États-Unis, sont jugées inefficaces par l'infectiologue.
Une épidémie « fortement létale » et une crise humanitaire complexe
L'épidémie actuelle d'Ebola en RDC, causée par une souche particulièrement virulente, s'étend rapidement dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits armés. Selon Franceinfo - Santé, le professeur Christophe Rapp, qui avait géré des cas importés en 2014, décrit une situation où « cette crise sanitaire se double d'une crise humanitaire et politique ». L'infectiologue souligne la difficulté de négocier l'accès à des zones reculées, tout en apportant la logistique nécessaire dans un contexte de guerre civile. « C'est un véritable défi humain », insiste-t-il.
L'OMS, qui redoute une propagation incontrôlée, a recensé 513 cas depuis le début de l'épidémie, dont 130 décès, selon les données disponibles ce 20 mai 2026. Le professeur Rapp rappelle que « le risque d'importation au-delà de l'Afrique est extrêmement limité », voire « nul » pour l'Europe. Cette affirmation s'appuie sur l'expérience des épidémies précédentes, où les cas importés étaient systématiquement isolés dans des structures spécialisées, comme l'hôpital Bichat à Paris.
Des cas « évacués » plutôt que « importés » : le rôle des transferts sanitaires
Contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture superficielle, les rares cas d'Ebola observés hors d'Afrique ces dernières années n'étaient pas des contaminations locales, mais des patients évacués après avoir contracté le virus en Afrique. Le professeur Rapp précise : « Lors de l'épidémie de 2014, les cas étaient des malades évacués, pas des cas importés. » Il prend l'exemple d'un patient américain traité en Allemagne : « Il passe d'un avion à un centre spécialisé d'isolement, équivalent de l'hôpital Bichat, où il est pris en charge dans un secteur à pression négative. Le risque de transmission est alors nul. »
Cette stratégie d'évacuation contrôlée a permis d'éviter toute propagation secondaire en Europe ou aux États-Unis. Le spécialiste met en garde contre les mesures de contrôle aux frontières, comme celles récemment instaurées par les Américains, qui « sont des réactions politiques pour montrer qu'on fait quelque chose ». Pour lui, ces dispositifs « sont inefficaces sur le plan scientifique », car les maladies infectieuses ne se propagent pas par des contrôles de routine aux aéroports.
L'est de la RDC, épicentre d'une crise aux multiples facettes
La province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, concentre l'essentiel des cas d'Ebola. Cette région, riche en ressources minières, est le théâtre de violents conflits entre groupes armés et forces gouvernementales. Les déplacements massifs de population, liés à l'activité minière et aux affrontements, favorisent la propagation du virus. « Un premier cas s'est déclaré à Goma, une ville de près de deux millions d'habitants, actuellement sous le contrôle d'un groupe rebelle », indique l'infectiologue.
Les autorités locales ont fermé l'aéroport international de Goma ainsi que la frontière avec le Rwanda, une mesure qui, selon les habitants, risque de compliquer l'acheminement de l'aide médicale et humanitaire. Le professeur Rapp s'inquiète particulièrement d'une propagation vers les pays voisins, comme l'Ouganda ou le Soudan du Sud, où les systèmes de santé sont déjà fragiles. « Il faut mettre en place des centres d'isolement, construire des structures hospitalières dédiées », explique-t-il, en soulignant le manque criant de matériel : tests diagnostiques, équipements de protection individuelle, ou encore dispositifs de perfusion.
Une mobilisation internationale nécessaire, mais entravée par des tensions politiques
Face à l'urgence, l'OMS et les grandes ONG appellent à une réponse rapide et coordonnée. Le professeur Rapp insiste sur l'importance de l'aide extérieure : « Il y a un challenge à être capable de se mobiliser très rapidement. D'où l'aide des grandes ONG et des pays du Nord, qui doivent venir sur le terrain aider les collègues africains. » Pourtant, les tensions politiques compliquent cette coopération. Les États-Unis, bien qu'ayant débloqué 13 millions de dollars pour financer la riposte, ont quitté l'OMS en 2020, laissant des dettes en suspens. « C'est toute l'ambivalence politique actuelle des États-Unis », analyse le spécialiste.
Le professeur Rapp enjoint l'Europe à s'unir pour répondre à cette crise. « Notre intérêt et notre devoir sont de nous mobiliser. » Il rappelle que les épidémies ne connaissent pas de frontières, et que l'aide apportée aujourd'hui pourrait éviter des catastrophes sanitaires demain. Pourtant, malgré les appels répétés, les retards dans le déploiement du matériel et des équipes médicales persistent, en raison notamment des zones de conflit et de l'isolement imposé à des villes comme Goma.
Quant au risque pour l'Europe, le professeur Rapp maintient sa position : « Le risque d'importation est nul. » Les protocoles d'isolement et de prise en charge des patients, testés lors des épidémies précédentes, restent les meilleurs remparts contre une propagation. Reste à voir si cette confiance sera partagée par les autorités sanitaires européennes, alors que les tensions autour des mesures aux frontières pourraient resurgir.
Selon le professeur Christophe Rapp, les mesures de contrôle aux frontières, comme les contrôles sanitaires des voyageurs, sont inefficaces contre les maladies infectieuses comme Ebola. En effet, le virus ne se transmet pas par simple contact lors d'un voyage en avion ou à l'arrivée dans un pays. Les cas d'Ebola observés hors d'Afrique étaient systématiquement des patients évacués après contamination sur place, et non des contaminations locales. Les protocoles d'isolement en milieu hospitalier spécialisé restent la meilleure protection.